Article paru dans le Journal des peuples opprimés, organe de la Ligue française contre l’impérialisme et l’oppression coloniale, n° 8-9, août 1934 ; suivi de « La police de la rue Lecomte recrute des coloniaux pour les ligues fascistes »

De graves événements se sont déroulés dans plusieurs colonies françaises, au cours des derniers mois.
En Algérie, de grandes manifestations populaires ont eu lieu pour protester contre les nouvelles restrictions à la liberté de la presse indigène, de l’enseignement en langue arabe et les tentatives renforcées d’assimilation et de « christianisation ».
En Syrie, le haut commissaire français qui, par dérision pour la population de ce pays, a nommé Chikh Tadge ed-din, valet impérialiste le plus haï par le peuple, comme chef du gouvernement de Damas, osait lancer une nouvelle provocation en ordonnant à son Chikh de faire une tournée dans le pays.
Cela a provoqué des démonstrations populaires monstres, à Alep, notamment, que les autorités ont réprimées avec leur férocité habituelle. Des centaines de Syriens furent jetés dans les prisons.
Dans ce même pays, le mouvement ouvrier marche toujours de l’avant et on a signale de grandes grèves, en particulier, celle des tisserands d’Alep.
En Indochine, la révolte paysanne gronde, tandis que ROBIN, le massacreur, nomme gouverneur général, y est parti pour réprimer cette révolte.
Malgré toutes les promesses, les ianocents prisonniers indochinois ne sont toujours pas libérés. Le Ministre des Colonies. le fameux Laval, osait renvoyer la délégation duComité de défense et d’amnistie aux Indochinois, avec la promesse cynique d’une « amnistie partielle » à l’occasion de l’arrivée de Robin en Indochine, où la haine populaire s’est avouée d’avance.
Des événements très significatifs viennent de se dérouler en Tunisie. Dans ce pays, les attaques impérialistes ont pris une envergure inouïe. Elles frappent à gauche et à droite, ennemis et même amis en sont victimes. C’est ainsi qu’après ces répressions féroces contre le mouvement national révolutionnaire, contre les tentatives des ouvriers indigènes de s’organiser dans les syndicats ; après avoir dissous des syndicats unitaires, voilà des militants confédérés qui viennent d’être expulsés, même le président des tunisiens naturalisés français, appui unique de l’impérialisme parmi la population indigène.
Au Maroc, le peuple vient de saisir l’occasion de manifester sa volonté anti-impérialiste avec le voyage du Sultan à Fez.
Enfin, notons parmi les événements dans le domaine colonial, l’inamguration du chemin de fer Congo-Océan, ce monument de cruauté impérialiste qui a donné à ce dernier l’occasion de fêter et aux peuples d’Afrique de pleurer leurs victimes et de méditer sur la voie de leur libération.
Face à ces événements, la Ligue anti-impérialiste a organisé une série de meeting à Paris, pour marquer la solidarité des travailleurs français avec la lutte des peuples opprimés par l’impérialisme français.
En même temps, la Ligue qui lutte pour l’égalité des travailleurs coloniaux en France, a cru devoir protester contre l’interdiction de la réunion publique de Nord-Africain de Paris, le 24 mai écoulé, les travailleurs français ne pouvant admettre qu’en France, leurs frères coloniaux soient privés de leur droit de réunion et d’organisation.
Trois meetings ont été tenus à Paris et dans la banlieue. Les meetings de Levallois et de Malakoff se sont particulièrement distingués par le nombre important de travailleurs français et coloniaux qui y ont participé.
A part les orateurs de la Ligue, plusieurs autres organisations ont envoyé leurs délégués pour marquer leur solidarité avec cette action. Le Secours Rouge International, l’Etoile Nord-Africaine, le Parti socialiste et le Parti communiste. A Malakoff, le maire communiste de cette municipalité est venu apporter la solidarité de la population à la lutte des peuples des colonies.
Un petit incident est venu troubler cette action, magnifique dans son ensemble. C’est l’intervention d’un orateur de l’Etoile Nord-Africaine, dans le meeting du 18e arrondissement. qui n’a pas compris ou pas voulu comprendre le caractère du meeting et est allé jusqu’à propager des idées d’isolement des travailleurs Nord-Africains de l’ensemble des travailleurs français. Le fait que c’est précisément cet isolement qui a permis au gouvernement d’interdire le meeting des Nord-Africains, ne leur a rien appris. Nous n’en voulons guère aux membres de l’Etoile Nord-Africaine qui, au contraire, sont pour un front unique étroit avec les travailleurs français.
Ordre du Jour
Les travailleurs, réunis à l’appel de la Ligue anti-impérialiste,
constatent que sous prétexte de « civilisation », l’impérialisme fait régner dans les colonies, une terreur sanglante et accable les populations de ces pays d’une exploitation féroce,
s’élèvent contre la suppression de toutes les libertés syndicales, de presse, de réunion, pour les peuples des colonies qui sont un des moyens par lesquels l’impérialisme entend les conserver sous son joug,
ils constatent que plus que jamais, la presse impérialiste, cherche à dresser les travailleurs de France contre ceux des colonies, par des campagnes chauvines,
ils affirment que la lutte des peuples des colonies, pour leur indépendance nationale et sociale, est liée à celle que mènent les travailleurs français dans la métropole, pour leurs revendications et leurs libertés politiques.
ILS S’ENGAGENT A :
Soutenir la lutte libératrice des peuples opprimés dans les colonies,
Défendre et lutter pour les revendications des coloniaux en France,
Lutter pour l’égalité des droits pour les chômeurs coloniaux et indemnité pour leur famille,
Obtenir un salaire égal pour les travailleurs français et coloniaux.
ILS EXIGENT :
La liberté de presse, de réunion et les droits syndicaux dans les colonies,
La suppression à Paris, du bureau de la rue Lecomte,
La libération des 10.000 emprisonnés en Indo-Chine,
L’évacuation immédiate des colonies par les troupes de l’impérialisme,
L’indépendance totale des colonies.
La police de la rue Lecomte recrute des coloniaux pour les ligues fascistes
La police Nord-Africaine de la rue Lecomte, dirigée par le Chiappiste notoire, Godin, organise des réunions à l’Ecole Militaire de Clichy, pour les petits commercants Nord-Africains.
Après avoir tenté de faire pression directe sur les travailleurs algériens pour les envoyer dans les ligues fascistes, sans grand succès, il faut le croire, les flics de Godin veulent maintenant organiser les petits commerçants pour que ceux-ci envoient leurs clients, presque tous ouvriers coloniaux, chez les fascistes. Et, en échange, ils promettent à ces commerçants, prospérité, égalité avec les « citoyens » français, etc.
Nous disons aux petits commerçants nord-africains : « Ne trahissez pas vos frères qui vous font gagner votre vie, car ils constituent votre clientèle exclusive. Ne croyez pas aux promesses à crédit des fourbes fascistes et de la police de la rue Lecomte à leur service. Le Gouvernement Sarraut-Marquet-Laval est le Gouvernement impérialiste qui vous oppresse et opprime vos frères. C’est avec les travailleurs, vos clients, si vous les aidez à toucher le secours de chômage, à travailler à des salaires suffisants, si vous soutenez toutes leurs revendications, que vous trouverez votre salut ».
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Nedjib SIDI MOUSSA
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