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L’avortement et la contraception : une lutte à mener

Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, n° 37, 15 décembre – 15 janvier 1980, p. 8-9

In the town center of Algiers, two veiled women pass in front of a portrait of French actress Madeleine Sologne. (Photo by Christine Spengler/Sygma/Sygma via Getty Images)

L’avortement est interdit dans les pays du Maghreb depuis tout temps, exception faite cependant de la Tunisie, où il est autorisé depuis 1968. D’une façon générale les femmes algériennes et marocaines doivent se débrouiller toutes seules question contraception : même si certains moyens contraceptifs sont en vente en pharmacie (sur ordonnance) la contraception n’atteint réellement que les couches de la petite bourgeoisie informée.

Le lot de la grande majorité des femmes des classes laborieuses, c’est l’absence totale de choix et de décision, l’absence de contrôle sur leur propre corps ; la femme a pour fonction de procréer.

La contraception n’est pas entrée dans les mœurs. L’information est totalement inexistante. Le poids des traditions moyenâgeuses pèsent toujours terriblement sur les femmes.

Alors, que peut faire une fille enceinte avant son mariage, dans un pays où déjà même la question de la virginité est si dramatique ? Quel recours a une femme qui refuse l’enfant qu’elle va avoir, parce que les conditions dans lesquelles elle vit ne le lui permet pas ? La seule solution actuelle, c’est l’avortement clandestin fait dans des conditions d’hygiène d’un autre âge, l’aiguille à tricoter, le bleu de méthylène, le savon noir, et des centaines de méthodes tout aussi barbares qui souvent amènent à la femme une septicémie (infection généralisée) et parfois la mort.

Aux filles de la bourgeoisie, bien sûr, reste toujours la possibilité d’aller en Tunisie, en Angleterre ou en Suisse, où l’avortement est permis par la loi, moyennant finances.

Quant à la contraception, quelle femme paysanne ou de la classe ouvrière osera aller se plaindre au médecin de ses grossesses à répétition, et exiger le contrôle de son corps ? Quelle femme isolée ira affronter les préjugés si arriérés de la tradition et de son milieu, et bien souvent le paternalisme et le refus du médecin, pour exiger la contraception ? Et où cette femme pourra-t-elle s’informer de son corps ?

En France, une loi restrictive

En France, le 30 novembre dernier, la loi Veil a été reconduite : l’avortement est donc autorisé à l’hôpital, mais avec toute une série de clauses restrictives.

D’abord il coûte cher : 800 f environ, sans compter toutes les consultations chez le médecin. Ensuite, il ne peut être fait que dans un délai de 10 semaines de grossesse : or tout est fait pour que cette date soit dépassée et que la femme n’ait plus le droit d’avorter.

Il faut d’abord se rendre compte que l’on est enceinte (plusieurs semaines), puis aller chez le médecin faire des analyses, trouver un centre d’avortement si le médecin refuse de s’en occuper, consulter un psychologue (mesure dissuasive et humiliante), attendre 9 jours (période de réflexion obligatoire !), puis aller dans un autre département ou une autre ville s’il n’y a rien près de chez soi, etc.

Bref, à ce stade, les 10 semaines sont parfois dépassées. Alors reste le dernier recours s payer très cher le médecin qui pratiquera illégalement l’avortement, ou aller en Angleterre quand on en a les moyens, ou pour les femmes défavorisées, aller voir les “faiseuses d’ange” pour un avortement clandestin fait avec des moyens de bonne femme : en 1974, environ 400 femmes mouraient encore de ces avortements illégaux !

Ne parlons pas de cette fameuse “clause de conscience” dont les médecins peuvent se couvrir, pour faire blocus contre les décisions des femmes. Rares sont les hôpitaux même aujourd’hui, à travers la France, où une femme peut avorter dans les délais et dans de bonnes conditions.

Et les femmes immigrées ? Elles “bénéficient” d’une clause restrictive spéciale : elles doivent montrer leur carte de séjour, et faire preuve d’un délai de résidence en France d’au moins trois mois. Ceci pour empêcher les femmes des pays voisins (Algérie, Maroc, Espagne, etc.) de venir avorter en France, là où la loi “accorde” aux femmes des garanties médicales.

Bref, quand on est une femme, et une femme immigrée, il faut s’accrocher pour avorter, car en plus de tous ces obstacles, il y a celui de la langue, de l’information qui est difficile, et surtout, toujours, le poids du milieu et de la tradition.

La bataille pour l’avortement et la contraception libres et gratuits est donc à mener. C’est le droit de contrôle des femmes sur leur corps que nous, révolutionnaires communistes, exigeons ; le droit qu’elles aient un enfant si elles veulent et quand elles veulent, le droit à l’information, le droit à des crèches gratuites ; voilà ce que nous revendiquons et ce pour quoi nous lutterons.

Mais ne nous faisons pas d’illusions : en dernier recours, c’est la bourgeoisie qui entretient cette oppression des femmes, c’est elle qui fait passer des lois rétrogrades, qui met notre corps et notre vie en tutelle : c’est elle qui y a intérêt. C’est donc elle que nous devrons renverser pour que les conditions de notre émancipation totale puissent voir le jour.

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