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Un congrès de l’UNFA… pour mieux renforcer l’oppression des femmes de la classe ouvrière

Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, n° 25, novembre 1978, p. 10-11

“Le nouveau secrétariat national : élargir la base et appliquer les résolutions” (photo publiée dans El Djeich n° 185, octobre 1978, p. 5)

Le Congrès de l’UNFA (Union Nationale des Femmes Algériennes) vient de se tenir à Alger au début du mois d’octobre, confirmant la volonté du gouvernement, après le congrès de l’UGTA et en vue de ceux de l’UNJA et du FLN, d’une reprise en main des organismes d’encadrement de la population.

Le Congrès de l’UNFA, quant à lui, s’il n’avait d’autre portée politique, pourrait se résumer à ces quelques perles :

“La mise en place des centres de formation professionnels où seraient étudiés les travaux manuels et la broderie, pourraient éventuellement régler les problèmes sociaux de la femme du Sud” ! ! (Moudjahid 2 oct.)

La meilleure revenant à Mr Yahiaoui (chef du FLN) : “une conception première s’exprima à travers la revendication de la liberté, de l’égalité des salaires et dans le travail, ainsi que la discussion en commun des problèmes tels que le divorce, le mariage, et la participation à l’action politique. Ce genre de préoccupations, qui prévalent dans le monde capitaliste, découlent en réalité d’attitudes bourgeoises, dénuées de toute dimension sociale, et procèdent de l’individualisme et de l’égoïsme” ! ! (Moudjahid du 1er oct.).

Voilà donné le ton du Congrès ! Pas la peine de préciser qu’on n’y a parlé ni de l’oppression ni de l’exploitation des femmes des couches laborieuses !

Alors, on peut se demander à quoi peut bien servir l’UNFA, organisation de femmes bourgeoises, et qu’est-ce que le Congrès nous apprend sur la pratique de l’UNFA ?

Tout d’abord, l’UNFA, comme l’a rappelé ce Congrès, a un rôle idéologique important : celui de transmettre aux femmes encadrées par ces structures la propagande du gouvernement. Les termes de Mohamed Salah Yahiaoui sont à ce sujet plus que clairs : “La femme sans profession peut, par sa présence au foyer, participer, une fois sensibilisée, à l’éducation de la jeune génération. L’ayant préservée du déviationnisme, elle l’aura préparée à être un élément efficient au sein de la société. Par cette sensibilisation, nous lutterons également contre l’esprit de consommation qui constitue de plus en plus, un lourd danger pour l’économie nationale et un frein à l’action de développement”. (Moudjahid du 1 oct.).

En d’autres termes, conditionnons les femmes à transmettre à leurs enfants un esprit de soumission et de fatalisme à l’égard de leur pauvreté et de leur exploitation ! Ou encore : faisons en sorte que les femmes de la classe ouvrière reproduisent leur propre classe, en éduquant leurs enfants de façon à ce qu’ils deviennent eux aussi des prolétaires !

“Mettre fin aux tabous” (photo publiée dans El Djeich n° 185, octobre 1978, p. 5)

A cet égard, du reste, le PAGS (Parti de l’Avant-Garde Socialiste) apporte un soutien militant à l’UNFA dans sa propagande. N’écrivait-il pas dans sa brochure sur les femmes parue il y a quelques années : “Les travailleuses doivent gagner le maximum de temps pour préparer les repas, faire le ménage, s’occuper des enfants, et aussi pour militer au sein de l’UNFA (…) ! ; ou encore : “En se penchant concrètement sur (…) les problèmes des masses féminines, l’UNFA suscitera leur intérêt et leur fournira des raisons de renforcer ses rangs”. Ces citations sont plus que significatives quant au suivisme total du PAGS par rapport à la propagande gouvernementale et à son entreprise de mystification !

En second lieu, l’UNFA a un rôle d’institution sociale, particulièrement versé dans la démagogie : en organisant quelques cours de broderie (!) à travers l’Algérie, le gouvernement essaie cyniquement par ce biais de convaincre qu’il fait tout pour sortir les femmes de leur condition ! Cela peut même aller du reste jusqu’à ce que l’UNFA ait ses propres entreprises et personnel féminin, comme à Alger où a été monté, un atelier de textile dans un sous-sol et où les conditions de travail ont particulièrement dures (faute de moyens, soi-disant !).

Rappelons enfin, s’il en était besoin, que les cadres et directrices de l’UNFA sont des femmes bourgeoises, privilégiées, qui apportent par ce biais leur aide militante à la classe dominante en essayant d’encadrer et d’étouffer tout esprit de révolte chez les femmes des milieux populaires.

L’UNFA reste donc un instrument du pouvoir à combattre par la classe ouvrière toute entière.

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