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Lettre de « l’Etoile Nord-Africaine » au Ministre de l’Intérieur

Lettre de la Commission exécutive de l’Etoile Nord-Africaine parue dans La Lutte Sociale, journal du Parti Communiste de la Région Algérienne, n° 411, 4 septembre 1926 ; parue dans sa version intégrale dans L’Humanité, 25 août 1926

Nous avons reçu de l’ « Etoile Nord-Africaine », association des musulmans algériens, tunisiens et marocains, dont le siège social est sis 3, rue du Marché-des-Patriarches et le président d’honneur l’Emir Khaled, communication d’une pétition adressée par cette association au Ministre de l’Intérieur.

Nous publions intégralement cette lettre qui précise les conditions dans lesquelles sont exploités les malheureux indigènes nord-africains et prouve que les mesures prises par l’administration n’auront d’autres résultats que d’aboutir à de nouvelles affaires du « Sidi-Ferruch ».

Monsieur le Ministre,

Nous avons l’honneur d’appeler votre attention sur la protestation ci-dessous, que nous vous adressons au nom des membres de notre Association, persuadés d’être aussi l’interprète des milliers de musulmans nord-africains qui ont répondu à notre appel.

Malgré le sénatus-consulte de 1865, qui stipule que les Algériens sont Français et au mépris de la loi du 14 juillet 1911, qui a supprimé pour nous l’obligation du permis de voyage, une circulaire de M. le Ministre Chautemps, en date du 10 septembre 1924, a rétabli en fait les mesures d’exception qu’en 1914 le législateur avait voulu faire disparaître.

Les conséquences de cette circulaire que nous oserons qualifier d’inique, a été tragique pour nos frères musulmans : 12 d’entre eux ont perdu la vie sur le « Sidi-Ferruch ».

Le 11 juillet dernier, le conseil d’Etat a reconnu l’illégalité de cette circulaire et l’a annulée. Nous étions donc en droit d’espérer que désormais nous serions libres de venir gagner notre pain en France. Aussi, nous avons été péniblement surpris d’apprendre que l’Administration algérienne, passant outre aux décisions du Conseil d’Etat, continuait à appliquer les mesures dictées par une circulaire dont l’illégalité était reconnue.

Aujourd’hui, c’est avec douleur que nous enregistrons la décision du Conseil des Ministres qui, loin de faire disparaître les entraves apportées à notre liberté de voyage, les aggrave, puisque l’on exige maintenant la présentation d’un pécule avant l’embarquement. Nos conditions de vie sont si précaires en Algérie que la plupart de nos frères seront dans l’impossibilité de remplir la nouvelle obligation qui aboutit donc à nous interdire de venir en France.

Nous demandons que pleine justice nous soit rendue et que la liberté de voyage soit appliquée sans restrictions à tous les nord-africains.

La Commission Exécutive.


L’exploitation des indigènes nord-africains

UNE LETTRE DE « L’ETOILE NORD-AFRICAINE » AU MINISTRE DE L’INTERIEUR

« Nous avons le droit de ne pas être traités aussi inférieurement »


Nous avons reçu de l’ « Etoile Nord-Africaine », association des musulmans algériens, tunisiens et marocains, dont le siège social est sis 3, rue du Marché-des-Patriarches et le président d’honneur l’Emir Khaled, communication d’une pétition adressée par cette association au Ministre de l’Intérieur. Nous publions intégralement cette lettre qui précise les conditions dans lesquelles sont exploités les malheureux indigènes nord-africains et prouve que les mesures prises par l’administration n’auront d’autres résultats que d’aboutir à de nouvelles affaires du « Sidi-Ferruch ».

Monsieur le Ministre,

Nous avons l’honneur d’appeler votre attention sur la protestation ci-dessous, que nous vous adressons au nom des membres de notre Association, persuadés d’être aussi l’interprète des milliers de musulmans nord-africains qui ont répondu à notre appel.

Malgré le senatus-consulte de 1865, qui stipule que les Algériens sont Français et au mépris de la loi du 14 juillet 1914 qui a supprimé pour nous l’obligation du permis de voyage, une circulaire de M. le Ministre Chautemps, en date du 10 septembre 1921, a rétabli en fait les mesures d’exception qu’en 1914 le législateur avait voulu faire disparaître.

Les conséquences de cette circulaire, que nous oserons qualifier d’inique, a été tragique pour nos frères musulmans : 12 d’entre eux ont perdu la vie sur le « Sidi-Ferruch ».

Le 11 juillet dernier, le conseil d’Etat a reconnu l’illégalité de cette circulaire et l’a annulée. Nous étions donc en droit d’espérer que désormais nous serions libres de venir gagner notre pain en France. Aussi, nous avons été péniblement surpris d’apprendre que l’Administration algérienne, passant outre aux décisions du Conseil d’Etat, continuait à appliquer les mesures dictées par une circulaire dont l’illégalité était reconnue.

Aujourd’hui, c’est avec douleur que nous enregistrons la décision du Conseil des Ministres qui, loin de faire disparaître les entraves apportées à notre liberté de voyage, les aggrave, puisque l’on exige maintenant la présentation d’un pécule avant l’embarquement. Nos conditions de vie sont si précaires en Algérie que la plupart de nos frères seront dans l’impossibilité de remplir la nouvelle obligation qui aboutit donc à nous interdire de venir en France.

Contre une telle décision, nous élevons une vive protestation. En raison des sacrifices imposes à nos coreligionnaires pour la défense du sol français, en raison des charges qu’on nous fait supporter pour le relèvement des finances et de l’économie de la France, nous avons au moins le droit, monsieur le Ministre, de ne pas être traités aussi inférieurement.

Nous demandons que pleine justice nous soit rendue et que la liberté de voyage soit appliquée sans restrictions à tous les nord-africains.

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l’assurance de notre considération distinguée. – La Commission Exécutive.