Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans La Lutte Sociale, journal communiste algérien, n° 287, 9 mai 1924

LETTRE DE PARIS
Ici, à Paris, la foire électorale bat son plein. Parmi les panneaux bariolés d’affiches de toutes couleurs, comme celles des tendances du bloc bourgeois, se détache celle du parti communiste, présentant un manifeste précis, brutal, dénué de phraséologie mensongère ; aucun charlatanisme, une résolution nette pour une lutte implacable du prolétariat contre la bourgeoisie et ses politiciens de toutes nuances, depuis les réactionnaires à fleur de lys jusqu’aux démagogues les radicaux dits de gauche.
Le drapeau révolutionnaire largement déployé, le parti communiste, sans équivoque, sans compromission, va à la bataille développant devant les masses, tout son programme pour le renversement du capital et l’instauration d’une république de travailleurs.
Dans les préaux d’écoles, dans tous les arrondissements, les candidats ouvriers, dans un langage simple, sans leurrer leurs auditoires par des discours oratoires mensongers, ont plus d’éloquence à convaincre les foules que tous les grands avocats du bloc national ou ces menteurs de socialistes de toute envergure. Partout, leur succès va grandissant.
Nous avons assisté à plusieurs réunions, dans le 2e secteur, où notre camarade algérien Hadj Ali Abdelkader a pris la parole et nous avons été enthousiasmé de l’accueil que lui faisait le prolétariat parisien.
Dès l’apparition du candidat colonial des applaudissements éclatent et démontrent la sympathie que porte le peuple français pour l’émancipation des opprimés. Dans un langage clair, sans exagération aucune, notre ami fit le procès du colonialisme, il énuméra les croisades entreprises par le capitalisme, au nom de ses nationaux pour asservir les masses coloniales. Il exposa, en des faits saisissants de vérité, toutes les exploitations, toutes les tortures dont sont victimes les indigènes et mit en garde les ouvriers français contre le danger qui les menaçaient s’ils se désintéressaient de leurs frères coloniaux.
Le capitalisme, insatiable, en recherchant la main-d’œuvre vile pour concurrencer la leur, recrutera ainsi demain, dans les colonies, l’armée contre-révolutionnaire qui écraserait leur mouvement de libération.
Partout où l’ouvrier Hadj Ali parla, ce furent de véritables ovations qui contrastent avec l’attitude perfide d’un Gouvernement qui, pour étouffer l’évolution de ses esclaves, emprisonne les esprits par sa presse servile et par une propagande hostile envers les indigènes. Hier, notre ami a été invité par l’Association Générale des Mutilés de la Guerre, pour donner son avis sur leurs revendications.

Dans une intervention énergique, Hadj Ali flagella le régime pourri seul responsable de la mort de millions d’hommes et devant Painlevé et autres complices décontenancés de l’impérialisme assassin, il exposa le programme de l’A. R. A. C. et démontra l’injuste différence des pensions des mutilés européens et indigènes. Il mit en garde les anciens combattants contre les promesses du Bloc des Gauches qui valaient celles du Bloc National.
Et, comme son langage différait de celui même de nos bourgeois indigènes, de tous ces réformistes au compte-gouttes qui freinent le mouvement de leurs frères, tel cet infect Bentami, qui tout dernièrement envoyait des télégrammes de remerciement à cet ivrogne de Maginot pour une certaine réduction de la durée de service des indigènes.
Et quand on voit seulement, que le pochard de Ministre, ratifiait il y a quelque temps, un décret par lequel on pouvait maintenir les coloniaux sous les armes sans durée définie et sans égalité le traitement avec les Français, on a que plus de dégoût pour des bourgeois aussi répugnants et aussi lâches.
Mais leurs frères miséreux se réveillent. Un seul parti se montre leur véritable défenseur, et les masses coloniales se dirigent vers lui.
Les esclavagistes comme le ministre Thomson constatent avec épouvante cet afflux des parias vers une organisation résolue à abattre leur règne de crime et d’exploitation.
EL DJAZAÏRI.

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