Hippolyte Le Pape alias Daniel Lévine, paru dans La Lutte de classes, 4e année, n° 28-29, février-mars 1931

La situation des jeunes prolétaires est de plus en plus pénible dans l’évolution présente du capitalisme. Depuis l’après-guerre des dizaines de milliers de jeunes sont lancés dans la production mécanique, dans le textile, les mines, etc … afin d’essayer de rendre à peine suffisant le budget familial.
Sur un million de jeunes ayant quitté l’enseignement primaire pour entrer dans une vie de labeur malgré leurs 13 ans il y en a plus de 900.000 qui sont jetés dans la production sans préparation, à la merci des capitalistes qui en font, dans la plupart des cas, des manœuvres spécialisés; 100.000 environ échappent à ce régime en fréquentant les écoles d’apprentissage et les cours professionnels qui dépendent surtout des organisations chrétiennes et patronales.
Cette question importante de l’apprentissage nous intéresse particulièrement, parce qu’elle touche des dizaines de milliers de jeunes de 12 à 16 ans. L’apprentissage joue un rôle important dans la classification sociale des travailleurs. En effet, les jeunes apprentis, appuyés par les organisations fascistes ou socialistes, parviennent à la situation d’ouvriers qualifiés. Ils reçoivent alors un salaire plus élevé, ce qui tend à les éloigner de la grande masse des ouvriers manœuvres dans la lutte économique et politique, sans en faire toutefois une aristocratie ouvrière, du genre de celle qui existe aux Etats-Unis.
La situation matérielle des jeunes apprentis est très critique, ils sont soumis au contrat d’apprentissage, sous l’autorité de la loi du 20 mars 1928, qui est un véritable contrat d’exploitation et de soumission absolue devant les patrons. Le salaire des jeunes apprentis est minime. Dans la région parisienne 70 pour cent des apprentis de troisième année (en moyenne 16 ans), sont payés 2 fr. 25 de l’heure dans la mécanique, 2 fr. 50 dans la fonderie, 2 fr. 30 dans la chaudronnerie, et 2 fr. 10 dans les industries connexes. Les jeunes employés de bureau, manutention et courses gagnent en général le royal salaire de 500 fr. par mois. Les taux dans la région parisienne ont d’ailleurs tendance à la baisse, surtout par suite des perspectives de chômage qui se précisent davantage chaque jour dans plusieurs branches de production (commerce, mécanique, habillement, luxe etc … ). En province, dans le Nord et l’Est pour le textile, les mines et la mécanique, les salaires sont nettement inférieurs à ceux de la région parisienne. Quant aux jeunes paysans, garçons de fermes ou journaliers dans le Centre et le Midi, leur salaire est dérisoire et l’exploitation renforcée, leur gain ne dépasse guère 400 francs dans le meilleur des cas; pour certains – même dans la région parisienne, la paye est tellement faible que de jeunes travailleurs des champs deviennent les créanciers de leur patron. On voit par ces chiffres combien le budget des jeunes apprentis est insuffisant. A cela vient s’ajouter l’abus des longues heures de travail. Dans la majorité des cas les jeunes font 9 et 10 heures par jour. L’emploi de la main-d’œuvre de la jeunesse ouvrière est un moyen excellent pour favoriser l’accumulation capitaliste, et aussi une possibilité de jeter la division dans la classe ouvrière en dressant les jeunes contre les vieux.
Nous ne connaissons pas les statistiques officielles du nombre de jeunes dans la production en 1930. La dernière statistique fournie date de 1921; nous la donnerons malgré ce décalage d’années, car les chiffres publiés sont précieux.
En 1921 il y avait au total pour l’industrie et le commerce 1.817.048 jeunes salariés de moins de 20 ans. Ils se répartissaient comme suit :
| J. G. | J. F. | Total | |
| Employés | 120.613 | 180.773 | 301.386 |
| Ouvriers | 728.490 | 483.391 | 1.211.881 |
| Divers | 87.723 | 216.058 | 303.781 |
| Totaux | 936.826 | 880.222 | 1.817.048 |
Sur 1.817.048 jeunes travailleurs il y en avait 700.000 de moins de 15 ans. A cette époque le nombre total des salariés hommes et femmes était de 12.619.946 ! On peut dire qu’à l’heure actuelle le chiffre de deux millions et demi de jeunes salariés n’est pas exagéré. Cette couche de travailleurs la plus exploitée nous intéresse au plus haut point à cause du vaste champ de recrutement qu’elle offre aux besognes de trahison auxquelles se livrent la bourgeoisie et tous ses soutiens.
L’ORGANISATION DE LA JEUNESSE OUVRIERE
Le problème de l’organisation fut posé très rapidement par la bourgeoisie dès le lendemain de la guerre. Le rôle des jeunes dans la lutte antimilitariste fut un levier révolutionnaire très important dans la lutte contre l’impérialisme, aussi celui-ci tenta par tous les moyens d’embrigader la jeunesse ouvrière dans ses organisations pro-fascistes, sportives et distractives. Pendant longtemps il fut incapable d’organiser les jeunes travailleurs, ne touchant seulement que les éléments de la moyenne bourgeoisie par l’intermédiaire de l’Union du Scoutisme. Mais le sport l’aida beaucoup, et il put conquérir par ce moyen des dizaines de milliers de jeunes ouvriers en les rendant passifs dans les luttes sociales. Cependant aujourd’hui, avec la J. O. C. par exemple, il pénètre jusque dans les usines. Il faut s’inquiéter de la création des bastions de la bourgeoisie sous l’égide du clergé, qui sait tromper démagogiquement les jeunes travailleurs. Il faut passer à l’offensive et empêcher l’infiltration du mensonge chrétien dans les syndicats et aussi enrayer la tentative de militarisation des jeunes qui s’effectue au moyen de différentes organisations.
I. – LE SCOUTISME.
Le scoutisme est la première tentative sérieuse de la bourgeoisie pour organiser la jeunesse. Le scoutisme en général embrasse trois fédérations en France. La plus forte est celle qui se tient sous l’influence du clergé catholique; elle groupe 30.000 adhérents effectifs. L’union protestante compte environ 15.000 adhérents et les Eclaireurs de France (laïques) environ 10.000. Ces derniers sont en progression assez rapide. Si dans chacune des Fédérations il semble qu’on rencontre différentes philosophies, le but de militarisation est identique pour elles trois. Nous pouvons comprendre immédiatement le mode de recrutement de ces organisations essentiellement bourgeoises. Les scouts ne sont recrutés en général que parmi la haute et surtout la moyenne bourgeoisie; on y trouve quelques éléments du prolétariat mais « recommandés » par la paroisse ou le cercle. L’ensemble du contingent comprend très peu de jeunes ouvriers ; une forte minorité d’employés et la majorité est composée de jeunes des écoles qui par leur éducation bourgeoise sont appelés à devenir les cadres de chaque groupe.
L’action essentielle du scoutisme est le militarisme, et repose sur la discipline au service de la bourgeoisie. Et sous des objectifs de distraction les groupes de scouts pratiquent un entraînement guerrier sous le couvert d’un idéal patriotique déclaré. Cette militarisation de la jeunesse est activement soutenue par l’ensemble de la bourgeoisie qui aide au grand développement du scoutisme par la création de cercles d’éducation et de groupes artistiques. Les cercles d’éducation et artistiques deviennent les foyers de recrutement du scoutisme, et de la manière dont dépendent ses organisations ou sous-groupes auxiliaires, c’est-à-dire de la paroisse, le recrutement se trouve sélectionné ; le scoutisme est donc bien un recrutement de classe parmi les différentes couches de la bourgeoisie.
Le scoutisme est un pilier actif du capitalisme grâce à sa militarisation de la jeunesse. En tant que force adverse nous devons surveiller étroitement son développement et empêcher tout recrutement dans le prolétariat. Pour l’instant ce danger de travail en grand au sein de la classe ouvrière ne se pose pas, car les dirigeants sont jaloux de leur organisation et veulent lui garder son aspect patricien, au-dessus de la plèbe.
Dans la méthode des dirigeants il y a une chose à retenir, c’est qu’ils ont su rendre la discipline agréable et distractive ; d’où l’engouement pelit-bourgeois vis-à-vis de ces organisations. Chez nous les pionniers rouges, copie des scouts, moins la discipline prolétarienne n’ont pas de méthodes pour garder à eux les jeunes éléments qu’ils peuvent grouper.
Nous devons indiquer encore que le scoutisme a dans le monde trois millions d’adhérents. Cette force militariste de la bourgeoisie n’est pas à dédaigner. Nous devons dans notre lutte contre le scoutisme démasquer son caractère de classe, l’aide qu’il apporte au militarisme bourgeois. Nous limiterons ainsi son recrutement et son influence, et, contre lui, l’action des campeurs prolétariens doit faire le reste.
II. – LA JEUNESSE PATRIOTE
Le noyau de l’Action française en pleine dégénérescence, recruté dans des milieux très spéciaux, n’est guère intéressant pour nous. Quant aux J. P. ils nous intéressent dans la mesure où ils peuvent devenir une troupe d’assaut contre le prolétariat. Actuellement les quelques milliers de jeunes étudiants et dévoyés des Jeunesses Patriotes sont en pleine déroute politique. Leur dernier congrès fut celui de la débâcle, leurs manifestations extérieures furent nulles et pendant les dernières élections de 1928, ils marquèrent un net recul, ne parvenant même pas à soutenir leurs candidats, tel Camille Aymard. La leçon de la rue Championnet fut pour eux le dernier avertissement. La quasi-inexistence des J. P. se rattache en très grande partie à la question de la possibilité d’apparition du fascisme ou du maintien de la république bourgeoise parlementaire. De là une division profonde dans leurs rangs – qui a abouti à une rupture. Au point de vue social, Taittinger et ses troupes ne représentent pratiquement rien, mais ils peuvent du jour au lendemain fournir des embryons de cadres à la bourgeoisie en péril ; l’unité se ferait vite alors. L’organisation des J. P., très limitée, n’a aucune base dans le mouvement ouvrier. Son recrutement est bourgeois, il se fait dans les écoles et les universités et aussi quelque peu parmi les employés, surtout ceux des banques. Leur idéal, l’exaltation patriotique, est lamentable et ne peut toucher de larges masses, car on voit trop clairement qu’il s’agit de défendre le coffre-fort. D’autre part, depuis que le clergé oriente lui-même ses organisations sur un plan plus actif et social, le recrutement des J. P. s’est desséché. Entre eux et nous, c’est une lutte qui doit être dure, sans compromis.
III. – LES JEUNESSES LAIQUES
La bourgeoisie radicale a aussi son mouvement parmi la jeunesse, mais il est comme le précédent, très étriqué, quoique il se prétende inspiré par une idéologie plus généreuse.
Les jeunesses laïques ont quelques forces dans la région parisienne dans le 1er, 2e, 4e, 5e, 7e arrondissement, en banlieue, et dans certaines villes de province. Leur recrutement est limité, il a la prétention de constituer une élite anti-cléricale. Les vieux rationalistes et les penseurs du 18e et 19e siècles se moqueraient ironiquement d’un tel mouvement qui prend toutes les formes que l’on veut, discute sur la religion, mais ne veut attaquer aucune institution religieuse, celles-ci se trouvant en fait soutenues par l’Etat. La bourgeoisie libérale ne s’intéresse guère au mouvement des jeunesses laïques car elle sait bien qu’il ne représente rien dans la lutte contre le prolétariat.
Leur base sociale est constituée par les milieux intellectuels, les employés, quelques ouvriers et une plus grande minorité de paysans. Leur agitation est restreinte à des cercles étroites où le style ancien domine, et à des fêtes « laïques ». Leurs seules manifestations publiques ont lieu pour la défense de la « Paix », la S. D. N. etc … Car depuis que Briand et Herriot sont bien avec les Monseigneurs, la campagne contre les curés est morte. Ces petits cénacles de jeunes radicaux (seulement dans le mot) ne peuvent constituer une force particulière entre nous et le capitalisme. Même si se déclenchait une vague de protestation de la moyenne bourgeoisie, leur rôle serait nul car leur organisation, sans vie intérieure, sans foyer d’agitation ne peut vivre et ne peut lutter dans la période présente. La seule chose qu’ils peuvent faire c’est aider les muscadins; c’est pourquoi, s’ils tentent de recruter dans le prolétariat nous les combattrons avec énergie comme nos pires adversaires.
IV. – LE MOUVEMENT CHRETIEN PARMI LA JEUNESSE.
LA JEUNESSE OUVRIÈRE CHRÉTIENNE
La refonte de l’organisation de l’Eglise au 19e et 20e siècle, en s’adaptant aux formations sociales modernes et encourageant les groupements catholiques à pénétrer profondément le prolétariat sur la base des revendications de classe, a fait du mouvement chrétien un des mouvements les plus dangereux contre la classe ouvrière. Parmi les jeunes, ce mouvement chrétien social s’exprime par une organisation neuve datant de quelques années et groupant 14.000 adhérents effectifs : la J. O. C. – avec un journal mensuel qui tire à 90.000 exemplaires. Cette organisation de la jeunesse chrétienne met à la base de sa charte : le bien-être de la classe ouvrière par des améliorations dans les rapports entre travailleurs et patrons et des réformes sociales et politiques inspirées par la bannière pontificale.
La J.O.C. est puissamment organisée et soutenue par le haut clergé, qui guide en fait la marche de l’organisation vers le but final qui est de livrer la classe ouvrière désarmée aux capitalistes. La J.O.C, en s’occupant de petites revendications ouvrières, profitant de la bienveillance complice de certains patrons, a obtenu dans ce domaine quelques résultats positifs. Cela a suffi pour créer autour de l’organisation une légende de nouvelle croisade sociale et lui permettre un recrutement progressif à l’intérieur de la classe ouvrière.
L’organisation est formée sur la base de sections locales ou d’usines groupées en Fédérations dont l’une des plus fortes et des plus dangereuses est celle du Nord. Comment la J.O.C. recrute-t-elle ? La J.O.C. s’appuie sur les cercles catholiques de chaque paroisse et ce sont de ces cercles que sortent des cadres solides de l’organisation. Les cercles catholiques organisent des fêtes, des conférences, etc … On parle de la J.O.C. et on tente de monter une section. Comme la principale tâche pour les curés est la conquête des jeunes cerveaux, alors le but principal est de sauver l’apprentissage, de sauver la jeunesse du chômage, etc … avec toute leur terminologie chrétienne. Les jeunes garçons et les jeunes filles s’intéressent à 14 ans aux fêtes, au cinéma et autres distractions. Alors la prêtraille, se modernisant, multiplie fêtes, séances cinématographiques, sorties champêtres, pour conquérir à elle la jeunesse ouvrière. Cette propagande habile est dangereuse. Non pas qu’elle organise puissamment les jeunes ouvriers derrière l’autel catholique. Car dans ce recrutement facile la religion fait d’énormes concessions doctrinales (et cela est son côté faible) mais parce que pour l’avenir elle neutralise des couches ouvrières en faveur de la bourgeoisie si une propagande hardie des révolutionnaires n’a pas réussi à entraîner, à noyauter politiquement cette organisation lourde dans son action. La direction du clergé a compris elle aussi que son organisation pouvait flancher très rapidement et, pour éviter cela elle lui a donné une armature plus solide : les cercles d’études qui sont le prolongement des sections. Ces cercles d’études ont le devoir d’encadrer les sections, de les endoctriner. En effet c’est dans ces cercles d’études, que l’on forme des jeunes ouvriers chrétiennement armés d’une arme idéologique et qui seront chargés ensuite de la propagande parmi les ouvriers, connaissant mieux le milieu que les membres du cercle catholique. Le recrutement intensif de la J.O.C. est le seul danger contre le mouvement révolutionnaire. Il est dangereux en effet de savoir qu’il y a à Roubaix-Tourcoing plus de 600 jocistes organisés. Il est sûr que lorsque la Jeunesse Communiste aura compris tout le travail qu’il y a à faire contre la J.O.C., l’organisation déclinera aussi rapidement qu’elle est née, car la majorité des jeunes jocistes n’est pas catholique et deviendra révolutionnaire après une propagande sérieuse, car ces jeunes ouvriers sont de notre classe par le rôle qu’ils jouent dans la production ; ils ne sont pas de celle du clergé et de ses suppôts. Ce sera là le secret de la défaite de la J.O.C. et la J.C. doit attaquer sur le terrain où les prêtres ont transporté l’organisation, face à l’usine. Donc pour nous, nous devons veiller à empêcher une croissance de la J.O.C. et mener partout où il existe des sections, une campagne acharnée dans tous les domaines sociaux, et acculer l’adversaire sur son propre terrain. Le mouvement chrétien groupe aussi une Fédération sportive qui compte plus de 100.000 membres, des cercles catholiques puissants et le groupement de la J.A.C. qui organise les jeunes paysans et compte 2.000 adhérents ayant un journal tirant à 10.000 exemplaires. Parmi nos adversaires réactionnaires c’est la J.O.C. la plus dangereuse car elle illusionne par ses réformes. Nous devons préparer une campagne idéologique pour un regroupement de la jeunesse ouvrière. Telle est notre tâche.
V. – LA JEUNESSE SOCIALISTE
A l’intérieur de tout mouvement révolutionnaire il se crée une partie réformiste dangereuse. Elle est le prolongement de l’adversaire (la bourgeoisie) dans nos rangs. La J. S. reflète un de ces phénomènes de pénétration de notre mouvement. La J. S. n’existait pas en 1920, lors de la scission de Tours, et maintenant elle compte plus de 6.000 membres avec une journal bi-mensuel. Depuis deux ans surtout les progrès des J.S. sont très rapides, même dans la région parisienne, terrain des J. C. Actuellement on compte environ 700 membres des J. S. dans la région parisienne. Le développement du réformisme dans la jeunesse ouvrière au moment où la J. C. subit des échecs graves est significatif et dangereux pour le mouvement révolutionnaire. La J. S. créée artificiellement par le parti socialiste n’a commencé à se développer qu’à l’instant où la Jeunesse Communiste a commis de graves fautes, au moment de sa mécanisation, de sa sècheresse politique et de son faux radicalisme. Grâce à l’accumulation des fautes le réformisme naissait et se développait en puissance parmi la jeunesse ouvrière. Le parti socialiste comprit l’importance de la création d’une Jeunesse et l’aida par ses cadres, par ses écoles etc … Le mode d’organisation est identique à celui du parti. Il repose sur la base des sections locales et fédérations dirigées par un Comité national mixte. Les cadres des jeunesses socialistes sont des intellectuels, des étudiants, très peu d’ouvriers. N’ayant pas de traditions révolutionnaires, le courant politique dominant de l’organisation est forcément un opportunisme droitier, dirigé par Dumon et Lévy. La jeunesse socialiste profitant des fautes des J. C. est parvenue à s’imposer dans la R. P., dans le Nord et dans certaines villes de l’Est ainsi que dans la campagne dans le Midi.
Le danger le plus sérieux existe surtout dans la région parisienne et dans le Nord, car cette propagande touche les milieux de jeunes ouvriers et très habilement sous des phrases radicales ils entraînent derrière leur drapeau « rose » des jeunes travailleurs. Savoir qu’il existe dans le 20e arrondissement, centre prolétarien, 100 membres des J. S. dont une bonne partie de jeunes ouvriers, montre combien leur propagande est dangereuse. Les résultats positifs du recrutement sont dus, d’une part à l’aide du parti et au système de fêtes et de distractions diverses. Cette méthode de recrutement, du point de vue révolutionnaire, est très mauvaise, du fait que 1° la J. S. n’a pas d’autonomie politique (en fait c’est le parti qui dirige), 2° il n’y a pas, de ce fait, de revendications particulières aux jeunes sur tous les terrains, 3° n’ayant pas ou peu d’activité politique la J. S. recrute au moyen de fêtes etc … sans préparation idéologique, sans perspectives sérieuses. Seuls les cadres connaissent quelque peu les buts du « socialisme » de la IIe Internationale. Quant au reste, à la grande masse des adhérents, sous l’influence trop grande du parti ils ne peuvent se développer ; ils forment une couche oscillante qui peut subir des fluctuations sérieuses à un premier choc avec des méthodes et une politique révolutionnaire qui peut l’entraîner à sa suite. C’est là une grosse faiblesse de la J. S., qui peut organiser 6.000 jeunes, former des brigades de choc, mais ne donne pas à ces jeunes travailleurs l’élan révolutionnaire qui correspond à sa situation et à son développement. Malgré une apparence de santé dans la montée des effectifs, l’organisation des J. S. est fragile dans son armature, et ne peut pas devenir une organisation indépendante. Elle croulera en organisation libérale et elle perdra son élément sain, les jeunes ouvriers, au profit des jeunesses communistes.
La J. S. n’a pas d’avenir correspondant soi-disant à son idéal, mais dans les temps présents elle peut jouer un rôle dans le mouvement ouvrier qui peut être néfaste si la Jeunesse Communiste ne reprend pas vigoureusement sa marche en tenant fermement le flambeau révolutionnaire.
VI. – LA JEUNESSE COMMUNISTE
Après cet examen succinct des organisations adverses, brossons un tableau rapide de l’organisation et des tâches de la Jeunesse Communiste. La Jeunesse Communiste française née au lendemain de la guerre dans l’enthousiasme de la jeunesse ouvrière, donnait des espérances au mouvement ouvrier. La période de progression de l’organisation qui s’étend entre 1920 et 1924 vit le nombre des adhérents monter à 15.000 jeunes organisés, et non fictifs. Cette montée des forces de la Jeunesse Communiste correspondait en premier lieu à une vague révolutionnaire dont l’Allemagne était la pointe, et, en deuxième lieu, à une bonne application des tâches (agitation économique) dans le mouvement ouvrier, doublés d’une éducation que l’on donnait aux jeunes organisés. Les tâches anti-militaristes étaient inspirées du début de la fondation de l’Internationale des Jeunes. La Jeunesse Communiste par son travail et par son sérieux avait obtenu un grand crédit auprès des jeunes, et toutes ses manifestations étaient suivies par les masses qui avaient confiance dans l’organisation.
Actuellement, la décroissance de l’organisation des Jeunesses est tellement grave que le parti doit battre le rappel pour tenter de remonter la Jeunesse Communiste qui s’écroule lentement dans l’indifférence.
L’organisation groupe encore environ 5.000 adhérents, malheureusement un grand nombre de membres ne sont que fictifs. Cette chute de la Jeunesse Communiste s’explique en partie par la décroissance du mouvement révolutionnaire dans la dernière période, mais, aussi et surtout par les mauvaises méthodes bureaucratiques, par le manque d’éducation dans l’agitation, par le peu de sérieux de l’organisation, son manque d’enthousiasme, et parce qu’elle est dirigée par la méthode stalinienne qui met le Comité central à la disposition d’une clique bureaucratique sans avenir.
Des régions entières de l’organisation ont disparu, d’autres sont très malades, telle celles de Lyon, Marseille et surtout la Région Parisienne après le dernier scandale du Bureau régional qui montre que la J. C. est entrée dans une crise morale très profonde. L’éducation est nulle dans la Jeunesse, le minimum du bagage politique d’un jeune communiste est abandonné par les dirigeants sans scrupules; quant à la valeur morale que l’on doit trouver dans l’organisation (en se basant sur les thèses du 2e congrès mondial de l’I.C.J.), la vulgarité est de règle, et les marques de dégénérescence se précisent chaque jour davantage ; c’est une sorte de retour à l’anarchisme.
Le grandes tâches de la Jeunesse Communiste – l’antimilitarisme, le travail syndical et l’éducation -, sont ridiculisées par les jeunes bureaucrates de l’organisation. Le travail antimilitariste est devenu une revendication de « patates », le travail syndical celui de commissions et l’éducation, une mécanisation stupide prônée par Couteilhas.
La Jeunesse Communiste qui a de nombreuses tâches historiques à remplir est rongée par le même mal qui dévore l’Internationale, le bureaucratisme qui engendre toutes les erreurs et est, lui-même, la conséquence d’erreurs politiques fondamentales. Cependant il ne faut pas rejeter l’organisation, et c’est dans la mesure où nous développerons nos noyaux de jeunes, éduqués par l’opposition de gauche, que nous pourrons redresser la Jeunesse Communiste et lui faire accomplir son grand travail d’action contre les adversaires. La situation est sérieuse, car les organisations réactionnaires et réformistes entament réellement le mouvement des jeunes. Aussi la tâche la plus immédiate est-elle celle du travail syndical. Il faut grouper les jeunes sur le terrain de revendications économiques, sur la base d’une plate-forme qui doit être élaborée par la Jeunesse Communiste sans toutefois montrer un sectarisme étroit. Dans cette plate-forme, à la question de l’apprentissage, une grande place doit être consacrée, elle est urgente pour parer aux manœuvres des Jocistes et des réformistes, puis aux revendications des jeunes ouvriers : salaire égal à l’adulte, hygiène, maladies, et la question des assurances. La résolution du Bureau de la Fédération des J. C. examine en détail la situation économique et politique, mais sur l’agitation pour les revendications elle ne fait que mentionner différents points sans en donner un examen approfondi, et sans définir la tactique qui doit viser à faire aboutir ces revendications. A cela bien entendu viennent s’ajouter les perspectives politiques et le rôle que doit jouer la J. C.
C’est pour cela que la Résolution du B. F. est mauvaise, et ne correspond pas à la situation des jeunes et ne peut aboutir sérieusement à un regroupement syndical.
Pourtant ce n’est que dans la mesure où la plate-forme, d’action sera juste et correspondra aux aspirations des jeunes qu’il y aura possibilité d’enrayer la marche en avant des adversaires et de passer ensuite à l’offensive.
Toute cette erreur d’appréciation du document du B. F. provient du manque d’éducation politique. C’est pour cela que l’opposition de gauche avait fait du mot d’ordre de l’éducation un point central pour freiner le mouvement de dégénérescence des J. C. En effet, quand on voit un Comité Central qui ne réunit pas la moitié de ses membres et que ce Comité inéduqué politiquement est à la merci des aventuriers incapables de la direction qui conduisent notre organisation à la ruine, il y a lieu de s’inquiéter.
Il faut sauver la Jeunesse Communiste, il faut lui redonner sa vigueur primitive et pour cela, devant l’urgence du mal nous disons : Face aux jeunes, travail dans les syndicats, dans chaque section de jeunes qui sera formée il faut créer un cercle d’éducation des jeunes ouvriers sous la direction politique des cadres éduqués du mouvement communiste. Le parti dans son appui au mouvement des jeunes ne doit pas mettre la J. C. en tutelle mais doit créer le plus rapidement possible des cadres sérieux et laisser toutes les initiatives à la Jeunesse.
Dans cette situation de crise économique nous devons agir rapidement sur le terrain syndical et puiser dans ce mouvement des forces neuves qui donnent une impulsion vigoureuse à la Jeunesse Communiste qui redressera le flambeau de Karl Liebknecht et marchera en avant à la pointe du combat révolutionnaire.
DANIEL LEVINE.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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