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La fascisation du régime : Le règne de la police

Article signé Astier paru dans L’Humanité, 17 décembre 1929

UNE des caractéristiques de notre époque est, sans contredit, la fascisation rapide des Etats capitalistes qui est l’un des moyens essentiels grâce auxquels l’impérialisme espère développer une exploitation renforcée du prolétariat et se préparer à le jeter dans de prochaines boucheries.

Voilà pourquoi le ministère de l’Intérieur dont la Chambre des députés discute en ce moment le budget, apparaît de plus en plus comme un ministère de la police. En effet, sur un chiffre de 1 milliard 172 millions, 308 millions, soit 68,9 % sont affectés à la SURETE GENERALE.

La puissance du mouvement communiste, le développement continu du socialisme en U.R.S.S. obligent l’impérialisme à organiser à côté de ses ministères de la guerre, UN VERITABLE MINISTERE DE GUERRE CIVILE CONTRE LE PROLETARIAT, celui de l’Intérieur. Il a son état-major, avec ses plans stratégiques (plan 7, par exemple). Il a aussi ses troupes spéciales : 58.000 hommes de police et de gendarmerie armés à la moderne et possédant autos, voitures-radios, avions, gaz, etc. Un réseau de radio-police va même permettre à la Sûreté générale d’avoir à tout moment une liaison directe avec les grands centres de police, les gares-frontière et les principaux ports.

A ces brigades de choc viennent s’ajouter les troupes secrètes qui agissent en collaboration étroite avec le patronat contre les ouvriers, nouvelle preuve de la fascisation du régime.

Police officielle et police patronale s’interpénètrent en effet constamment, échangent leurs cadres, se communiquent leurs fiches et leurs dossiers, etc. Plus est importante l’agglomération industrielle, plus l’est aussi le mouchardage en usine. La Région parisienne (Renault, Citroën, etc.), la région du Nord (consortium textile) et la région de l’Est (industrie lourde) sont à cet égard particulièrement dotées.

Dans cette derniere, la police d’Etat, la gendarmerie, les gardes mobiles obéissent même aux ordres directs des potentats de l’acier. Il suffit d’une simple note du patronat pour que ouvriers polonais et italiens soient immédiatement expulsés.


DANS son évolution rapide vers la forme fasciste, notre Etat, impérialiste a considérablement élargi le rôle de son ministère de l’Intérieur. Le sous-secrétaire d’Etat Marraut a, lui-même, ainsi défini ses fonctions :

« J’ai à préparer la mobilisation parlementaire, j’ai à mener la propagande en faveur du gouvernement auprès du Parlement et de la presse. » (Indépendant des Pyrénées-Orientales du 15 novembre 1929).

M. Marraut veut dire par là que, par la peur de ses dossiers révélateurs, il maintient les parlementaires dans le droit chemin capitaliste. Quant à la presse et à la radio, leur domestication aux ordres de l’Intérieur n’est plus à démontrer. Jusqu’au journal de « l’intègre » Daladier, qui n’a pas osé publier un article du démagogue Bergey égratignant Tardieu – oh ! bien légèrement ! Le scandale de la Gazette du Franc a d’ailleurs clairement souligné la mainmise totale de la police sur la presse, Populaire, compris. C’est pour cela – les ouvriers le comprennent bien – que le gouvernement renforce son agression contre l’Humanité, cette seule voix incorruptible et indépendante du prolétariat.

Autre preuve de fascisation : LA SUBORDINATION TOTALE, ABSOLUE DE LA MAGISTRATURE A LA POLICE. Tardieu a été jusqu’à l’affirmer, officiellement à la séance de la Chambre du 29 novembre dernier. S’il a inculpé de « complot » toute la direction du Parti communiste, c’est parce que tel est son bon plaisir, a-t-il déclaré en substance. C’est-à-dire parce que l’impérialisme EXIGE QUE, PAR TOUS LES MOYENS, soit détruit le Parti communiste, seul obstacle à la rationalisation effrénée et aux préparatifs de guerre. Il est dès lors naturel que, pour arriver à ces fins, la police use des pires provocations : celle de Clichy (24 mars) contre la région parisienne du Parti et à la suite de laquelle notre camarade Clément est traîné vendredi devant les assises de la Seine, en est une des formes les plus claires.


AINSI le pouvoir d’Etat de l’impérialisme français est sur la voie des pays de terreur blanche avouée, avec lesquels le voyage de Chiappe à Budapest souligne son accord. On assista même à ce spectacle : les polices des divers impérialismes qui s’espionnent mutuellement, se retrouvent unies pour tenir des congrès internationaux, pour organiser la radio-police internationale. Les raisons de cet étrange front unique ? Encore et toujours la lutte contre l’Internationale communiste, les préparatifs d’agression contre l’U.R.S.S.

Et c’est à ce moment que, dans ce domaine, comme dans tous les autres, les socialistes se montrent les dévoués soutiens de l’impérialisme. La liaison permanente et ouverte entre chefs socialistes et chefs policiers (Fiancette-Benoist, Levillain-Chiappe, etc … ) n’est plus à démontrer.

Rien d’étonnant à cela : ce soutien souligne la marche rapide de la social-démocratie au social-fascisme. D’ailleurs, en Allemagne, Grzensky et Zoergiebel, authentiques sociaux-démocrates, se sont montrés des policiers aussi zélés que leurs « collègues » Tardieu et Chiappe, tandis que leur « camarade » Severing, ministre de l’Intérieur, a énergiquement défendu au Reichstag la loi sur la « défense de la République » dont le seul but est la destruction de notre parti frère.


MAIS la fascisation de l’Etat bourgeois n’empêchera jamais les travailleurs de se tourner de plus en plus vers leur Parti communiste. Elle ne sauvera pas l’impérialisme français. Celui-ci peut renforcer sa police, y jeter chaque année des sommes accrues. Il arrivera peut-être à décapiter momentanément notre Parti, mais il n’empêchera jamais les communistes de s’enraciner dans les usines, d’y entraîner à la lutte leurs camarades de chaîne et d’exploitation.

A l’insolent étalage de brutale dictature capitaliste qu’est le budget de l’Intérieur, les communistes répondront donc en intensifiant notre pénétration dans les entreprises, en renforçant la lutte incessante contre le patronat, en élargissant chaque revendication immédiate des ouvriers vers la lutte révolutionnaire pour le renversement du régime capitaliste et l’instauration de la dictature du prolétariat.

ASTIER.


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Nedjib SIDI MOUSSA