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Les dirigeants de « El Ouma » en route vers la collaboration impérialiste

Article signé El Ouahrani paru dans El Amel, août 1932 ; suivi de « Le régime que souhaitent les dirigeants de El Ouma »

Dans l’histoire du mouvement antiimperialiste, on a vu quelquefois de larges couches de la bourgeoisie indigène entrer pendant une période dans le front de lutte de tout un peuple opprimé contre l’ennemi commun : la puissance impérialiste oppresseuse. Mais toujours, après un temps plus ou moins long, l’impérialisme a réussi à corrompre ces couches et celles-ci ont trahi la cause de l’indépendance nationale.

Dans le moment présent, la bourgeoisie indigène est de plus en plus, dans toutes les colonies, du côté des exploiteurs impérialistes, vendant leur pays pour de l’argent ou pour les honneurs.

C’est particulièrement vrai pour l’Algérie et la Tunisie, dans la période présente. Et les dirigeants actuels de « El Ouma » ne font pas exception.

Ils sont en train de suivre, dans la voie de la trahison, l’organisation tunisienne du Destour, dont l’exemple est bien significatif.

N’est-ce pas le Destour qui, après avoir sans relâche torpillé honteusement les mouvements de révoltes et de grèves, qui soulevaient fellahs, dockers et mineurs tunisiens contre le brigandage et l’exploitation impérialistes en favorisant et en aidant à la dissolution de la C.G.T. tunisienne, en est arrivé aujourd’hui au stade de la collaboration ouverte ?

« Marquons notre satisfaction, écrit le nationaliste M’Hamed Bourguiba, dans la Voix du Tunisien, du 2 mars 1932, pour cette nouvelle orientation de la politique de collaboration. Nous avons toujours revendiqué comme un droit inhérent à notre qualité de Tunisien notre admission à tous les emplois des administrations tunisiennes sous les mêmes conditions et avec les mêmes avantages que les Français. »

Ce que désire la poignée de patriotes de « El Ouma » agonisante, ce n’est autre chose que ce que pleurnichent les Chedly Khaïralah et ses congénères au sérail du résident général.

Comme les Ben Djelloul, ou les Chekiken ou les Bentami, ils revendiquent eux aussi leur participation dans la direction des affaires du pays. Quand, dans son article d’une page entière dans « El Ouma », de juin-juillet, Tlemçani s’amuse avec humour à ridiculiser les marionnettes de la commission interministérielle des affaires musulmanes et reproche ainsi au gouvernement impérialiste de confier de si grandes responsabilités à des créatures aussi ambitieuses qu’imbéciles, il ne veut pas dire autre chose que; pour leur bonne marche, les affaires du pays doivent être entre les mains des satellites éclaires. Et c’est exactement ce que demandent aussi les Den-Den, les Zénati, les Tahrat, les Chekiken, etc. « Il n’y a rien à attendre d’eux, se lamente le même auteur, sinon des déceptions et de la misère ! » Si le leader solitaire Tlemçani n’ose pas poser franchement, comme le fait sans ambages son confrère Chedly, de la Voix du Tunisien, c’est pour s’éviter la réprobation des quelques amis de son entourage. Mais là où le héros essoufflé de l’Indépendance de l’Algérie, se démasque pitoyablement, d’est quand il appelle les populations indigènes, non pas comme vous le pensez, à lutter contre l’impérialisme, mais « … de renvoyer aux prochaines élections ; les Ben Abdellah, les Ghensi, là où ils méritent », ce qui veut dire entre parenthèses « votez pour ceux qui savent mieux collaborer ».

Et dans l’article du n° 4 de « El Ouma », sous le titre « Réveillons-nous ! » ne réclament-ils pas le « Droit à l’électorat et à l’éligibilité dans toutes assemblées, y compris les Parlements, au même titre que les « autres citoyens français » ?

Une telle revendication et se considérer comme « citoyens français », c’est là vraiment une position bien nette qui met les leaders de l’Etoile Nord-Africaine, au niveau des réformistes algériens, depuis les Chekiken jusqu’aux Ben Djelloul.

Mais ces cadavres en décomposition s’orientent non pas seulement vers la collaboration, mais s’accordent avec l’oppresseur et nationaux réformistes pour mépriser la capacité des masses pauvres indigènes qui sont dans ce « … marécage de fanatisme, de maraboutisme, d’ignorance et de misère », de se libérer elles-mêmes des chaînes esclavagistes. A propos du Congrès des Savants musulmans algériens, Kemal Edine écrit, dans la même feuille :

« Nous savons, nous, nationalistes algériens, que les savants proprement dits doivent être des lumières dans un pays ; ce sont eux qui forment l’élite et à eux incombe le devoir de guider par leurs connaissances un peuple vers sa libération ».

On veut ainsi détourner les ouvriers et les paysans algériens de la lutte révolutionnaire de même en leur faisant espérer leur libération par des « savants » dont, le seul but est de vivre en paix et dans le bien-être même en collaborant avec nos esclavagistes !

Nous, ouvriers, fellahs, khemas, artisans, petits commerçants, fonctionnaires et employés nord-africains, nous n’avons pas à compter sur la bourgeoisie indigène et ses « savants », pas plus que sur le nationalisme traître et lâche, pour nous libérer. Nous n’avons rien de commun avec ce que pensent et veulent les dirigeants de « El Ouma », qui ne sont que l’avant-garde démagogique de nos oppresseurs. Leur phraséologie ultra-révolutionnaire n’a d’autre but que de nous tromper et de nous détourner de la voie de notre lutte révolutionnaire. Le seul moyen de nous libérer des chaînes impérialistes réside dans notre force et avec les moyens de combat que préconise notre journal de classe : « El Amel ». Que les idéalistes et les orgueilleux cheikhs d’ « El Ouma » se confinent dans leur prière et leur rêverie : quant à nous, prolétaires nord-africains, nous sommes décidés à lutter pour nous débarrasser du talon de fer qui nous écrase et suivre l’exemple que les 35 millions de musulmans de l’U.R.S.S. nous ont tracé !

EL OUAHRANI


Le régime que souhaitent les dirigeants de « El Ouma »

Les dirigeants nationaux-réformistes de « El Ouma » nagent dans la joie. Son Excellence Nadir Khan, roi de l’Etat d’Afghanistan, vient de publier la nouvelle Constitution de ce pays !

Nous souhaitons qu’il en soit ainsi pour tous les Etats musulmans, déclare « El Ouma », dans son numéro 6, article « L’Islam en Asie », qui nous conseille de lire « avec plaisir » l’article du 19 mai de « la Dépêche Coloniale » sur l’Afghanistan.

Quels sont donc les points les plus importants de cette Constitution, qui fait tant plaisir à MM. Messali Hadj et Cie ? Quel est donc ce régime qu’ils souhaitent si fort ? Pour le savoir nous n’avons qu’à résumer les trois points principaux du fameux article que cite « El Ouma » :

La Constitution proclame la liberté du commerce, de l’industrie et de l’agriculture. Cela signifie qu’elle proclame l’instauration et le renforcement du capitalisme. Elle renforce les droits et la puissance des bourgeois, gros industriels et commerçants. Elle légalise la liberté pour ces gens d’exploiter ouvriers et employés sans limite. La liberté pour l’agriculture, cela veut dire la liberté de s’enrichir aux féodaux et grands propriétaires fonciers de l’Afghanistan aux dépens du pauvre paysan ;

La Constitution prévoit une Chambre des nobles, Maglis i Agan, dont les membres seront choisis par le roi. Cela veut dire que les nobles, c’est-à-dire les grands féodaux, riches propriétaires fonciers de la clique royale, la classe la plus réactionnaire du pays sera au pouvoir. Cette seule institution démasque toute la duperie de la soi-disant assemblée législative élue pour trois ans. Cette assemblée législative est là pour faire croire à une Constitution démocratique, alors qu’en réalité rien ne pourra se faire sans l’assentiment de l’Assemblée des nobles, nommée par le roi ;

L’article souligne avec satisfaction que la politique hardie de réformes sociales instaurée par Amanoullah ne sera pas poursuivie par le roi Nadir Khan.

Ainsi, c’est l’aveu très net d’une politique étroitement conservatrice. Pas de réformes pour les ouvriers et paysans, mais au contraire le pouvoir aux nobles, grands féodaux, alliés aux grands bourgeois du commerce et de l’industrie. Tel est le sens de la Constitution afghane.

Voilà ce qui fait se pâmer d’aise nos nationaux-réformistes ! Voilà le régime qu’ils « souhaitent pour tous les Etats musulmans » ! A votre bonne santé, « El Ouma » ! Vous venez, par cette déclaration franche et nette, – une fois n’est pas coutume ! – d’avouer réellement ce que vous voulez, et qui vous êtes.

Sous le paravent de l’indépendance et de régime constitutionnel, vous voulez donc en Afrique du Nord, comme en Afghanistan, le pouvoir aux féodaux et à la riche bourgeoisie arabe. Les ouvriers nord-africains, les chômeurs, les Khamès, les pauvres fellahs et pâtres, les artisans et les petits commerçants, n’éprouvent, contrairement à vous, aucun plaisir, n’ont aucune envie d’un tel régime. Ils ne veulent pas le pouvoir des Bach Aghas, des Cheikhs, des Caïds, des propriétaires féroces, des usuriers cupides, des gros bourgeois pleins de graisse, qui sont d’ailleurs alliés à l’impérialisme. Ils veulent le pouvoir des ouvriers et des paysans. C’est seulement le pouvoir démocratique des ouvriers et des paysans qui permettra au peuple d’Afrique du Nord de marcher vers la vraie indépendance. C’est seulement ce pouvoir qui les libérera de l’oppression sanglante de l’impérialisme français et de ses valets grands propriétaires et grands bourgeois arabes.

Par la révolution démocratique antiimpérialiste, le peuple d’Afrique du Nord, le prolétariat en tête, marchera, sous la direction du Parti communiste, vers sa compléte libération nationale et sociale, vers l’instauration de la société socialiste, à l’exemple de l’Union Soviétique.

Quant à vous, vous vous glorifiez (« El Ouma » n° 6, page 4) d’avoir pour ami Chekib Arslan, directeur de la « Nation Arabe » qui aujourd’hui à la solde des impérialistes, mène en Afrique du Nord la campagne contre l’Union Soviétique. Ainsi vous êtes contre la libération du prolétariat et des paysans.

Par cet article, messieurs de « El Ouma », vous vous êtes nettement démasquès comme les agents des bourgeois. Vos attaques démagogiques contre les vendus à la Djelloul ben Lakhdar, grand’croix de la Légion d’honneur, ne nous donneront pas le change. Cela prouve seulement que votre bouche souffle à la fois le chaud et le froid. En première page de votre journal vous êtes rouges, en troisième page vous êtes blancs. Comme les radis, rouge dehors et blanc dedans.

Voilà pourquoi nous invitons tous les travailleurs nord-africains à combattre sans pitié le journal « El Ouma » qui les a trahis, et à se rallier autour de leur seul défenseur, « El Amel ».


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Nedjib SIDI MOUSSA