Article paru dans le Journal des peuples opprimés, n° 14, février 1935 ; suivi de « L’action de la Ligue »

La cour d’appel vient de réduire les peines infligées par la 14e Chambre correctionnelle à nos amis de L’Etoile Nord Africaine. Au lieu de 6.000 francs d’amende, Messali, Imache et Radjef ne devront payer que 200 francs chacun. La peine de 6 mois de prison maintenue pour Messali est réduite à 4 mois pour Imache et à 3 mois pour Radjef.
C’est un résultat arraché de haute lutte par les actions de notre Ligue Anti-impérialiste depuis novembre. C’est l’effet de nos meetings et de la campagne menée par la presse ouvrière et anti-fasciste. C’est en même temps une conséquence de la vaillante attitude des inculpés et de toute la masse des travailleurs nord-africains qui, malgré les multiples brimades policières, ont montré une combativité magnifique dans toutes nos actions depuis la dissolution de L’Etoile Nord-Africaine.
Devant ces faits, la cour d’appel fut obligée, malgré les insistances du Bureau de la rue Lecomte, de réduire les peines. Elle a ainsi avoué l’injustice commise par la 14e Chambre Correctionnelle en même temps qu’elle désavouait la manœuvre politique du premier jugement qui tenait à frapper fort pour effrayer les travailleurs nord-africains afin de les rendre dociles à l’impérialisme.
Or, que ce soit 2.000 ou 200 francs d’amende, 6 mois ou 3 mois de prison, nous n’acceptons pas ce jugement. Ce n’est pas une grâce que les milliers de travailleurs qui ont assisté à nos meetings ont souverainement demandé. Ils ont exigé le droit d’organisation pour les travailleurs coloniaux en France. Ils ont protesté contre la dissolution de L’Etoile Nord-Africaine, Ils ont énergiquement réclamé la suppression du Bureau de la rue Lecomte et ils insistent pour que leur volonté soit exécutée.
En leur nom, nous déclarons qu’ils ne se laisseront pas tranquilliser par un jugement moins sévère qui peut bien être une manœuvre, ils continueront sous les auspices de la Ligue Anti-Impérialiste la lutte engagée jusqu’à pleine satisfaction de leurs justes revendications.
La réduction des peines obtenues par la magnifique action de solidarité des travailleurs français et coloniaux nous oblige à consolider davantage cette solidarité établie dans la lutte qu’il faut continuer pour arracher la libération totale de nos amis emprisonnés et pour défendre en particulier Messali contre les multiples provocations auxquelles il est en butte.
L’Action de la Ligue
La campagne menée par la Ligue et les organisations participantes à l’action, pour les Droits aux travailleurs coloniaux et la défense de l’Etoile Nord-Africaine, s’est encore accentuée à la veille du procès en Appel des dirigeants de l’Etoile.
Le 12 janvier, un grand meeting fut tenu Salle de la Maison des Syndicats, avenue Mathurin-Moreau, plus de 700 personnes avaient répondu à l’appel de la Ligue.
Cette réunion à laquelle participèrent les Jeunesses Laïques et Républicaines, les avocats des inculpés : Mes E. Depreux. R.-J. Longuet, Hajje et André Berthon, le Parti communiste, le Comité de Défense de Messali, le journal « El Ouma » et qui fut présidée par le représentant de la Ligue, connut un grand succès.
Apres que le Président eut expose la genèse des attaques contre les travailleurs coloniaux et la dissolution de l’Etoile il décrit l’action de solidarité qui entraîna les grandes organisations françaises dans la lutte pour la défense des droits aux travailleurs coloniaux.
Après Hirtz, des Jeunesses Laïques et Républicaines, Maître André Berthon démontre toute l’iniquité du jugement de dissolution.
Ferrat, du Parti communiste, montre les rapports étroits des méthodes employées en France contre les coloniaux et les actes d’arbitraire de l’impérialisme en Afrique du Nord.
Après un exposé bien charpenté, il affirme que la révolte gronde en Afrique du Nord que les travailleurs français seront aux côtés des lutteurs anti-impérialistes comme les travailleurs coloniaux en France sont aux côtés des anti-fascistes.
Maître E. Depreux, les représentants de « El Ouma » et du Comité de Défense de Messali, demandent le renforcement de la lutte pour arracher Messali de la prison et l’acquittement des autres inculpés.
Me Hajje termine cette belle réunion en dénonçant les brimades du bureau de la rue Lecomte, la suppression de ce bureau et la cessation de toutes poursuites.
L’ordre du jour ci-dessous est ensuite adopté unanimement.
Deux autres meetings eurent lieu le 17 janvier, jour du procès. L’un tenu à Malakoff réunit 250 auditeurs et l’autre, dans le 20e arrondissement groupa plus de 350 personnes.
Unanimement, les orateurs de la Ligue, des Partis communiste et socialiste, de la Jeunesse Laïque et Républicaine, du journal « El Ouma », etc., réclamèrent l’acquittement des inculpés la libération de Messali et l’obtention pour les coloniaux des droits accordés aux travailleurs français.
Le même ordre du jour fut adopté par ces deux magnifiques réunions.
Cette campagne n’aura pas été vaine.
Le 24 janvier, la Cour d’Appel, désapprouvant la Chambre correctionnelle, rendait un verdict ramenant à 4 et 3 mois pour Imache et Radjeff la peine d’emprisonnement et tous les inculpés voyaient l’amende réduite de 2.000 à 200 francs.
Au cours de ce procès, la police du bureau de la rue Lecomte qui s’était acharnée à chasser du Palais, les travailleurs Nord-Africains venus pour y assister, devant la protestation élevée dans la presse et dans nos meetings, l’intervention des avocats de la défense auprès du Procureur de la République, a dû jeter du lest. En Cour d’Appel, nos camarades Nord-Africains ont pu en grand nombre, assister aux débats. Nous enregistrons l’efficacité de la solidarité de lutte entre travailleurs français et coloniaux et nous nous chargeons de la renforcer et la rendre plus opérante.
Dans une réunion préparée en hâte, deux jours après le jugement de la Cour d’Appel, plus de 500 travailleurs se sont réunis salle de la Grange-au-Belles – la salle retenue avenue Mathurin-Moreau étant trop petite pour les contenir.
Au cours de cette réunion, tenue dans une atmosphère de fraternité, les orateurs de la Ligue, des organisations ouvrières françaises et de travailleurs coloniaux. ont enregistré les premiers résultats de notre action et se sont engagés à poursuivre la lutte jusqu’à complète satisfaction pour nos revendications.
La libération de Messali,
L’acquittement et la cessation des poursuites pour tous les dirigeants de l’Etoile
La suppression du bureau de la rue Lecomte.
Les droits de réunion, de presse et d’organisation pour les travailleurs coloniaux en France.
La libération des condamnés et déportés anti-impérialistes en Afrique du Nord.
ORDRE DU JOUR :
Les travailleurs réunis le 12 janvier 1935 à la Maison des Syndicats, 10, avenue Mathurin-Moreau, à l’appel de la Ligue Anti-Impérialiste,
Rappellent aux autorités responsables leurs protestations antérieures contre les attaques au droit d’organisation, de réunion et de presse des travailleurs coloniaux en France et contre les arrestations et déportations arbitraires en Algérie et en Tunisie.
Constatent le fait de la dissolution de la Ligue Française des objecteurs de conscience, survienne après celle de l’Etoile Nord-Africaine.
S’indignent des nouvelles arrestations et déportations de lutteurs anti-impérialistes dans le Sud-Tunisien.
Elèvent à nouveau une protestation véhémente contre ces faits et contre le procès inique intenté à Messali, Imache et Radjef sous l’inculpation mensongère de propagande anti-militariste.
Réclament la libération immédiate de Messali, la cessation des poursuites contre Imache et Radjef, la cessation des brimades et provocations du bureau de la rue Lecomte contre les travailleurs Nord-Africains en France et la suppression de ce bureau, officine fasciste et de mouchardage policier.
Les travailleurs français et coloniaux réunis,
Affirment plus catégoriquement que jamais leur unité inébranlable dans la lutte commune contre le fascisme et contre l’impérialisme.
[sinedjib.com] est librement accessible depuis 2012 afin de faire connaître mon actualité et partager des textes issus de mes recherches. Chaque jour ou presque, je retranscris des articles ou documents qui concernent les luttes pour l’émancipation.
Nedjib SIDI MOUSSA
Pour soutenir cette démarche, vous pouvez vous abonner et relayer le contenu de [سي نجيب]. Vous avez aussi la possibilité de vous procurer mes livres, comme mon nouvel ouvrage, Le Spectre du colonialisme, disponible dans toutes les bonnes librairies.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.