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À la maison du Parti : Une belle manifestation de solidarité internationale

Article signé M. B. paru dans Le Populaire, 27 décembre 1929

Les Jeunesses socialistes de Paris reçoivent une délégation des Jeunes socialistes de Leipzig

Depuis plusieurs jours, une délégation comprenant vingt-quatre jeunes gens et jeunes filles, membres des Jeunesses socialistes de Leipzig est à Paris sous la direction de la citoyenne Hermes, directrice de l’Institut d’Enseignement populaire de Leipzig, nos jeunes amis d’Allemagne sont venus étudier à Paris certains aspects de la vie sociale et économique française.

Les Jeunes socialistes de Paris auraient failli à leur devoir s’ils ne leur avaient pas réservé un chaleureux accueil.

Aussi les recevaient-ils hier soir, à la Maison du Parti, rue Victor-Massé, dans le plus vif enthousiasme. Cette mêlée fraternelle des jeunes ouvriers socialistes d’Allemagne et de France avait la signification d’un symbole. Elle préfaçait en quelque sorte, sous le signe de la jeunesse, la réunion inéluctable de tous les prolétariats : elle était l’image de l’humanité enfin réconciliée avec elle-même, selon le mot de Jaurès.

Cette manifestation se déroula sous la présidence de Louis Lévy, secrétaire général du Comité national mixte.

Dans la salle, parmi les nombreux militants des jeunesses et du Parti présents, nous avons remarqué notamment : Dumon, Joublot, J. Grumbach, Diner-Dénes et la citoyenne Diner-Dénes, Bracke et la citoyenne Bracke, les citoyennes Marthe L. Lévy, Pérot, Vincent, Osmin, Méda ; les citoyens Daniel Maye, Lorian, Montis, Péladan, Aubry, Pointier, etc., etc …

Après avoir ouvert la séance, Louis Lévy se réjouit que les peuples se soient retrouvés après la guerre. C’est là un résultat à l’actif du socialisme.

Jacques Grumbach assura les jeunes socialistes de la sympathie de leurs frères de France, et Schreyer, du groupe socialiste de langue allemande à Paris, prit la parole pour rappeler que son groupe avait été fondé par Karl Marx, à la pensée duquel il entendait rester fidèle.

Puis il dit que les socialistes francais avaient toujours manifesté aux socialistes allemands des marques particulières d’amitié.

Ce fut ensuite le tour de Jean Longuet. Notre camarade évoqua les heures émouvantes d’après-guerre qui virent la réunion des socialistes des deux pays. Il rappela le mot de Wilhelm Liebknecht, ce « soldat de la Révolution » : « Entre nous et vous, il y a un fleuve de sang, mais il n’a pas été versé par vous : il l’a été par nos ennemis communs. »

– Notre internationalisme, a-t-il dit, n’a pas été noyé dans les flots de sang. Il est au contraire sorti vigoureux de l’effroyable épreuve.

Et après avoir dénoncé les collusions de Paul Reynaud avec les pangermanistes les plus notoires, il termina en s’écriant, chaleureusement applaudi :

– Dans chaque pays, les plus grands ennemis de la nation sont les nationalistes.

Après Longuet, René Dumon, secrétaire national des Jeunesses à la Propagande dit sa joie de recevoir les jeunes socialistes d’Allemagne et affirma la volonté des jeunes socialistes français de « briser le fusil qui avait armé les mains de nos pères et de nos frères ».

Quand la citoyenne Hermes prit la parole, une ovation l’accueillit.

Parlant facilement le français, notre camarade prononça un discours éloquent que nous regrettons de ne pouvoir reproduire. Elle précisa le rôle éducatif des Instituts populaires qui, en Saxe, fonctionnent grâce au concours des municipalités socialistes et de l’Etat.

La camarade Hermes raconta ensuite, sous la forme anecdotique, que le premier gage d’amitié du peuple français au peuple allemand fut donné dans le train à la délégation par des soldats français. (Vifs applaudissements.) Depuis son arrivée à Paris, la délégation a visité déjà quelques usines. Elle a été profondément impressionnée par le travail pénible, douloureux, imposé dans des forges à de pauvres ouvriers marocains.

– C’est là, dit-elle, la preuve que l’Internationale du capital va chercher ses esclaves sous tous les cieux.

Elle termina, acclamée, en exprimant le souhait que les jeunes socialistes de France rendront leur visite aux jeunes socialistes allemands.

Diner-Dénes, vétéran du socialisme international, a œuvré dans tous les partis socialistes du monde. Comme il lui est difficile de parler au nom d’un seul, il parlera au nom de tous.

Diner-Dénes, avec une éloquence vigoureuse, souligna les efforts du prolétariat pour améliorer sa condition. A lui incombe la tâche de lutter contre le capitalisme. Cette tâche est aussi celle de la jeunesse. Elle préparera l’avenir.

Quand les applaudissements eurent cessé, Bracke se leva. Les bravos reprirent comme sur un signal.

– Je vous parle, dit Bracke en souriant, comme un jeune en retraite qui s’adresse à des jeunes en service.

Il continua :

– Il y a en Allemagne une chanson populaire où l’on chante : « Nous sommes jeunes, et ça c’est beau. » Oui, c’est beau parce que vous pouvez devenir le commencement de quelque chose de nouveau. Et ce nouveau, c’est l’avenir de l’humanité, c’est la paix, la fin de la guerre, de toutes les guerres : guerre contre les peuples, guerre contre les classes.

Notre main, à nous, Français, leur main, à eux Allemands, ne veut plus tenir d’armes que contre la guerre. Ces mots terminèrent le discours de Bracke, qui fut très applaudi.

Notre camarade Wekmann, des Jeunesses socialistes de Leipzig, fut acclamé quand, après Bracke, il prononça en allemand une allocution dans laquelle il remercia les jeunesses socialistes de leur accueil.

– Cette soirée, dit-il, avive notre fraternité et efface à tout jamais le souvenir des haines qui ont dressé l’un contre l’autre les peuples allemand et français.

Wekmann conclut en lançant à l’adresse des jeunes socialistes de France un cri d’amitié

Louis Lévy promit à la camarade Hermes que les jeunes socialistes de France étudieraient les moyens d’envoyer à Leipzig une délégation aussi nombreuse que possible, et il affirma les sentiments internationalistes des socialistes français.

Zyromski, représentant de la C.A.P. au C.N.M., termina la série des discours.

Il se félicite des récents succès électoraux remportés par la social-démocratie dans la Saxe rouge, qui est un bastion solide du socialisme.

Puis, évoquant rapidement quelques phases de la lutte sociale, il montre les puissances financières dominant en Allemagne comme elles avaient dominé en France.

– Un seul moyen de leur résister avec succès. Il réside dans la volonté de la classe ouvrière, volonté créatrice d’institutions sur lesquelles elle peut s’appuyer dans son propre combat.

Les applaudissements crépitèrent, puis nos amis d’Outre-Rhin, tirant des étuis violons et guitares, chantèrent le « Chant à la liberté » auquel répondit la « Jeune garde ».

Après quoi, Français et Allemands confondirent leurs deux langues dans un chœur d’où jaillit l’Internationale, expression de la communauté des intérêts prolétariens dans le monde. – M. B.


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Nedjib SIDI MOUSSA