Article de Pierre Frank paru dans La Vérité, n° 220, septembre 1934

LA GRÈVE GÉNÉRALE POUR RENVERSER DOUMERGE !
Des milices antifascistes partout !
Après avoir pris leurs vacances, les capitalistes et les hommes politiques à leur service recommencent à se préoccuper des graves problèmes qui conditionnent la situation politique en France. Les statistiques montrent qu’aucune des branches de l’économie française ne s’est relevée ; dans les meilleurs des cas, c’est la stagnation.
Et qui plus est, l’avenir sur la voie actuellement suivie ne présente aucune perspective d’amélioration.
Comment parvenir à s’en tirer, se demandent tous les clans de la bourgeoisie. Il y a ceux qui préconisent de maintenir la politique de déflation, de l’accentuer et, pour pouvoir le faire plus commodément, de procéder à une « réforme de l’état » qui accorde à l’Exécutif des droits et des moyens de coercition plus étendus. D’autres, dont Paul Reynaud est le porte-parole, s’ils ne font aucune difficulté quant à la réforme de l’Etat, pensent que la politique déflationniste a donné le maximum, qu’il ne sera pas possible de la poursuivre sans gros dangers et, par conséquent, qu’il n’y a pas à hésiter à suivre une politique différemment orientée. Le terme d’inflation étant peu populaire P. Reynaud, condamne aussi l’inflation mais se déclare partisan d’une « dévaluation monétaire ». Cela veut dire qu’au lieu de faire fonctionner la planche à billets dans la mesure des nécessités, la valeur du franc sombrant, on commencerait par fixer un nouveau taux inférieur du franc et la Banque de France pourrait émettre du papier sans risquer de crever le plafond qui aurait artificiellement été surélevé. Entre la dévaluation monétaire et l’inflation, il n’y a qu’une différence de mots.
Le rapport des forces au sein de la bourgeoisie entre inflationnistes et déflationnistes, n’apparaît pas très clairement. Il est bien vrai que, dans l’ensemble, Reynaud a mauvaise presse, que la politique qu’il préconise a été condamnée par Duchemin, Président de la Confédération générale du patronat français ; mais il est non moins certain que Reynaud et son compère Tardieu sont des hommes-liges de puissants groupes capitalistes. Ils poursuivent aujourd’hui une lutte parlementaire au sein de leur classe ; rien ne permet de penser qu’ils n’hésiteront pas demain à déterminer les courants hésitants, oscillants en les plaçant devant un fait accompli grâce à un nouveau coup de force sur le pouvoir. Des indices permettent d’envisager cette hypothèse d’une manière sérieuse : la presse réactionnaire a recommencé à propos de l’affaire Prince, une campagne d’excitation où Chéron sert personnellement d’objectif, mais qui rappelle la campagne contre les « voleurs » qui précéda le 6 février ; d’autre part, un conflit peu clair vient de surgir entre le gouvernement et les Croix de Feu, et ces derniers brandissent des menaces pour l’avenir.
En un mot, si nous n’avons que quelques points qui ne permettent pas de déterminer d’une manière précise, toute la courbe du développement, s’il est vraisemblable que les élections cantonales qui permettront, sans agitation dans la région parisienne, de connaître la température de la province, se dérouleront dans une atmosphère calme, tout oblige à mettre le cap vers une nouvelle période de haute tension politique. Ajoutons que les problèmes de la politique extérieure, peuvent, plus brutalement encore que les problèmes de la politique intérieure, entraîner des regroupements rapides au sein de la bourgeoisie, en vue d’une nouvelle orientation et ces regroupements pourraient facilement être appuyés par des mouvements de masse, des manifestations de rues. Le danger de guerre pourrait être exploité pour déclencher des courants nationalistes chauvins, bien plus violents que les courants contre les « voleurs » ou contre « la maffia ».
Il faut s’aligner, s’organiser en vue de nouvelles semaines de février. Les deux grands partis qui dirigent la classe ouvrière en sont fort loin. Nous n’avons lu dans le Populaire, comme dans l’Humanité, aucun article sérieux envisageant les perspectives des différents clans bourgeois. Du passé, aucune leçon n’est tirée, si ce n’est que Blum attribue aux radicaux la non-réalisation d’un gouvernement cartelliste dans les premières années de la législation de 1932. Comme si la question était là ! L’unité d’action des deux partis se réalise maintenant sans difficulté aucune, sur le terrain électoraliste. Les « boulets rouges », pour Duclos comme pour Paul Faure, ce sont des tracts, des dépliants, et encore des tracts. Un même mot d’ordre est envoyé aux régions communistes et aux fédérations socialistes : « Des candidats partout ». La campagne électorale est menée comme toujours furent menées ces campagnes, comme s’il ne se passait rien.
Qu’on lise la presse fasciste. Chez eux, on se préoccupe beaucoup moins des élections que de se préparer, de s’organiser en vue de combats plus rudes. C’est une leçon que la classe ouvrière ne doit pas perdre. Il faut utiliser la campagne électorale pour alerter les travailleurs, pour les mobiliser contre le danger réactionnaire, pour populariser le mot d’ordre de la grève générale destinée à renverser le gouvernement des décrets-lois et à instaurer un gouvernement ouvrier et paysan, pour commencer à en assurer la préparation, pour convaincre les travailleurs de la nécessité de créer des milices anti-fascistes.
Plus que jamais, s’impose pour la classe ouvrière, une politique de combat si elle ne veut pas être écrasée. Plus que jamais s’imposent les mots d’ordre que nous préconisons depuis plusieurs mois ; chaque journée qui passe sans que leur réalisation soit entreprise, marque un recul des travailleurs, une avance de l’ennemi. Il n’est que temps de renverser la vapeur. Au front unique d’inaction et à l’électoralisme, opposons des mots d’ordre de combat :
Organisons la grève générale contre le gouvernement Doumergue !
Créons des milices antifascistes partout !
P. FRANK.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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