Dossier paru dans Le Marxiste-Léniniste, n° 46, novembre-décembre 1980

EDITORIAL
La classe ouvrière de notre pays, son peuple, mesureront forcément un jour la catastrophe qu’a été – à partir de 72-73 – la « parlementarisation » de Mai 68, le programme commun, la remise en selle de la bande à Marchais, l’ectoplasme « socialiste » de Mitterrand-Rocard. Tout cela a en partie brisé le peuple, l’a ouvert au pire, que la crise provoque : tensions internes, racismes, attentats, égoïsmes peureux.
Les intellectuels mesureront la catastrophe qu’a été l’opération-abandon ; la Restauration des petits maîtres, l’anti-marxisme, les « nouveaux philosophes », la peur des masses, la contre-révolution mentale. Tout cela a fait des gens ouverts au laminage, à la médiocrité arriviste, au paillasson, au pâté-ronron des petits chats académiques.
La conjoncture fuyante d’aujourd’hui, faite en partie de décombres et de vide, c’est le début d’un gigantesque débat historique, dont l’enjeu est d’exister, tout simplement. L’avant-garde que nous sommes propose loyalement à tous des repères et des prises, pour reconstituer une dignité active, pour tenir la résistance, pour faire bilan des dures 5 années où l’élan historique symbolisé par Mai 68 a suivi jusqu’au bout la courbe de son inversion.
Il y a nous, l’indépendance politique, la démocratie agissante, la résistance, le marxisme vivant, la vraie politique. Et il y a les vichysmes ; celui de Giscard, fait de police, de guillotines, de lois de rafle et de parachutistes en Afrique ; celui de Marchais, fait de milices de quartiers, de ségrégation raciale et de chars moscovites.
A L’INTÉRIEUR, l’urgence est de cimenter, en avant-garde, la force anti-raciste durable. Copernic, l’antisémitisme, visent à donner forme d’ensemble, figure politique nationale, au racisme civil et policier, anti-ouvrier et anti-arabe. L’antisémitisme, en occident, est le nom historique général des racismes, des exclusions, des pogromes. L’État-nation en a besoin quand le désordre qu’il gère devient extrême, la misère menaçante, la crise agressive. « Contre le racisme et l’antisémitisme, unité du peuple anti-fasciste », ce doit être un mot d’ordre précis, une action qui lie, dans la rue et dans l’extrême intransigeance, tous les anti-racistes.
Il est frappant de voir qu’après Copernic, l’État a quadrillé furieusement, avec une arrogance meurtrière, les banlieues du peuple multinational. Un assassinat d’adolescent, des blessés, des « bavures » à peine camouflées, montrées même. Comme s’il fallait dire qu’au fond, violence pour violence, l’État était le grand maître de toutes les divisions, de tous les égoïsmes, de toutes les vengeances. Les deux condamnations à mort qui ont suivi donnent la même note. Et les mitraillades de légitime défense ici ou là. L’État n’est pas fasciste, encore moins anti-fasciste : l’État Giscardien RIVALISE AVEC LES FASCISTES, ce qui est une situation particulière. Car l’État giscardien n’a pas trouvé, ne peut pas pratiquer, des thèmes « nationaux » aussi vigoureux et hargneux que les thèmes « sociaux » de Barre et de Stoléru. Les thèmes chauvins, xénophobes, racistes, les bandes fascistes, les Messieurs de la nouvelle droite, les policiers abrutis et avinés, en sont les détenteurs actuels. Le Giscardisme est la protection molle de ce genre de rivaux, la prolifération acceptée d’un « débordement », idéologique et criminel, dont l’État de la crise du capital assure les fondements : l’agressivité anti-ouvrière et anti-populaire.
Le P.C.F., lui, rivalise avec l’État comme avec les fascistes. Lui aussi, dès après Copernic, a multiplié les actions infâmes, appelant à la ségrégation raciale dans les banlieues, justifiant les mitraillades de « délinquants », organisant les « petits blancs » des banlieues contre les arabes. Son prétendu « anti-sionisme » n’est que la couverture facile d’un anti-sémitisme d’État dont l’U.R.S.S. – « globalement positive » – donne la réalité.
Les deux bourgeoisies rivalisent pour structurer les ouvriers et le peuple, à l’époque de la crise, dans la division, le racisme et la violence d’État. Telle est la réalité.
Notre tâche axiale est donc de faire noyau et principe d’organisation contre le racisme et contre l’antisémitisme, dans l’unité d’un camp. Attaquer très durement et très clairement le P.C.F. fait partie du CARACTERE DE CLASSE de l’anti-racisme. En même temps, la ligne de masse doit être vive et constante pour tous ceux, hors parlementarisme, qui veulent être de telle ou telle action unifiée.
A L’EXTÉRIEUR, Iran et Pologne focalisent notre attention, peuples dont la ligne d’indépendance, devenue principe de masse, défie les deux grands monstres impérialistes. Le peuple iranien fait la guerre, et nous devons expliquer que nous sommes frères de sa nécessaire victoire. Le peuple polonais est dans une disposition politique complexe. Les 3 forces de classe de notre temps, nouvelle bourgeoisie du Parti, ancienne bourgeoisie de l’Église, prolétariat (spontané, inorganisé, sans vraie politique), sont actives et présentes dans le mouvement ouvrier et dans le peuple. Ces derniers temps, une sorte de radicalisme populaire, qui n’a pas d’État-Major politique, semble doubler le mouvement ouvrier syndicaliste de Juillet-Août. Les masses entrent en scène, dans leur puissance d’invention qui excède toujours, aux rendez-vous de l’histoire, le calcul restreint des collusions – fut-ce la collusion des nouveaux bourgeois polonais et des soutiens ouvriers d’un cadre bourgeois classique, syndicaliste, parlementaire et ecclésiastique.
La question nationale, cette dynamite de toute mobilisation populaire en Pologne, peut venir briser, à échelle de masse, les « petits-pas » des acteurs organisés, faire éclater l’antagonisme (jusqu’ici contenu), voire disloquer l’État (car que pensent, et que peuvent faire, y compris face aux russes, les policiers et soldats polonais ? La belle armée du Shah n’a pas pesé lourd, à l’heure de la tourmente nationale, et les américains n’ont pas PU intervenir).
Dès lors, la superpuissance d’expansion et de rapine sera au pied du mur. Elle y est déjà ! Et ce n’est pas la Tchécoslovaquie.
Préparons-nous au soutien inconditionnel, brutal, ample, de tout ce que le peuple polonais peut inventer pour faire valoir, contre les russes (et contre les allemands de l’Est ! Qu’ils se taisent, ceux-là, sur la question polonaise !), son droit historique à exister !
COMBATS
REIMS : mobilisation à l’appel des maoïstes contre le fasciste LE PEN
Au même moment où nous apprenons l’odieux attentat de la rue Copernic à Paris, nous avons vent de la venue du fasciste Le Pen pour une réunion publique à Reims le Vendredi 10 Octobre.
Nous décidons immédiatement de lier les 2 objectifs : mobilisation contre l’antisémitisme, le racisme anti-immigrés et interdiction de la venue du fasciste Le Pen, dont le mot d’ordre « un million et demi de chômeurs, un million et demi d’immigrés en trop » apparaît déjà sur quelques affiches.
Travail d’agitation et de discussion tout au long de la semaine devant les lycées, dans les facultés pas encore vraiment rentrées, dans un quartier à importante population immigrée, dans un foyer.
Travail aussi dans la copie locale de la manifestation nationale du mardi : M.R.A.P., P.C., C.G.T., C.F.D.T., trotskystes, néo-trotskystes du PCR-PCML, féministes, pour clore ce défilé 1er Mai sur toile de fond automnale, élus bedonnants enrubannés de tricolore en tête.
Rien d’intéressant dans ce rassemblement politicard pré-électoral, où les trotskystes sont démangés par l’envie, au delà du mot d’ordre « Giscard-Bonnet démission » de crier « Union P.C.- P.S. », où le M.R.A.P., le P.C., la communauté juive se querellent pour la première place au monument des déportés.
Notre tract, liant la lutte contre l’antisémitisme et le racisme anti-immigrés, parlant de la venue de Le Pen et interpellant la municipalité sur son autorisation de salle pour ce fasciste, va, partant des quelques éléments de la manifestation (des lycéens) remonter très vite, via les rangs syndicaux, jusqu’aux élus et au maire (PC) en personne. Panique dans les Etats-Majors.
A partir du mercredi, guerre de communiqués. Le P.C., prudent au départ : – par ces temps troubles, n’est-il pas inopportun que Mr Le Pen parle (sous-entendu : attendons au moins l’ouverture officielle de la campagne présidentielle) ; va devoir durcir sa position. Mais se fera malgré cela coiffer sur le poteau par l’U.D.F. qui, la première, demandera l’interdiction de la salle pour Le Pen au préfet.
De notre côté, quelle que soit la décision officielle, nous continuons à appeler à manifester le jour de la venue de Le Pen.
Vendredi 10 Octobre : 80 personnes (surtout des lycéens, des jeunes), à notre appel et celui de la Permanence Anti-Expulsion, défilent dans le centre-ville aux cris de :
– « Le Pen, fasciste, hors de Reims ! »
– « Contre l’antisémitisme, le racisme anti-immigrés, unité du peuple ! ».
– « Contre le racisme, français-immigrés, égalité des droits ! ».
La réunion de Le Pen est officiellement supprimée.
Fin de la première manche.
Nos objectifs dans l’avenir :
* Faire de la question de l’antisémitisme et de l’anti-racisme un axe prolongé de notre travail, en particulier vis-à-vis de la petite communauté juive locale.
* Interdire à nouveau Le Pen lorsqu’il viendra pendant la campagne électorale. Nous l’avons déjà annoncé et appelons à nous rejoindre pour cela.
(à suivre)
Les jeunes immigrés et les attentats anti-sémites
A Bondy ou Aulnay, les attaques fascistes, les jeunes immigrés les ont subies. Non seulement dans ses aspects de violence ouverte, mais dans cette volonté de terroriser le peuple, d’accroitre les divisions et le repli de chacun sur soi.
Aussi y a-t-il identification immédiate avec ces attaques quand commencent les attentats anti-sémites. Ce sont les mêmes fascistes, les mêmes racistes qui attaquent en banlieue et mitraillent les écoles juives (encore les écoles comme cibles !) et font l’odieux attentat de la rue Copernic. Tous les jeunes immigrés rencontrés condamnent cet attentat, ils ont conscience qu’il fait monter d’un cran la violence des attaques fascistes.
Condamnation massive ; les problèmes viennent ensuite. En fait, à travers la compréhension de la riposte massive des juifs puis d’ensemble après Copernic, se joue pour les jeunes immigrés la compréhension de leur propre identité, de leur propre force face aux attaques racistes.
Les « durs » chez les jeunes, ceux partisans de l’isolement, ne veulent voir que le bruit fait autour de ces attentats par rapport au silence après les attentats racistes. Et l’expliquent par le lien des juifs avec le pouvoir, les patrons, leur influence à la radio et ailleurs … « Ils ont le monde dans leur main … » alors que nous, les arabes, on n’arrive pas à être forts et unis (avec parfois identification entre Israël et les pays arabes qui s’entredéchirent, voir Iran-Irak … ).
L’ampleur de la riposte leur sert à renforcer leur propre idée qu’ils seront toujours les moins forts, que tout le monde leur est hostile.
D’autres, en recherche encore timide de leur propre identité et d’un avenir possible à la lutte anti-fasciste et contre les contrôles policiers racistes, sont plus attentifs à ce qu’il pourrait y avoir de nouveau aujourd’hui :
– ils identifient plus les juifs aux immigrés, se demandent ce qu’ils peuvent avoir en commun ou de différent avec les nombreux juifs d’Afrique du Nord présents dans les banlieues. Avec parfois un reproche sur l’aspect communauté enfermée sur elle-même de ces juifs rapatriés.
– certains jeunes sont allés au rassemblement de Samedi après-midi après l’attentat à Copernic, plutôt contents de cette riposte. Même s’ils ont tendance à n’en retenir que les slogans sionistes.
– quand on leur parle de la présence de juifs dans la manifestation à Marseille après l’assassinat du jeune immigré, ou du projet d’une manifestation allant du Marais à Barbès, ils écoutent, approuvent parfois. Car certains, encore peu nombreux, sentent bien que se joue là l’avancée d’une force nouvelle et prolongée dans le combat anti-fasciste et anti-raciste.
Simplement, ils en sont encore un peu spectateur, à la mesure de leur difficulté à avancer sur leur propre rôle aujourd’hui.
Au fond, la réponse aux questions : a) pourquoi les juifs ont été pris comme cible ; b) pourquoi y a-t-il eu une riposte de masse de leur part, les jeunes juifs peuvent-ils être dans le même camp qu’eux et de manière prolongée … est liée à la réponse à leurs propres interrogations sur « peut-on casser le processus d’aggravation des tensions, des attaques racistes, fascistes et policières … ». Faire face ou non à ces menaces, jouer eux-mêmes ou non un rôle dans le combat anti-fasciste, l’avenir de leur propre force est lié à celui de l’élargissement possible du camp populaire anti-fasciste.
CONTRE LES ATTENTATS RACISTES DE LA POLICE
Après Copernic, 2 attentats racistes de la police ont montré le bilan policier de cet attentat et de l’antisémitisme: droit de tuer ! L’U.C.F.M.L. a pratiqué son mot d’ordre : riposter à tout attentat. Voici 2 documents de mobilisation.
Marseille-Paris
Samedi soir, à Marseille, un CRS a assassiné froidement Lahouari Ben Mohamed, 17 an et demi.
C’est ignoble, c’est grave. C’est grave parce qu’il ne s’agit pas d’accident bien sûr, mais des effets de la politique raciste et anti-jeune de l’Etat français. Le 13 Janvier à Strasbourg, un policier tuait Saïd Naïli 22 ans d’une balle dans la tête. Le 5 Février, c’était Abdelkader 16 ans assassiné de la même façon à Valenton par un policier. Le 10 Avril, c’était Thierry Delahaye 18 ans. Aujourd’hui c’est Lahouari Ben Mohamed qui lors d’une opération pour soi-disant rassurer les marseillais contre l’insécurité reçoit 4 balles en pleine figure, alors qu’il était assis à l’arrière d’une voiture arrêtée par un barrage de police.
Ces meurtres ne font que ponctuer de manière tragique ce qu’est la vie quotidienne des jeunes immigrés. Parqués dans des cités invivables, isolés des autres jeunes, souvent sans travail ou rejetés de l’école, les jeunes immigrés sont de plus en plus traqués sans arrêt par les flics. Ces crimes ne sont pas des bavures.
L’Etat en est directement responsable, comme ceux qui veulent « assainir » les cités (P.C.F.). Responsable à plusieurs titres : par ses lois, décrets, projets contre les travailleurs immigrés, par l’impunité des divers attentats commis par des groupes fascistes qui fournit abris et arrières à ce racisme meurtrier qui gangrène jusqu’à sa propre police. Par sa politique anti-jeunes immigrés, contrôles incessants dans les rues, les cités, les métros, ségrégation à l’école …
Ce qu’il vise, c’est à fragmenter le peuple, d’abord par la nationalité, les vrais-français-de-france et les autres. Aux premiers, les garanties, la « sécurité », aux autres, la précarité et la peur.
Ensuite, par l’âge, les jeunes, souvent chômeurs et immigrés sont, dit-il, la cause de l’insécurité. Il s’agit que la crise soit vécue dans la dispersion complète, et qu’il n’y ait plus face à l’Etat-Nation qu’un tas de gens affolés et égoïstes. On veut atomiser le peuple. Les jeunes, les vieux, les chômeurs, les non-chômeurs, les français, les non-français. Ceux qui se tiennent bien et ceux qui se tiennent mal.
C’est au sein du peuple que le mal se trouve. Voilà la thèse que le gouvernement voudrait accréditer; le chômage, c’est la faute aux immigrés, les cités impossibles à vivre, c’est la faute aux jeunes et encore plus s’ils ne sont pas français.
Qu’une telle politique produise des monstres : rien d’étonnant et il faut placer ensemble l’attentat de la rue Copernic, les différentes manifestations anti-sémites, les meurtres de la police. Tout ceci contribue à créer l’idée d’une situation incontrôlable où le peuple n’a aucune prise sur une situation décomposée et menaçante.
Mais cela ne doit pas marcher. Hier, contre l’attentat de la rue Copernic, nombreux sont ceux qui ont manifesté leur volonté d’unité anti-fasciste contre le racisme, contre l’antisémitisme.
Aujourd’hui, à Marseille, autour des mères cette unité se constitue. Mais c’est encore insuffisant. La question qui nous est posée à tous est celle de savoir comment au-delà de l’indignation, de nouvelles forces vont se lever, s’organiser pour un combat sans merci et de longue durée.
Partout nous devons combattre les fascistes et les racistes, faire nôtre la cause de tous ceux qui sont touchés. Partout, il faut que s’unissent toutes les forces contre le racisme, contre l’antisémitisme.
(Tract diffusé pour appeler à un rassemblement tenu au Marché d’Aligre Samedi 25/Oct. à Paris)
Colombes
APPEL POUR ORGANISER DANS L’USINE UNE GREVE DE 10 minutes ET POUR PARTICIPER AU RASSEMBLEMENT DE COLOMBES, EN RIPOSTE AUX CRIMES DE LA POLICE.
Il y a quelques jours, la police de Colombes a tiré sur un jeune immigré de 20 ans, Kiki Hamdani, pour le tuer.
Kiki était au volant d’une voiture. Une voiture de la police l’a coursé. Kiki a voulu sortir de la voiture, les flics ont tiré sur lui, une première fois, puis une deuxième fois alors qu’il était déjà à terre. Ils l’ont aussi bourré de coups de pieds. Kiki Hamdani est aujourd’hui à l’hôpital dans un état très grave, sous garde policière.
La police n’a pas prévenu la famille. Et quand sa mère, prévenue par des camarades de Kiki, est allée à l’hôpital, on ne l’a pas laissée voir son fils et on l’a insultée. Après ce crime, les flics paradaient en disant : « dommage qu’on l’ait raté, on fera mieux la prochaine fois ».
Ce n’est pas la première fois que la police tire froidement sur un jeune pour l’assassiner (suit un rappel de tous les crimes policiers – voir article sur Marseille).
Le P.C.F. a distribué un tract pour dire : « c’est normal qu’on ait tiré sur Kiki Hamdani, parce que c’était un délinquant, il était dans une voiture volée ».
Il faut vraiment être le pire ennemi du peuple et au plus bas degré de la déchéance, pour dire qu’un flic a le droit de tuer quelqu’un dans la rue parce qu’il a volé, et pour encourager les flics et n’importe quel fasciste dans leurs crimes !
Et il est sûr que les flics aujourd’hui se permettent de tirer et de s’en vanter (à Marseille, ils sont venus provoquer les gens de la cité où vivait le jeune assassiné, alors que les mères de familles avaient demandé au préfet qu’ils respectent au moins le deuil musulman), parce qu’ils se savent couverts :
1) Par l’État, directement responsable de ces crimes, par ses lois, décrets et projets (lois Bonnet-Stoléru) contre les travailleurs immigrés, par la protection qu’il donne aux groupes fascistes (aucun auteur d’attentat raciste n’a jamais été retrouvé), par sa politique contre les jeunes immigrés : contrôles incessants dans les rues, les cités, les métros …
2) Par le P.C.F., qui appelle à chasser les ouvriers immigrés des banlieues et les enfants immigrés de l’école, qui cherche depuis longtemps à faire expulser les familles immigrées des cités H.L.M.
Tout cela s’est renforcé depuis l’attentat fasciste contre la synagogue de la rue Copernic. Après cet attentat, le ministre Stoléru a déclaré aux mineurs marocains de l’Est de la France en grève : « de toutes façons, on ne vous renouvellera pas vos cartes ». Marchais du P.C.F a publié une déclaration disant : « il faut en finir avec l’immigration, cette plaie du capitalisme ». Et les flics se croient revenus en 1961 ou 62, aux temps de la guerre d’Algérie. Mais on n’est plus au temps de la guerre d’Algérie et on n’y reviendra pas, parce qu’aujourd’hui, des gens se lèvent contre les racistes !
A MARSEILLE, 5 000 personnes, des femmes immigrées, des jeunes, des juifs et des anti-racistes de Marseille ont manifesté ensemble.
A COLOMBES, le lycée Schumann s’est mis en grève en apprenant le crime contre Hamdani et a fait une manifestation à la mairie et au commissariat. Et d’autres gens préparent un rassemblement à Colombes contre le racisme.
Nous, maoïstes, nous préparons ce rassemblement. Nous préparons aussi une grande manifestation anti-raciste à Paris le Samedi 15 Novembre, qui ira du quartier du Marais à Belleville.
IL NE FAUT PAS LAISSER PASSER UN SEUL ATTENTAT OU CRIME RACISTE SANS RIPOSTER !
A chaque fois, il faut un rassemblement. Il faut arrêter le travail à l’usine. C’est seulement comme cela qu’on pourra les arrêter. IL FAUT SE MONTRER, IL FAUT QUE LE CAMP ANTI-RACISTE, IL FAUT QUE LE PEUPLE, QUE LES OUVRIERS SE MONTRENT ! Sinon, on laisse le champ libre aux racistes et aux fascistes, on leur permet d’aller toujours plus loin.
EN PARTICULIER, IL EST TRES IMPORTANT QU’IL SE PASSE QUELQUE CHOSE DANS LES USINES. Si les ouvriers arrêtent le travail à chaque attentat ou crime, cela CHANGERA LES CHOSES.
LES OUVRIERS ONT UNE RESPONSABILITE. ILS NE PEUVENT PAS ACCEPTER DE TRAVAILLER SANS RIEN DIRE QUAND ON TUE UN AUTRE OUVRIER OU QUELQU’UN DU PEUPLE !
– NON AUX CRIMES RACISTES ET AUX ATTENTATS FASCISTES !
– CONTRE LES RACISTES, LA CLASSE OUVRIERE DOIT SE MONTRER !
– ORGANISONS UNE GREVE DE 10 MINUTES !
– PARTICIPONS AUX RASSEMBLEMENTS ET MANIFESTATIONS ANTI-RACISTES !
Les maoïstes de l’UCFML (région Nord de Paris)
Contre l’attentat fasciste rue Copernic : Préparons une manifestation du MARAIS à BARBES
L’attentat noir de la rue Copernic a frappe l’opinion. Il a provoqué des réactions immédiates et significatives.
– la communauté juive s’est aussitôt mobilisée, se constituant ainsi sur cette affaire en force puissante dès le soir de l’attentat et organisant le lendemain une manifestation partant de la synagogue attaquée au matin.
– le gouvernement, en la personne de Barre, a trahi son idéologie spontanée : le « lapsus » distinguant Israélites et Français innocents se serait bien vu dans la bouche raciste d’un patron de bistrot de la « France profonde ».
Nous participerons à la manifestation appelée Samedi matin par la communauté juive alors que le MRAP déjà joue sa propre carte en appelant à une initiative séparée l’après-midi. L’analyse que nous faisons et que nous diffusons est d’abord que l’attentat fasciste est obscur par définition : il vise à la terreur, à la confusion politique, à replier chaque communauté sur elle-même, à diviser le peuple en petites fractions, à inciter les gens à ne pas se mêler et se méfier des situations complexes. Plus l’attentat est absurde, plus cette logique du terrorisme est forte. Donc, il faut lui opposer une détermination sans doute. Il faut descendre dans la rue contre l’antisémitisme sans subordonner cette prise de position à une éventuelle identification des plans fascistes à l’œuvre.
CET ATTENTAT OUVRE A L’ANTISÉMITISME.
Il est donc nouveau puisqu’il n’intervient pas comme point d’aboutissement d’une campagne politique de masse anti-sémite, mais plutôt comme façon de faire sauter l’interdit du racisme antisémite.
D’où cette tentative de forcer l’histoire non pas à se répéter comme certains le pensent, mais à avancer brutalement vers une conjoncture de guerre.
L’histoire ne se répète pas : la communauté juive descend dans la rue.
Il est cependant frappant de constater qu’elle ne regroupe pas autour de sa force de larges détachements du reste du peuple. Les gens ne se rendent pas en masse devant la synagogue.
Le P.C.F. tente tout de suite de nier l’existence de la manifestation du Samedi matin pour ne parler que de celle, parlementaire, du MRAP l’après-midi.
Cette relativement faible réaction initiale peut être attribuée à plusieurs choses :
– la logique même de l’attentat terroriste qui vise les Juifs pour les séparer, qui fait irruption sans grande clarté politique.
– les divisions naturelles dans la communauté juive sur la riposte à y apporter : la réponse sioniste qui sépare les juifs et les cheville à l’Etat raciste Israélien, la réponse assimilationniste qui les noie dans le collège électoral et les fait appeler l’Etat français à l’aide, la réponse qui travaille à l’unité des juifs et du reste du peuple en France contre tous les racismes.
– cela reflète aussi la faiblesse relative de l’antiracisme et la perméabilité de la société civile française à l’antisémitisme.
IL FAUT INSCRIRE LA LUTTE CONTRE L’ANTISEMITISME DANS LA LUTTE DEJA ENGAGEE CONTRE LE RACISME ANTI-IMMIGRÉS.
Voilà ce dont nous sommes immédiatement porteurs. Les combats pour l’unité français-immigrés ont fait se lever des forces révolutionnaires et progressistes inconnues en France, ont forgé le mot d’ordre démocratique de l’Egalité des droits pour tous, ont travaillé autour de leur noyau de classe : l’unité du prolétariat international de France. Ces combats ont tranché positivement par rapport aux époques noires de Vichy ou de la guerre d’Algérie. Ils indiquent que la force anti-raciste n’est pas dans l’Etat français, cet Etat impérialiste et colonial qui méprise les peuples qu’il opprime, cet Etat anti-populaire qui fait donner sa police contre les juifs sous Vichy, contre les Algériens ensuite, contre les immigrés aujourd’hui. La force anti-raciste est dans l’unité du peuple.
Contre l’anti-sémitisme, comment va-t-elle se redéployer ? Voilà la question.
Toutes les forces parlementaires, tous les partis politiques vont s’engager pour l’obscurcir.
On va assister à cette nouveauté réactionnaire étonnante : une unanimité de tous les députés, de tous les partis de droite et de gauche pour aller manifester le mardi soir 7 Octobre. Bien évidemment, cette unanimité ne peut se faire que parce que le point nodal (le racisme anti-immigré) est mis de côté.
D’où ce fait qu’une telle manifestation peut permettre ensuite de renforcer le racisme anti-immigré, sous l’argumentation : « ne touchez pas aux français ; la communauté nationale est unie; quant aux non-français, c’est un autre problème donc eux peuvent trinquer ». Stoléru va le comprendre et va rapidement se relancer dans des attaques anti-immigrés (en particulier contre les mineurs marocains en lutte pour le même statut de mineur que les français).
NOS PROPOSITIONS ET CE QU’ELLES TRANSFORMENT.
Pour notre part, nous appelons dès le lendemain de l’attentat à une réunion pour discuter du projet d’une manifestation du Marais à Barbès, traduisant l’élargissement nécessaire du camp du peuple anti-fasciste.
Nous intervenons dans ce sens dans la manifestation du Mardi, dans une réunion appelée par le Collectif des juifs de gauche.
Plusieurs débats apparaissent :
* D’abord la proposition trouve un certain écho parmi certains juifs de gauche opposés à la parlementarisation de cette affaire, convaincus que le problème n’est pas l’épuration d’une police qui a procédé en tant qu’appareil à la rafle du Vel d’hiv sous Vichy.
Pour ces gens, le lien de cet attentat avec le racisme anti-immigrés, le travail donc à mener avec les forces anti-racistes précédentes est une certitude. La question du P.C.F est tranchée en raison de son anti-sémitisme latent, de son refus de toute subjectivité juive spécifique sur cette affaire.
Leur travail porte sur la clarification de leur propre point de vue sur le positif dont ils sont porteurs vis-à-vis du peuple : les juifs sont porteurs d’une unité du peuple qui ne se réduit pas à l’égalité des droits entre français et étrangers, puisque le racisme anti-sémite l’excède. D’où le mot d’ordre : contre l’antisémitisme, il faut défendre l’unité en France de toutes les communautés historiques, culturelles, religieuses ou nationales.
Voilà un point de vue auquel nous, maoïstes, tenons particulièrement : la multiplicité des forces dans le peuple, la diversité des communautés et des mobilisations subjectives, voilà aussi notre conception du peuple.
* Parmi les camarades immigrés partie prenante des combats précédents du front de classe, les premières réactions sont pour l’engagement contre ce nouveau racisme. Il y a bien des réflexions du type : « Pourquoi les juifs ne se sont pas manifestés quand c’est nous qui étions attaqués ? », auxquelles nous répondons que ce n’est pas vrai car là comme partout, il faut différencier la communauté juive, les gens qui y appartiennent et les organisations qui parlent en leur nom. Des juifs à leurs côtés, il y en a eu, ne serait-ce que parmi les maoïstes. De plus, le problème était-il que des gens viennent les soutenir comme des pauvres gens ou bien s’agissait-il de travailler à former en France un nouveau camp ? Ce n’est pas la même chose de penser l’un ou l’autre et cela met en jeu le bilan aujourd’hui de la grève des foyers Sonacotra.
Beaucoup voient plutôt l’attentat de la rue Copernic comme un élargissement des cibles des fascistes donnant la « chance » de pouvoir travailler à une unité plus large des anti-racistes. C’est d’ailleurs devenu une question interne au bilan du mouvement des foyers : quand il y a maintenant des attentats racistes, s’organise-t-on français et immigrés pour descendre dans la rue et y riposter. La manifestation Marais-Barbès, ce n’est pas pour « aider » les juifs pas plus que contre les lois racistes il ne s’agissait d’aider les immigrés, mais il en va de la capacité du mouvement anti-raciste de développer l’unité du peuple après l’attentat de la rue Copernic, donc il en va des forces du peuple sur toutes les questions politiques de l’heure.
Ceci est clarifié a contrario par les organisations CFDTisantes qui se répandent beau coup sur les multiples activités des groupes fascistes pour ne pas débattre de l’état des forces anti-racistes et de leurs perspectives, pour ne pas prendre position sur la question du racisme du P.C.F., pour continuer leur travail de démobilisation et de ralliement à la nouvelle bourgeoisie.
* Les débats sur l’antiracisme d’aujourd’hui trouvent également une particulière résonnance dans les lycées. Il est frappant de constater dans les mobilisations de la période le caractère d’avant-garde tactique du peuple jouée par le mouvement de la jeunesse lycéenne qui puise dans son unité spontanée la force d’une conviction antiraciste spécifique.
AINSI DONC SE PREPARE LA MANIFESTATION MARAIS-BARBES CONTRE LE RACISME ET L’ANTISÉMITISME QUI DEVRAIT ETRE UN POINT D’APPUI POUR ORGANISER LES NOUVELLES FORCES ANTIRACISTES ET REDEPLOYER LES ANCIENNES.


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