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La femme musulmane algérienne

Article signé Dji Taleb paru dans La Lutte Sociale, quinzième année, n° 305, 12 septembre 1924

Femmes libres d’Europe, de Turquie et d’Egypte, venez à son secours.

Puisque « La Femme Socialiste » veut si aimablement m’accorder la faveur de me faire lire, par ses fidèles lectrices et lecteurs, j’en profite pour mettre en lumière la situation déplorable dans laquelle se débat l’indigène algérienne.

Notre pays, après avoir subi des conquêtes diverses et des dévastations nombreuses, vécut enfin d’heureuses années entre le XIVe et le XVe siècles, c’est-à-dire à l’heure de l’épanouissement de Grenade et du règne des Almohades sur Tlemcen, la ville antique. La femme était alors l’égale de son compagnon. Elle sortait libre, étudiait et professait la médecine, le droit, etc …

Sa condition sociale était des plus enviables en comparaison de l’Européenne ignorante et presque esclave à cette époque.

La débâcle matérielle des Maures d’Espagne et les guerres intestines qui suivirent dans le pays même provoquèrent une décadence morale et intellectuelle. Le peuple fatigué, las de lutter pour sa conservation, s’abandonna à l’oisiveté et tomba bientôt dans la plus profonde ignorance. La force brutale triompha alors de la saine raison et de la culture de l’esprit. L’homme, détenteur de cette force, en abusa pour exiger de la femme une soumission absolue. Cette situation dura jusqu’à l’arrivée des Turcs qui la modifièrent d’une manière peu sensible.

Depuis la conquête du pays par la France, le sort de la femme musulmane s’est-il amélioré ? Personne n’oserait l’affirmer.

En réalité, celle-ci est traitée avec plus d’humanité et de respect, mais cela est dû à certaines lois islamiques de protection de la femme que les indigènes, dans leur ignorance, méconnaissent totalement.

La femme de chez nous ne doit pas son malheureux sort à la foi religieuse, qui lui est plutôt favorable, mais à l’état d’ignorance dans laquelle végète, hélas ! une bonne partie de la population algérienne, ignorance plus profonde encore chez les femmes.

Certes, les derniers événements mondiaux commencent à produire d’heureux effets sur mes compatriotes. Mais, sans une initiative rapide et sérieuse de la France elle-même, ce sera très long.

Et ici, je suis amené à constater que la France n’a que très peu fait pour répandre l’instruction pour les jeunes garçons et n’a absolument rien fait pour les jeunes filles.

Je suis pour l’égalité entre les deux sexes et je souffre affreusement de voir faire la sourde oreille chaque fois qu’on réclame des écoles pour nos filles et nos garçons.

Cette situation est déplorable à tous les points de vue et il importe qu’on sache enfin qu’en Algérie, il y a aussi des femmes qui ne demandent pas encore le droit de vote mais le droit à la vie libre, le droit au savoir dont la nécessité pour l’esprit est la même que le pain pour le corps.

Une mère instruite, intelligente et libre ne peut élever ses enfants que dans de nobles principes et les diriger vers le droit chemin.

Pour conclure, j’ajouterai que nos gouvernants n’entreront jamais d’eux-mêmes dans la voie que je trace, leur égoïsme étant égal ou supérieur à celui de nos vieux moralistes …. démodés qui veulent que la femme demeure dans l’infériorité où la force brutale l’a placée.

Il faudrait que les femmes de France et d’ailleurs, par solidarité féminine et humanitaire, leur tendent la main pour les aider et secouer leur joug.

Espérons que cela soit.

DJI TALEB, publiciste,
28, Rue des Chevriers, à Bel-Abbès,
(Oran).


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Nedjib SIDI MOUSSA