Article signé Henry paru dans La Jeune révolution, n° 4, février 1933

L’impérialisme français, l’un des plus belliqueux et des mieux armés, défenseur repu du traité spoliateur de Versailles, chien de garde réactionnaire de l’Europe bourgeoise, à la tête de ses vassaux (Yougoslavie, Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie), a mis un soin particulier à trouver dans la jeunesse un auxiliaire fidèle. Les adultes qui ont connu la guerre savent ce que c’est et n’ont guère envie de recommencer. Mais les jeunes !
L’école, d’abord, concourt à la préparation morale de la guerre. Dès l’école, on inculque à l’enfant l’idéologie de la plus grande France, puissante de son immense empire colonial, qu’elle « civilise ».
L’histoire glorieuse des guerres qu’elle a soutenues (toujours du côté du droit) imprègne l’enfant d’une idéologie chauvine et militariste. Le pacifisme endormeur joue aussi son rôle de bourreur de crânes. On fait croire à l’enfant que la cause de la guerre est dans la nature humaine, encore bien mauvaise, qu’il s’agit d’améliorer par des conférences de coopération internationale, où des techniciens représentants de chaque gouvernement étudieront les moyens de réaliser le désarmement moral, etc. ; ou bien que la guerre est l’œuvre de quelques trublions, fascistes italiens, ou nazis allemands, ou même bolchevicks russes, qu’il partira bravement châtier si la guerre éclate, comme ses ainés ont combattu en 1914 « le militarisme allemand » et le méchant Kaiser.
A l’œuvre intense de bourrage de crânes concourent les multiples organisations telles que la « Ligue Maritime et Coloniale », la « Ligue Aéronautique », les « Amis de la Pologne », fortes de dizaines de milliers de jeunes, chez lesquels elles développent l’idéologie impérialiste et chauvine.
Dès l’école se réalise également la préparation physique des jeunes à la guerre, à laquelle Boncour, le rapporteur (du temps où il était encore membre du Parti Socialiste) du projet de loi sur la guerre totale, sans distinction d’âge, ni de sexe, veille avec un soin particulier. C’est la préparation militaire réalisée sous couvert de culture physique. Dans les Ecoles Supérieures et à l’Université c’est plus encore : c’est la Préparation Militaire Supérieure, obligatoire dans certaines écoles, que l’on veut rendre obligatoire en fait dans les Ecoles Normales : la loi Chéron du 28 février 1932 rend obligatoire la P. M. pour tous les étudiants sursitaires (c’est-à-dire âgés de plus de 21 ans), cela en vue de préparer des cadres d’officiers pour la guerre prochaine.
A côté de l’école, les scouts s’occupent des enfants et les entraînent à la fois physiquement et moralement à la guerre. Subventionnées par le gouvernement et les gros capitalistes, soutenues par les curés et les directeurs d’écoles, les sociétés de scouts, sous leur attrait romantique, préparent des soldats entraînés et enthousiastes pour la boucherie, la loi scout leur imposant de « défendre la patrie », ce à quoi ils s’engagent dans le serment scout.
Plus âgés, les jeunes sont happés par le sport, le sport bourgeois, commercial, publicitaire, chauvin et militaire. Pas de subvention à une société sportive si elle ne fait pas de la préparation militaire, sous la direction d’un sous-off qu’on lui expédie. Des millions de jeunes travailleurs sont embrigadés dans les sociétés sportives bourgeoises, sous la direction du sous-secrétariat d’Etat à l’Education Physique. Ce n’est pas seulement la préparation de troupes entraînées que réalise le sport bourgeois ; il sert également à détourner les jeunes de la lutte de classes, à développer le chauvinisme, la haine nationale, par la passion des compétitions sportives pourries et chauvines.
L’armée achève la préparation guerrière de la jeunesse. L’armée du service d’un an est organisée de telle façon qu’elle réalise l’entrainement guerrier le plus intensif. Mal nourri, mal traité, sous la discipline d’un militarisme oppressif, le jeune est pendant un an transformé en un rouage de la machine militariste bourgeoise. Dans ces conditions de vie difficiles, des centaines tombent victimes de la préparation intensive à la guerre, au cours des manœuvres, par suite du surmenage et des maladies mal soignées.
Et c’est pourquoi souvent le jeune travailleur ressent à l’armée ses premiers sursauts de révolte contre l’appareil de préparation à la guerre de la bourgeoisie. Les discours des capitaines réactionnaires essayent bien d’exciter le jeune travailleur contre « l’ennemi héréditaire » et le « Bolchevisme menaçant » ; la caserne elle-même se charge de faire du jeune soldat un antimilitariste primitif.
Antimilitarisme qui doit s’élargir en véritable antimilitarisme révolutionnaire, pour transformer la jeunesse, dont la bourgeoisie s’est appliquée à faire un instrument docile de ses buts guerriers, un adversaire irréductible et actif de la guerre impérialiste.
C’est pourquoi, sous la direction des organisations révolutionnaires, malgré les efforts de la bourgeoisie, un nombre croissant de jeunes commence à joindre le front de lutte contre la guerre impérialiste. Jeunes ouvriers qui luttent à l’usine contre la bourgeoisie qui prépare la guerre, jeunes conscrits et jeunes soldats qui luttent contre l’armée bourgeoise, étudiants qui luttent contre la Préparation Militaire obligatoire. Aux larges couches de jeunes, alertés par les bruits de guerre, désireux, malgré la presse bourgeoise et l’intoxication qu’ils ont subi, de lutter contre cette menace, n’en discernant pas les causes réelles, ignorant les véritables moyens de lutte, il s’agit de montrer la voie.
La voie, elle est indiquée par l’exemple de la lutte de Lénine, de Liebknecht, de Luxemburg, que nous commémorons dans ce numéro. C’est celle de l’antimilitarisme bolchevick qui comprend que la guerre est un produit du régime capitaliste et que, pour lutter contre la guerre, il faut lutter contre la bourgeoisie. La voie, c’est celle des jeunes travailleurs japonais qui mènent héroïquement la lutte défaitiste contre leur impérialisme, des milliers de jeunes ouvriers et de jeunes étudiants japonais ont été pour cela emprisonnés, des soldats fusillés. La voie, c’est celle de la lutte contre notre propre impérialisme, contre le transport des armes vers l’Extrême-Orient, actuellement, la lutte contre les préparatifs de guerre de notre bourgeoisie sous toutes leurs formes diverses, à l’école, dans les sociétés sportives, etc.
Pour cela, une mobilisation urgente de tous les jeunes prêts à lutter contre la guerre impérialiste est nécessaire, la lutte doit être organisée, coordonnée, c’est pourquoi le Comité Mondial de Lutte contre la Guerre Impérialiste, élu au Congrès d’Amsterdam, a décidé d’organiser un vaste Congrès international des jeunes ouvriers, jeunes paysans, travailleurs, étudiants, contre la guerre impérialiste. Des Comités de lutte contre la guerre doivent être formés dans chaque usine, dans chaque caserne, dans chaque village, dans chaque école ou faculté, pour la préparation de ce Congrès et la lutte contre toutes les manifestations concrètes de préparatifs de guerre. Partout doivent être élus des délégués au Congrès Mondial des Jeunes.
Dans cette action, la Jeune Révolution aura son poste de combat.

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Nedjib SIDI MOUSSA
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