Article signé Amar ben Ali paru dans El Ouma, organe national central de l’Etoile nord-africaine, troisième année, n° 9, janvier-février 1933 ; suivi de « Les grands reportages des faiseurs d’opinion »

Paris et ses environs sont occupés
La crainte de provoquer une grande émotion parmi la population indigène, nous empêche de sonner l’alerte, car nous aurions voulu donner un communiqué plus détaillé, à savoir que les régions les plus importantes de France seront avant peu sous l’autorité musulmane.
Nous disions par crainte d’alarmer la population indigène, je veux parler des autochtones et non des Algériens habitant la France et qui ne sont indigènes que lorsque de nouveau, ils sont chez eux. Nous voulons au moins éviter cette confusion pour être agréable aux indigènes de ce pays, quant aux autres, à ceux que les journaux français appellent « indigènes », même étant à Gennevilliers, ils sont en train de conquérir la France morceau par morceau. Pauvre France et pauvres Français, qu’allez-vous devenir ? Vous avez tourné le dos au bon sens et manqué le but que vous vouliez atteindre. On vous a promis monts et merveilles, conquérir les pays étrangers, s’emparer de leurs biens et asservir les habitants, quelle belle perspective. On prépare quelques bonnes petites expéditions conçues sur les meilleurs plans de la Société des Nations, des armes et des munitions en quantité et au nom du droit et de la civilisation, en avant la musique, direction l’Afrique ! Lorsque ces pays sont conquis par la force, on s’apprête à digérer les profits, la conscience tranquille ! Mais voilà que maintenant des plaintes et des gémissements nous parviennent de toutes parts. Eh quoi ! seriez-vous indisposés, Messieurs ? Est-ce d’avoir trop mangé du nègre ? ou bien, par un juste retour des choses, la sueur du burnous, qui coule en oprobre sur vos fronts et vous suffoque ? car le mal est grave, la presse pousse des cris et propose des remèdes. Alerte ! l’ennemi est dans la place.
Après le « Petit Parisien » et les torchons à Coty, voici « L’Intransigeant » qui ne va pas transiger avec nous, car nous gênons et ces Messieurs préfèrent mieux gêner eux-mêmes, c’est plus commode. Pensez donc « Ils » étaient 80.000 il y a deux ans. « Ils » sont encore 60.000 nord-africains, arabes et berbères. « Une grande ville arabe au bord de la Seine », dans le grand Paris. Ce journaliste à court de copie, s’occupe à son tour des Arabes et débite au long de son article un ensemble de lieux communs pour épater ses lecteurs. Aucun détail n’est épargné sur les moyens d’existence de ces malheureux. Se rend-il compte, ce journaliste, que c’est grâce à lui et ses pareils que les nord-africains vivent de cette vie qu’il se plaît à décrire et dont il nous promet la suite ? Ces nord-africains, ces arabes, ces berbères ont mille fois le droit de vivre en France. Au lieu de s’occuper de leur nombre qui peut être égal à la population d’une grande ville, le « Petit Parisien », l’ « Intran » et autres « Amis du Peuple », devraient nous renseigner sur le nombre d’Européens en Afrique du Nord. Ils pourraient dénombrer les colons et autres exploiteurs, nous parler de leurs villas qui sont plus belles que celles de Gennevilliers, ils nous diraient par quels moyens ils ont acquis leurs domaines, qui a souffert, sué et peiné pour leur réaliser leurs scandaleuses fortunes.
Ils nous diraient enfin à qui appartient l’Afrique et de quel droit ils y sont. Voilà ce qu’il serait intéressant d’apprendre à vos lecteurs, Messieurs les informateurs de la presse libre.
Quant à vos victimes qui sont ici, elles viennent y travailler si elles en trouvent et avec leurs bras. Les Algériens fuient l’oppression des pays que vous occupez et où vous ne laissez rien glaner, ils fuient malgré l’absence des permis de voyage, au risque de se confier aux marchands « de viande », comme les appelle « Détective », à ceux qui les enfouissent dans les cales de navires où ils étouffent, où ils meurent par votre hostilité et celle de vos pareils ! N’insultez plus à vos victimes, vous dis-je !
Saluez-les au contraire bien bas et avec humilité car leur conscience est plus tranquille que la vôtre.
Amar ben Ali.
Les grands reportages des faiseurs d’opinion
La haine est déchaînée, les travailleurs nord-africains sont l’objet d’une campagne aussi abjecte que crapuleuse de la part de plusieurs journaux parisiens. La vie des musulmans résidant à Paris et en banlieue fouillée sans vergogne. On insulte bassement à leur misère. Pourquoi cette haine ? Pourquoi cet acharnement contre les vaincus, les opprimés, obligés de fuir leur pays où ils ne peuvent vivre ? Ces malheureux ont-ils donc fait quelque chose qui puisse motiver cette kyrielle d’articles venimeux et nauséabonds. Non ! leurs seuls torts est de chercher du travail pour subvenir à leur pauvre existence de martyrs et de réprouvés, leur crime est de vouloir s’accrocher désespérément à la vie politique et sociale pour les serrer et les étouffer grâce au code de lois exceptionnelles, dans l’odieux Code de l’Indigénat. On veut les présenter au peuple de la métropole comme dangereux. La police française qui n’est pourtant pas douce pour nous, ne suffit pas, on craint que le nom Ali ou Mohamed soit anonyme et, à la grande joie de ces journalistes, nous sommes pourvus d’un bureau spécial et d’une police spéciale pour nous ! Mais, si on ne trouve rien à notre charge, on cherche à en trouver quand même. Les uns, parmi les journaux, que gêne notre présence ici, découvrent tout à coup que la ville de Paris est ruinée par les Algériens. La stupidité de cette affirmation et tous les autres radotages ne nous indignent même plus, nous nous contentons de hausser les épaules de pitié pour cette pauvre France dont les journalistes sont descendus si bas, qu’à leur tour, ils piétinent sur les victimes des colonisateurs dont ils sont les valets. On met en épingle quelques vétilles commises par les nord-africains, « vol de souliers entre compatriotes », et on déclare sans rire qu’il y a de quoi révolter les moralistes et les hygiénistes ! C’est tout simplement admirable ! C’est dans un pays où les scandales se renouvellent journellement, dans un pays d’Oustricards et de fraudeurs du fisc, qu’on découvre que les Algériens nuisent à la ville de Paris et qu’il y a chez ceux-ci matière à révolter les moralistes ?
Non messieurs, malgré la situation dans laquelle vous avez plongé la race musulmane, cette race demeure toujours supérieure à vous. Les musulmans ne se sentent pas froissés par les épithètes grossières dont on les abreuve, ils vivent comme ils peuvent et souffrent loin des leurs en silence, dans l’espoir d’une liberté qui tarde trop à venir, hélas, mais confiants dans les vertus de notre race dont le passé glorieux interdit de désespérer.
Voilà donc le seul motif qui fait hurler la meute, toujours la haine du passé où l’Islam était maître et dictait ses ordres, et toujours la crainte du réveil proche. La jalousie d’hier et la peur de demain. Toujours la haine de la croix contre le croissant. Hélas, il est trop tard, le réveil est maintenant chose faite. L’Islam cherche seulement à rassembler ses forces éparses, ce sommeil d’un siècle l’étonne un peu, mais ne l’effraye pas, car quand l’Islam commence à se mouvoir, c’est là qu’il commence à vaincre. Aussitôt que l’Islam se lève, sa destinée redevient entre ses mains et l’avenir est à lui.
Amar ben Ali.

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