Conférence de presse sur les incidents sanglants du 14 Juillet 1953

Extraits de la conférence de presse du MTLD à Paris, 29 juillet 1953.

 

 

Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques en Algérie (M. T. L. D.)

 

Conférence de presse sur les incidents sanglants du 14 Juillet 1953 et le problème de l’émigration algérienne en France

 

Paris, le 29 juillet 1953

 

(…) LE M.T.L.D. ET LA MANIFESTATION DU 14 JUILLET

Notre organisation a des sections dans toute la France, et l’ensemble de ces sections constitue la fédération de France. La présence de cinq cent mille Algériens émigrés en France, qui sont dans leur grande majorité attachés à l’idéal que nous représentons, nous impose la définition d’une politique destinée à leur faire jouer le rôle qui leur revient dans la lutte du Mouvement national algérien. Cette politique n’a pas changé depuis le 11 mars 1937, date à laquelle un groupe d’émigrés réunis autour de Messali Hadj, à Nanterre, jeta les bases de la lutte organisée du peuple algérien contre la domination colonialiste.

La tâche essentielle que nous fixons à notre fédération de France est celle d’un travail d’explication de nos aspirations et de dénonciation de la politique colonialiste au sein des masses françaises. Nous estimons que le peuple de France – que nous ne confondons pas avec les gouvernants qui nous poursuivent de leur haine et de leur répression – se rangera à nos côtés lorsqu’il sera informé de la politique menée en son nom à notre égard. Nous estimons aussi que les Algériens résidant en France constituent une force démocratique qui a un rôle à jouer dans la lutte des démocrates français contre les forces de la réaction, lutte qui rejoint celle que nous menons contre le colonialisme. C’est ce qui qui a été caractérisé dans une résolution votée le 13 juin dernier, lors de « l’Assemblée pour le retour de Messali Hadj et la libération des détenus politiques algériens », par l’expression : « Un dialogue à l’échelle de deux peuples. »

Pour atteindre ce but, l’émigration algérienne doit utiliser toutes les possibilités légales qui lui sont offertes de s’adresser aux masses françaises, et elle doit également saisir toutes les occasions de concrétiser la solidarité qui doit unir les démocrates de France et ceux d’Algérie. C’est pour cela que nous avons participé à des manifestations organisées avec des formations et personnalités politiques françaises d’opinions les plus opposées. Il nous arrive de nous trouver aux côtés de communistes tout comme il nous arrive de nous trouver aux côtés d’adversaires des communistes. La seule condition qui est mise par nous à notre participation à des manifestations politiques françaises est que leurs objectifs ne soient pas en contradiction avec les nôtres.

Nous participons au défilé traditionnel du 14 juillet, de la Bastille à la Nation, depuis plusieurs années. Nous y participons parce que les mots d’ordre centraux arrêtés par le comité d’organisation ne sont pas en contradiction avec les nôtres.

C’est le M.T.L.D. et les Algériens de la région parisienne qui exigent que nos compatriotes soient en groupe distinct. Il y a à cela deux raisons principales qui conditionnent notre participation au défilé. Premièrement, nous voulons nous différencier d’autres organisations participantes sur des problèmes fondamentaux ayant trait à nos conceptions idéologiques, doctrinales et politiques. Deuxièmement, nous voulons donner plus de poids à nos revendications particulières. L’expérience de ces dernières années nous a démontré l’efficacité de notre position qui nous a permis un travail fructueux d’explication de notre contenu politique et nous a attiré une grande sympathie de la part de la population parisienne et progressiste, et être informée de la répression policière, judiciaire et économique qui sévit dans notre pays.

Nos mots d’ordre arrêtés par nous, dans le cadre défini par le comité d’organisation de la manifestation, étaient consacrés, cette année, à la défense des libertés démocratiques en Afrique du Nord et en France. Ils réclamaient principalement la libération de Messali Hadj et des détenus politiques algériens, la libération de Bourguiba, des emprisonnés politiques tunisiens et marocains ainsi que le châtiment des assassins de Ferhat Hached. D’autres mots d’ordre étaient consacrés à la lutte contre la répression colonialiste et raciste. Conformément à une décision du comité d’organisation, il n’y avait aucune banderole d’organisation ni aucun emblème.

(…) CONCLUSION

Depuis le 14 juillet, nous avons assisté à des campagnes racistes dirigées contre les Algériens résidant en France. Les manifestations platoniques et les témoignages larmoyants sur le sort de nos compatriotes s’accompagnent de mesures d’exception. Le problème est ramené à une solution policière. Le racisme devient officiel. La main-d’oeuvre algérienne devient une « main-d’oeuvre spéciale » et on organise des « services spéciaux ». Le but de ces mesures d’exception est de renforcer une répression politique que l’on essaye de dissimuler sous de prétendus « remèdes sociaux ». La répression permanente et les persécutions quotidiennes à l’encontre des Algériens se renforcent, et les méthodes policières d’Algérie sont maintenant appliquées en France.

Le gouvernement veut briser le mouvement national algérien et son organisation d’avant-garde, le M.T.L.D., qui est l’organisation démocratique algérienne la plus représentative et l’expression d’un nationalisme démocratique, progressiste et social. Ce que l’on reproche aux Algériens, ce que six d’entre eux ont payé de leur vie, place de la Nation, c’est leur attachement à l’idéal national et la confiance qu’ils ont mise dans le parti de Messali Hadj.

En agissant contre nous, le gouvernement porte également des coups au mouvement démocratique français. L’une des banderoles que portaient ceux qui ont été les victimes de la fusillade du 14 juillet proclamait : « Peuple de France, en défendant nos libertés, tu défends les tiennes. »

Le sacrifice des sept manifestants tombés place de la Nation, le sang mêlé du travailleur français et des six travailleurs algériens n’ont pas été consentis et versés en vain parce qu’ils sont un exemple et un enseignement. Le souvenir de nos sept frères tombés sous les balles de la police éclaire la voie que nous avons choisie : celle de la solidarité des démocrates de nos deux pays et de l’amitié de nos deux peuples.

Au nom de notre peuple, au nom de nos frères tombés sur une place dont le nom symbolise leur idéal, nous nous adressons à tous les démocrates de ce pays, à ses intellectuels honnêtes et à sa classe ouvrière pour qu’ils unissent leur action à la nôtre pour exiger le châtiment des responsables de la mort des sept manifestants tués par les balles de la police. Nous leur demandons d’unir leur action à la nôtre pour faire respecter, en France comme en Algérie, les libertés démocratiques ; pour arracher la libération de Messali Hadj et des détenus politiques algériens ; pour faire cesser les poursuites engagées contre nos dirigeants nationaux.

Nous sommes certains que le 14 juillet 1953 où le gouvernement, en faisant couler du sang a voulu semer la division et la haine raciste, contribuera à resserrer les liens de fraternité et de solidarité démocratiques qui nous unissent dans notre protestation commune contre la provocation policière de la place de la Nation.

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