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Moyen-Orient : La résistance palestinienne à l’heure de la démystification

Article paru dans Jeune Taupe, n° 12, novembre 1976, p. 5

General Secretary of the Democratic Front for the Liberation of Palestine (DFLP) Nayef Hawatmeh. | Location: Lebanon. (Photo by Claude Salhani/Sygma via Getty Images)

Depuis le “septembre noir” d’Amman, où le mythe du “caractère révolutionnaire” de la résistance palestinienne a atteint son point culminant nous avons assisté à l’érosion de celui-ci. Aujourd’hui, après plus d’un an de “guerre civile” au Liban, d’engagements aux côtés de x ou y, d’atermoiements, d’hésitations et de négociations les organisations de la “résistance palestinienne” apparaissent plus que jamais pour ce qu’elles n’ont jamais cessé d’être : des appareils totalement dépendants des différents Etats du proche-orient et jouets aux mains des différents rivaux locaux et impérialistes.

La dépendance des organisations palestiniennes à l’égard des divers Etats protecteurs (Syrie, Irak, …) est circonscrite par le cadre national de leur lutte et aggravée par le fait que les palestiniens combattent à l’extérieur des frontières du pays qu’ils revendiquent. Ainsi, la résistance palestinienne a donc été ballottée au gré des intérêts des impérialismes et de leurs potentats locaux. Elle ne pouvait faire autrement quelle que fut la “volonté des masses” (1). La situation d’aujourd’hui n’est que le fruit du caractère national, donc impérialiste (au sens de limité par les diktats des intérêts impérialistes) de la résistance. Celle-ci a pu faire illusion au moment du mythe de la fraternité pan-arabe et de la pseudo unité contre “l’agresseur sioniste”. Elle le fit moins après les massacres d’Amman qui furent d’autant plus sanglants qu’une partie des “masses palestiniennes” en Jordanie posait le problème social sur place.

C’était là le premier acte ouvert de la contre-révolution palestinienne. Pendant qu’une partie de la résistance en tirait les leçons conséquentes (désertion des organisations), les appareils et ceux qui les suivaient en tirèrent les conclusions conformes à leur vision capitaliste et à la nécessité qui en résultait : une dépendance plus étroite vis-à-vis des Etats protecteurs. Pendant qu’Arafat allait négocier le massacre avec Nasser et Fayçal, Hawatmeh (du FDPLP), le “dernier pur” faisait allégeance à la Syrie et à l’URSS, dont il est aujourd’hui un des plus férus sujets.

Avec le conflit libanais qui tire à sa fin, le masque dissimulant le caractère contre-révolutionnaire de la résistance palestinienne est définitivement tombé. Elle apparaît ouvertement comme un support des intérêts des “pays frères”. Cette fois-ci, la grande réconciliation Assad-Sadate se fait non seulement avec le sang des palestiniens, mais avec celui des exploités du Liban, musulmans ou chrétiens, qui comme leurs frères d’Egypte et d’Israël venaient d’être éveillés à la lutte de classe.

Depuis l’offensive syrienne, la résistance palestinienne n’a cessé de reculer de toutes parts, tant sur le plan militaire que sur le plan politique. Abou Ayad et Arafat donnent des interviews où ils affirment vouloir faire de grandes concessions ; l’O.L.P., et avec elle “l’Aile du Refus”, se retire sans combattre (ce qui aurait été un nouveau massacre) après avoir crié sa volonté de résister jusqu’au bout ! “Nous n’avions plus le choix”, dira Hawatmeh. L’a-t-il jamais eu ? Le jeu national est truqué depuis fort longtemps et seuls les tricheurs y participent encore.

Une nouvelle fois, un accord au sommet entre pays frères va donner lieu à une nouvelle grande réconciliation. Une force arabe (2) va maintenir pour le moment le statu quo au Liban. Tant que l’on peut maintenir le “ni vainqueur – ni vaincu” on peut toujours sauver la face. C’est là la résultante du sommet de Ryad. Mais la carte palestinienne risque d’avoir été utilisée pour la dernière fois. La boucherie libanaise qui a été le deuxième acte de la contre-révolution palestinienne peut aussi en être l’ultime, si les forces de la révolution sociale au Moyen-Orient le permettent. Pour le Capital, il faudra jouer une autre carte. Pourquoi pas un nouveau conflit israélo-arabe ?


(1) Dans une prochaine étude sur le Moyen-Orient, nous reviendrons plus longuement sur les organisations palestiniennes et leur impact sur les “masses”.

(2) Dans une interview sur la situation au Liban parue dans la revue “Spartacus” N°2 (René Lefeuvre, 5, rue Ste-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris), il était question de l’éventualité de la mise en place de cette force pan-arabe.

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