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Fernand Doukhan : Le problème syndical en Afrique du Nord

Article de Fernand Doukhan paru dans Le Libertaire, n° 360, 14 mai 1953, p. 1-2

Yvonne de Carlo (1922 – 2007) and Carlos Thompson (1923 – 1990) star in ‘Fort Algiers’, 1953. (Photo by United Artists/Archive Photos/Getty Images)

Nous extrayons, de “L’Ecole Républicaine”, bulletin de la section d’Alger du Syndicat national des instituteurs et institutrices de l’Union Française, n° 7 d’avril 1953, cette partie d’un texte de notre camarade Doukhan, instituteur à Alger, paru sous le titre « Le Problème colonial ».

Nos camarades et nos amis lecteurs se rendront compte ainsi que nos militants sont présents partout où se mène la lutte révolutionnaire.

HIER la volonté de libération nationale des travailleurs musulmans, contester que l’avènement de cette libération s’inscrive un jour dans le déroulement du cours de l’histoire, c’est n’avoir rien compris à la réalité coloniale, ou apercevoir cette dernière au travers de la mensongère propagande officielle, c’est ne pas considérer avec réalisme les nécessités de la lutte révolutionnaire.

Etant bien entendu que notre position à nous, syndicalistes reste dans l’indépendance à l’égard des partis, des gouvernements, étant bien entendu qu’en tant qu’internationalistes nous sommes contre toutes patries, nous reconnaissons que les aspirations à la libération nationale de la part des travailleurs musulmans possèdent un contenu révolutionnaire car cette dernière s’apparente pour eux à la lutte contre la double injustice économique et raciale dont ils sont victimes, à la lutte révolutionnaire pour l’égalité économique, entre les travailleurs d’origine ethnique différente, à la lutte pour l’égalité sur le plan moral et spirituel, à la lutte enfin contre l’impérialisme fauteur de guerre et, par la même, à la lutte contre la guerre et pour la paix.

Et les grèves générales de Tunisie au moment de l’assassinat de Ferhat Hached (en Algérie la “grande C.G.T.” s’est alignée sur les motions platoniques de protestations adoptées dans la métropole) grèves déclenchées par l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, organisation dirigée par des nationalistes et groupant les 4/5 des travailleurs tunisiens, ne sont-elles pas un exemple magnifique de maturité révolutionnaire, alors que le prolétariat métropolitain affaibli par la politisation syndicale et la lutte des états-majors bureaucrates au service de leurs impérialismes respectifs, a désappris l’utilisation de l’action directe de la grève générale qui, seule peut faire reculer le fascisme montant.

Sans apporter notre caution à la lutte pour la libération nationale et considérant que le seul combat syndicaliste révolutionnaire valable est le combat anticolonialiste, et que le “lumpen-prolétariat” dans sa presque totalité a adopté l’idéologie nationaliste, nous devons étudier sur des points précis, les modalités d’action avec les partis nationalistes, représentants authentiques du prolétariat musulman, dans la phase de sa lutte anticolonialiste.

Aucun problème, celui de la scolarisation par exemple, celui de la lutte contre le racisme économique et social, celui de la défense de la légalité (car ce fascisme montant, dont on s’alarme en France, existe en fait, aux colonies, de temps immémorial), aucun comité de lutte et d’action ne doit être étudié ou se constituer sans y inclure les partis nationalistes, sans rien concéder de notre plate-forme d’indépendance à l’égard de tous les gouvernements, notre union s’inscrivant dans le cadre de la lutte révolutionnaire anticolonialiste.

C’est alors, à l’intérieur du syndicat, au coude à coude dans la lutte anticolonialiste commune que se forgera la fraternité de classe entre les travailleurs de toutes races, c’est dans le syndicat, au cours des luttes contre la surexploitation, la répression, l’impérialisme, que s’élaborera la formule la plus adéquate à la lutte anticolonialiste, formule qui s’apparentera, peut-être, à celle qu’ont adoptée les travailleurs tunisiens au sein de l’U.G.T.T.

C’est dans un intense travail d’éducation des militants, de formation de cadres, qui fourniront un intense travail d’organisation, que prendra naissance un syndicalisme qui ne soit pas châtré par l’exploitation d’un quelconque impérialisme, et qui, entraîné par l’élan élan révolutionnaire saura combattre les nouvelles exploitations et les nouvelles répressions, à la chute du colonialisme avec, pour objectif, cette fois et fraternellement avec les prolétaires du monde entier, le triomphe de la Révolution sociale.

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