Frères Musulmans : Un mouvement au service du capitalisme (suite )

Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, mensuel de l’Organisation communiste révolutionnaire internationaliste d’Algérie, n° 45, novembre 1980, p. 5-7.

 

 

Nous avons établi dans notre précédent numéro la collusion existant entre la Fraternité Musulmane et la monarchie ; il nous faut aussi évoquer ses liens avec les représentants du colonialisme britannique.

Les relations de l’organisation avec l’ambassade britannique n’ont jamais été très claires du fait de l’attitude apparemment contradictoire des Frères. En effet, s’ils tenaient volontièrement des propos anti-britanniques, de fait, ils ne réclamaient pas l’indépendance, et ils soutenaient le roi, marionnette dont l’impérialisme anglais tirait les ficelles. De toutes les manières, les Frères ont eux-mêmes reconnu, dans leur revue A’Nadir du 9/4/1946 que « le côté britannique fit preuve de compréhension et proposa son appui financier afin que l’organisation puisse mener à bien son travail de propagande et d’éducation ».

Les « Frères Musulmans » contre la classe ouvrière

Après ce que nous venons de dire sur les liens qu’entretenait la Fraternité Musulmane avec les exploiteurs, nous ne serons pas étonnés d’apprendre que ce qui fonde l’attitude de cette secte vis-à-vis des ouvriers est la phrase suivante de Hassan El Bana : « les ouvriers doivent toujours se rappeler du devoir qu’ils ont envers Dieu, leur âme, et leur patron » (El Ikhouane El Mouslimine du 3/5/46).

Malgré les efforts qu’elle a déployé, la secte ne put jamais s’implanter de manière significative au sein de la classe ouvrière en Egypte, ceci d’autant plus qu’elle prit le droit de grève comme cible. Quand les Frères participaient et appuyaient une grève, ça n’était que dans le but de saper le mouvement. C’est ainsi qu’ils prirent part à la grève de El Kaïma – lutte importante dans l’histoire du mouvement ouvrier égyptien – pour en venir à bout en conseillant les ouvriers ainsi : « Il faut que les ouvriers de cette région s’arment de la force de la morale, pour que puissent s’établir entre eux et leurs patrons des liens de bonté, de respect et de fraternité mutuels ; telle est la meilleure des solutions ».

Mais en général les Frères « se contentaient » de dénoncer les ouvriers combatifs à la police, et de former des milices assistant les forces de répression dans les mouvements revendicatifs et les émeutes.

L’idéologie réactionnaire des « Frères Musulmans »

L’idéologie des « F. M. » avait pour fondement le rejet de l’influence de « l’occident » qui aurait engendré une dépravation des mœurs, celle-ci étant la cause de tous les maux de la société.

Pour résoudre les problèmes sociaux, la secte proposait l’établissement d’une forme de gouvernement religieuse et théocratique, « où le possédant n’est pas nécessairement injuste… il peut être généreux, bon, juste … » et où encore « il ne s’agit pas de réguler ou de combattre la propriété, mais seulement de l’éduquer ».

Incontestablement les Frères reprenaient à leur compte la nostalgie passéiste, et les bonnes vieilles traditions dans lesquelles se réfugiaient les couches les plus arriérées de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie, que menaçait le développement du capitalisme.

Ce bref rappel historique montre ce que sont les  » Frères Musulmans » : une secte réactionnaire, dispensant l’opium de l’islam, prônant la résignation et la passivité au sein des masses et n’hésitant pas à user de violence contre tous ceux qui ne partagent pas ses vues réactionnaires.

Il est inutile de dire que la caractérisation que nous venons de faire de la Confrérie, en nous basant sur le cas de l’Egypte est fondamentalement valable aujourd’hui pour tous les pays musulmans, même s’il y a des différences – mineures – où certains groupes intégristes se manifestent.

Aujourd’hui, en Algérie.

En Algérie, la Confrérie rejette l’étiquette de « Frères Musulmans » comme péjorative dans la mesure où elle évoque une influence arabe étrangère (Egypte, Libye, …) lui préférant « Ahl al-Dawa », signifiant « ceux qui appellent (à l’Islam) ». Les principales structures utilisées par les Frères sont les mosquées et des associations de bienfaisance constituées autour de celles-ci. A chaque mosquée est attachée un « imam », qui est soit rétribué par l’Etat, soit par des fonds privés. Si en général le texte du prêche du vendredi est envoyé par le ministère des Affaires religieuses aux imams fonctionnaires, les autres imams sont libres dans leur expression.

C’est ainsi que les associations de la tendance « Ahl al Dawa » qui existent dans la plupart des wilayas tiennent un discours critique vis-à-vis du gouvernement. Elles s’opposèrent à la réforme agraire menée par le régime de Boumédiène qui pourtant était loin de constituer une menace sérieuse pour les gros propriétaires fonciers. De la même manière, les « Frères Musulmans » firent feu de tout bois contre les attaques de l’Etat contre le secteur commercial privé. Ce sont donc les intérêts de certaines couches sociales bien précises que défend la secte ; propriétaires fonciers, gros commerçants, etc. Par ailleurs, « Ahl al Dawa » n’hésite pas à tenter de récupérer démagogiquement le mécontentement des masses en s’en prenant à ceux « qui vivent dans l’opulence, s’adonnant à l’alcool, … ». Les Frères Musulmans se prétendent des opposants au régime, mais ils fondent leur opposition sur des considérations réactionnaires, comme en attestent les liens qu’ils ont avec les régimes monarchiques arabes – Arabie Séoudite – et les services secrets impérialistes.

Mais il est encore plus facile d’établir dans quel camp ils se placent quand on sait l’attitude du mouvement face aux dernières grèves qui ont eu lieu en Algérie. Dans les universités, leurs exactions contre les éléments combatifs ne sont plus à compter.

Même si aujourd’hui nous ne savons pas avec précision le degré de structuration du mouvement des Frères Musulmans, ils sont loin d’avoir autant de poids que leurs homologues égyptiens dans les années 1950. La propagande officielle religieuse dans les médias, dans les écoles (4 heures d’éducation « civique et religieuse » par semaine) leur fournissent une aide appréciable et crée un climat idéologique qui peut, ajouté à la crise, favoriser leur développement.

Les travailleurs n’ont pas d’autre alternative que de s’organiser pour faire face au danger que représente la violence para-légale des Frères Musulmans. Plus que jamais, nous devons les dénoncer pour ce qu’ils sont, des ennemis de la classe ouvrière et de l’ensemble des masses laborieuses, plutôt que des ennemis du régime en place. Nous devons dénoncer l’unanimisme religieux, et tout faire pour briser l’influence réactionnaire de la religion et de ses tenants.

 

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