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La marche pour l’égalité : bilan et perspectives

Textes parus dans Le Prolétaire, n° 376, janvier 1984, p. 1-3

Marche pour l’égalité et contre le racisme à Paris, en décembre 1983, France. (Photo by Jean-Marc CHARLES/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le 3 décembre, la marche pour l’égalité est arrivée à Paris au terme d’un voyage de 55 jours et a mobilisé ce jour plus de 80 000 manifestants.

Il s’agit aujourd’hui d’en dresser un premier bilan. Nous concevons ce travail dans la perspective d’une activité destinée d’abord à organiser les éléments les plus sensibles qui désirent se regrouper pour agir avec efficacité contre le racisme et les discriminations qui frappent à des degrés différents tous les travailleurs immigrés.

Par opposition à l’anti-racisme démocratique largement majoritaire nous voulons lutter pour un ANTI-RACISME PROLETARIEN. Pour nous expliquer plus concrètement sur ce point nous allons revenir sur la marche pour l’égalité.

Bien que cette marche ait été présentée comme la marche des jeunes issus de l’immigration, elle est en réalité UNE INITIATIVE ORGANISÉE PAR LA CIMADE ET LE MAN (1) dont les perspectives dites non-violentes ont marqué le cours même de cette manifestation. SANS LA PRÉSENCE DE CES 2 ORGANISATIONS LA MARCHE N’AURAIT PAS ÉTÉ POSSIBLE.

Pour les marcheurs des Minguettes et d’ailleurs, la Cimade c’est Christian Delorme. Ils ignorent totalement la réalité d’une organisation dont les travailleurs migrants sont un des départements et dont l’activité principale vise dans tous les cas à permettre un dialogue entre les pouvoirs publics et les exploités d’une part et d’autre part à “contribuer un tant soi peu au renforcement d’un front de soutien plus large, où les formations politiques et les organisations syndicales tiendront la place qui leur revient, …” (p. 5 de Cimade-information 1977, N° 3).

Par ailleurs, et dans la même brochure citée, cette organisation est une
habituée de LA HANTISE DE LA MANIPULATION ET DE LA RECUPERATION, sous le prétexte misérable que la politique porterait en soi le germe de la récupération, ce qui ne l’empêche pas de faire des efforts pour amener ceux qu’elle “aide” à se rapprocher des organisations politiques et syndicales dites démocratiques. Pour les élections municipales de 1983 c’est aussi la Cimade qui a appuyé l’idée d’un vote parallèle bidon pour les immigrés (voir Sans-Frontière n° 72, l’article de C. Delorme, p. 6).

Cette crainte hystérique de la manipulation a d’ailleurs, a plusieurs reprises, été largement utilisée par la Cimade mais aussi par les faux amis réformistes de la marche qui sous couvert de soutien voulaient prioritairement éviter toute liaison entre les marcheurs et les regroupements de lutte anti-raciste qu’ils ne contrôlaient pas dans les villes où passait la marche, ainsi que par certains journalistes. Par exemple le journal le Monde dans son compte-rendu de la marche concernant Strasbourg a fustigé le PC international lui attribuant même des slogans fantaisistes falsifiant les slogans réellement scandés durant la manifestation dans cette ville. Comme quoi la hantise oh combien sincère de la manipulation peut conduire certains journalistes et ceux qui les inspirent a de misérables, mais réelles manipulations !

Le rôle de la Cimade est donc de récupérer dans l’immigration et ailleurs des énergies pour tenter de mieux faire appliquer les lois, de les améliorer ou même d’en faire voter de plus justes. La référence à Martin Luther King est évidente bien que l’idée en ait été certainement importé par le Man. Il s’agit de la non-violence comme moyen politique pour obtenir l’application de la constitution dans le respect de la légalité. Voici pour la version Hollywood chewing-gum. La réalité est toute autre. Les révoltes violentes du prolétariat noir aux Etats-Unis dans les années 60 ont été le terrain sur lequel s’est développée l’action pacifiste du pasteur King et dont le résultat est connu : tout bénéf pour les bourges et le slum (pauvreté, chômage, ghetto et prison) pour les prolos. Sans nous étendre sur ce sujet on rajoutera que la répression fut impitoyable et féroce surtout vis-à-vis de ceux qui, comme les Black Panthers voulurent lutter pied a pied contre le Pouvoir Blanc, et même un partisan du pacifisme comme Martin Luther King fut assassiné, tant il est vrai que dans certaines circonstances le pacifisme est encore jugé trop violent quand il risque de radicaliser des mouvements de protestation.

Les jeunes marcheurs se disent APOLITIQUES ET APARTISTES. CECI EST EXACT DANS LA MESURE OU ILS N’ONT PAS UNE CONSCIENCE POLITIQUE très précise DE LEUR SITUATION SOCIALE, DE PROLÉTAIRES SANS-RÉSERVE. Pourtant ils ont posé les pieds sans le savoir sur le terrain brûlant de la politique.

Pour eux il s’agit avant tout de pouvoir vivre en France en toute sécurité et de ne pas être la cible permanente du racisme (le racisme de cet été était doublé d’un racisme anti-jeune, voir l’âge des victimes).

Ceci est une exigence primordiale et dépasse toutes les revendications mises en avant par la Cimade et d’autres organisations (carte de 10 ans, droit de vote, amélioration de la loi anti-raciste de 72, etc.).

Les jeunes marcheurs jugent à juste raison le rapport de forces actuel défavorable ; d’où malheureusement la recherche d’un compromis direct avec le gouvernement et les forces de l’Etat pour obtenir aide, compréhension et protection.

L’immigration est un terrain déserté par la gauche officielle ; il est vrai que pour elle la défense des intérêts ouvriers signifie avant tout la défense de l’aristocratie ouvrière.

Cet abandon, les jeunes marcheurs l’expriment dans le rejet de tout parti politique ; la présence de la Cimade ne peut, malheureusement encore, que les encourager à persister dans cette attitude exclusivement négative et empêcher toute évolution positive et critique favorable à un réel travail anti-raciste et anti-capitaliste.

De ce point de vue, les manifestations traditionnelles leur apparaissent dangereuses, dans la mesure où ils pensent créer un courant d’opinion favorable qui leur permettrait d’obtenir, au-delà DE TOUS LES CLIVAGES POLITIQUES, selon eux, le résultat recherché : l’arrêt de la violence raciste.

Cela explique leur volonté farouche de défendre une image non-violente d’eux-mêmes et la recherche du dialogue avec “l’humain” qui existerait en toute personne.

Cela explique que le jeu politique droite-gauche, c’est-à-dire pro ou antigouvernemental apparaît à leurs yeux comme nuisible parce que susceptible de briser dans l’œuf l’aide des autorités qu’ils espèrent pour arrêter la violence raciste.

Ce recours à la non-violence est dicté par des nécessités pratiques immédiates et non par une volonté pratique déterminée. Elle peut séduire de nombreux jeunes à qui on offre la perspective “concrète” des associations culturelles et sociales mises en place par cette troupe de parasites que sont les animateurs et éducateurs de tout acabit. Cette orientation présente le danger de couper les jeunes, issus de l’immigration de la “vieille génération” qui a déjà par ses luttes ouvrières combattu pour l’égalité des droits.

L’assemblage hétéroclite entre les différentes forces qui composent la marche est affaire de circonstances ; c’est une unité artificielle et fondée sur des exigences contradictoires. L’éclatement devra se faire tôt ou tard et pour nous il s’agit qu’il se fasse dans les meilleures conditions ; c’est-à-dire qu’il contribue à l’élargissement et au renforcement de la lutte anti-raciste et anti-capitaliste sur le terrain de la lutte directe contre l’Etat et tous ses larbins.

Cette analyse nous conduit à proposer les perspectives suivantes :

1) La lutte anti-raciste est une lutte de classe qui concerne les travailleurs immigrés et les travailleurs français ; le racisme étant chez les travailleurs le produit pratique direct de la concurrence que le système bourgeois fait naître en eux (moins il y a de gâteau à partager plus la concurrence est forte ; ceci chez les travailleurs comme chez les capitalistes ; ce réflexe est d’autant plus fort quand il n’existe pas d’autre alternative capable de fondre ensemble les intérêts individuels des prolétaires en un intérêt général de classe).

2) La violence raciste est une manifestation particulièrement bestiale du racisme ; aujourd’hui elle est le fait principalement de la police, de vigiles et autres milices racistes ainsi que de tireurs isolés. Les travailleurs immigrés et les jeunes sont victimes donc de la violence étatique et de groupes et individus arriérés et réactionnaires.

3) La chasse aux clandestins et la politique de contrôle de l’immigration est directement responsable du climat de suspicion et de haine anti-immigrée aujourd’hui en France. Elle explique les “bavures” policières aussi bien que les crimes racistes des isolés. Comment reconnaître un clandestin ? sinon par son physique. Ceci veut dire que tout travailleur immigré peut être contrôlé et tout le monde sait que chaque contrôle peut se terminer par un meurtre.

4) La ségrégation dans le logement, dans le travail ne sont l’objet d’aucune loi particulière et raciste, mais il existe néanmoins des inégalités sociales connues, les quotas et seuil de tolérance, le travail sous-payé. Quelle loi peut forcer un propriétaire à louer un logement à un étranger ? Quelle loi peut obliger un patron à payer un salaire égal pour un travail égal ? Ceci est également valable d’ailleurs pour un travailleur français. La loi anti-raciste de 1972 prévue pour lutter contre les attitudes et comportements racistes est totalement inefficace comme l’a reconnu le président du Mrap.

Le racisme n’est donc pas dû à de mauvaises attitudes ou à des pensées malsaines. Au contraire il est le résultat direct de la division de la société toute entière en classes aux intérêts opposés. Avec la crise la concurrence devient plus vive et les tensions sociales ne peuvent qu’accélérer des tendances anti-ouvrières au sein des couches les plus diverses de la population y compris dans certaines couches ouvrières elles-mêmes. Ceci en l’absence de toute lutte de classe organisée.

Sur la base de ce qui vient d’être dit, il faut développer un travail dans les quartiers dits populaires, pauvres, ouvriers, etc. Ce travail doit avoir pour but de rassembler et d’organiser les éléments les plus sensibles et conscients, et simultanément d’organiser des discussions les plus larges possibles en multipliant les contacts avec les habitants de ces quartiers. Ces discussions et ces contacts doivent avoir pour but :

a) de se rendre compte des besoins réels des travailleurs immigrés et français face à la crise et au chômage qui sont les vraies causes de l’insécurité des travailleurs. En même temps ils permettront de tisser des liens de sympathie entre les éléments les plus avancés et la masse des travailleurs.

b) de propager la volonté d’organisation et de lutte face aux contrôles policiers et aux exigences toujours plus énormes d’exploitation et d’oppression des patrons et des gestionnaires privés et publics qui veulent imposer l’austérité et les sacrifices.

Il existe sur ce terrain une tentative de canaliser les réactions des jeunes de ces quartiers dans les voies sans issues de l’animation sociale et culturelle. Le recrutement parmi les jeunes est plus fréquent. Le ministère de la Jeunesse et des Sports s’est spécialisé dans les vacances été contre les étés chauds. Différents organismes jouent sur le droit aux cultures, etc. La mémoire collective des luttes de 1’immigration, c’est-à-dire ouvrière, se perd ou ne s’acquiert pas au profit de théories insipides et merdiques sur le droit à la différence et autres discours de divisions. Il est tout à fait important de contrer ces manœuvres qui sont des obstacles réels à la lutte. A la culture bourgeoise opposons une culture prolétarienne.

Le but véritable de cette activité est évidemment de séparer l’anti-racisme démocratique type Cimade-Man de l’antiracisme prolétarien et de répondre pratiquement à la défense dans la rue et dans la vie quotidienne des travailleurs immigrés et français. Aujourd’hui il est vrai que les travailleurs français se sentent peu concernés par cette lutte et qu’ils ont toujours été maintenus à l’écart des luttes de l’immigration par des forces qui vivent des fruits de cette division (associations, syndicats, partis politiques dits de gauche).

La lutte sera longue et difficile. Cependant l’approfondissement de la crise permet d’espérer des réactions saines ; nous entendons par notre part œuvrer dans ce sens.

C’est pourquoi nous nous efforcerons d’appuyer et de participer à toutes les initiatives visant à regrouper des forces de lutte intervenant dans les quartiers, les foyers (et ayant la perspective de rechercher des liens pratiques avec les usines) autour de revendications simples mais unifiantes comme :

– mobilisation contre les violences racistes d’où qu’elles viennent : police et milices d’extrême-droite.

– la carte de 10 ans automatique y compris pour les sans-papiers comme premier pas réel dans l’abolition de tout contrôle de l’immigration.

– l’égalité totale des droits entre travailleurs français et immigrés.

Une telle mobilisation ne doit pas seulement se développer, à terme dans chaque ville mais doit aussi permettre sur la base D’UNE RÉELLE CONVERGENCE DES INTERVENTIONS PRATIQUES DE LUTTE à l’élaboration d’une véritable COORDINATION NATIONALE. Nous appuierons également de toutes nos forces un tel objectif susceptible de contribuer au renforcement qualitatif et quantitatif de la lutte anti-raciste prolétarienne .

POUR L’UNITÉ DES TRAVAILLEURS CONTRE LA DIVISION !

POUR L’UNION COMBATTANTE DES TRAVAILLEURS IMMIGRES ET FRANÇAIS !

IMPOSONS L’ÉGALITÉ DES DROITS !

NON AU CONTRÔLE DE L’IMMIGRATION

VIVE LA LUTTE DIRECTE CONTRE L’ETAT ET TOUS SES LARBINS !


1) Le Man : Mouvement pour une Alternative non-violente.


CIMADE et antiradicalisation

La Cimade tente d’occuper un terrain particulièrement délaissé depuis toujours par les syndicats et les partis de la gauche officielle. Les risques d’explosion dans les cités ne sont pas minces si on comprend l’enjeu de la lutte. Il existe beaucoup de Minguettes en France où l’affrontement entre jeunes et flics existe d’une manière inégale. Les crimes racistes de cet été pouvaient certainement entraîner une radicalisation massive des jeunes comme en Angleterre par exemple. Aussi toute l’action de la Cimade s’inscrit dans ce cadre ; il s’agit de désamorcer la bombe sociale, l’opération est délicate. Les Minguettes, QUARTIER-VEDETTE DE LA PRESSE BOURGEOISE, a été le terrain choisi pour tenter l’expérience de la PACIFICATION.

Il est clair que les Minguettes constituent une expérience pour d’autres villes. La Cimade existe sur le plan national, elle peut compter sur de nombreux appuis tant dans le secteur animation sociale, y compris parmi les associations d’immigrés, que dans les secteurs humanitaires plus ou moins liés à l’Eglise.

D’autre part, par de nombreux liens personnels elle peut, à travers les syndicats et les partis de gauche, et peut-être même de droite, compter sur des appuis plus ou moins importants.

Il serait donc tout à fait faux de croire, comme certains l’imaginent à propos de la marche pour l’égalité, à un coup de poker de la Cimade qui en organisant cette initiative se ferait déborder en fin de course.

Au contraire toute la fonction de l’opération entreprise par la Cimade est de désamorcer les tensions tout en divisant les jeunes et les immigrés afin d’en isoler les éléments les plus radicaux et les plus combatifs. En cela son action se combine parfaitement avec celle du gouvernement de gauche qui fait semblant de favoriser l’insertion des immigrés alors qu’il les attaque à travers ses éléments les plus vulnérables : les sans-papiers. G. Dufoix ne déclarait-elle pas : “les clandestins risquent de gêner l’insertion des immigrés” ?

Il appartient aux révolutionnaires et à tous les militants antiracistes sincèrement résolus à lutter dans la perspective d’une réelle solidarité et d’une union prolétarienne, de mettre tout en œuvre pour dénoncer les manœuvres de la Cimade non seulement par des proclamations aussi radicales soient-elles mais aussi et surtout par leur capacité à mettre en œuvre sur le terrain des luttes antiracistes à développer une pratique alternative réellement unifiante. Tout le reste ne serait que bavardage superflu.


Pour un antiracisme prolétarien

TRACT DISTRIBUE PAR NOS CAMARADES LORS DE LA MANIFESTATION A PARIS LE 3 DEC. 1983

Saluons d’abord l’initiative de cette marche, proposée d’après ce que nous savons par Toumi Djaida de l’association SOS Minguettes alors qu’il était encore sur son lit d’hôpital victime d’un lâche attentat policier.

Nous tenons également à manifester notre solidarité militante à tous les jeunes marcheurs pour cette initiative de lutte contre le racisme et particulièrement contre les crimes racistes commis cet été qui s’ajoutent à une liste de morts et de blessés déjà longue. Le lâche assassinat d’un jeune immigré récemment dans un train par des candidats légionnaires, dans l’indifférence générale, s’ajoute encore à cette liste.

Nous ressentons avec eux la nécessité d’opposer par une lutte ferme et continue une riposte énergique à toutes les discriminations dont sont victimes les travailleurs étrangers et leurs familles dans tous les domaines de la vie sociale et politique. Nous ressentons avec eux la nécessité de s’opposer par des ripostes adéquates aux coups qui frappent des hommes, des femmes et des enfants sous le prétexte monstrueux qu’ils sont arabes, noirs, étrangers ou tout simplement jeunes (…).

Aujourd’hui encore et plus que jamais l’Etat arrête et expulse, aujourd’hui encore et plus que jamais, on fixe des quotas et des seuils de tolérance dans les cités. Aujourd’hui encore et plus que jamais, on exerce des pressions administratives et policières contre les personnes qui veulent visiter leurs familles en France. Aujourd’hui et plus que jamais, on empêche la femme et les enfants de rejoindre le mari et le père.

D’AUTRE PART LE GOUVERNEMENT LAISSE SE DÉVELOPPER ET FAVORISE MÊME DES CAMPAGNES RACISTES. Les mass-médias se précipitent pour aller recueillir les propos grossiers, vulgaires et grotesques de groupuscules à idéologie raciste. Les crimes restent impunis, les assassins sont libres comme ces flics qui tuent en toute impunité et couverts d’avance par leur ministre. Des personnalités politiques DE TOUS BORDS, attisent les haines et les divisions par leurs déclarations, en contre-partie nous pouvons entendre dans la bouche de ceux qui soutiennent l’action du gouvernement des discours criminels du type “on ne peut pas réaliser tout d’un coup… il faut convaincre l’opinion publique, etc”. Les directions syndicales approuvent ou se taisent, laissant le chauvinisme et le racisme se développer parmi les couches de travailleurs français.

TOUT CELA MONTRE A L’ÉVIDENCE LA NÉCESSITÉ D’UNE RIPOSTE COLLECTIVE. Pour parvenir à ce résultat la simple adhésion sentimentale à la lutte contre le racisme ne suffit pas pour lutter efficacement contre toutes les discriminations et les violences qu’elles font naître. Notre expérience de lutte dans l’immigration, qui est une contribution à l’élargissement de la lutte contre la politique de contrôle de l’immigration en France, nous a enseigné que pour vaincre IL FAUT S’APPUYER SUR DES FORCES CAPABLES DE FORGER LA VICTOIRE. C’EST POURQUOI IL NOUS SEMBLE IMPORTANT DE PRÉCISER L’ORIGINE ET LE SENS DU RACISME ACTUEL.

Le racisme, aujourd’hui, s’appuie et se développe sur un système social et politique basé sur une discrimination plus ou moins systématique et qui conduit à établir, au sein d’une population vivant sur un même territoire, des statuts sociaux différents et inégaux sur la base de l’appartenance à une religion une couleur de peau ou une nationalité. Il existe des cas particulièrement odieux et bestiaux de ce système en Afrique du Sud et en Israël.

Cependant il serait dangereux POUR TOUS CEUX QUI VEULENT RÉELLEMENT LUTTER CONTRE LE RACISME de ne voir que les cas les plus pathologiques d’une MALADIE GÉNÉRALE qui conduit tous les Etats de cette planète ET PRINCIPALEMENT LES GRANDES MÉTROPOLES IMPÉRIALISTES à appliquer dans les faits par les lois et par la force des politiques discriminatoires

C’est sur cette base là que l’Etat, sa police, sa justice, les forces politiques de droite comme de gauche fondent leur action répressive ou leur inaction criminelle. Nous voulons rompre cette logique pour élargir et développer UNE LUTTE RÉELLE POUR L’ÉGALITÉ DES DROITS en toute indépendance à l’égard de l’Etat et des forces qui le soutiennent d’une manière ou d’une autre. Beaucoup de travailleurs espéraient du gouvernement de gauche des mesures réelles en faveur des travailleurs immigrés. En réalité les promesses comme celle du droit de vote aux élections municipales n’ont pas été tenues. Au contraire, Defferre et les autres se sont vantés pendant leur campagne municipale d’être plus efficaces pour contrôler et expulser que la droite elle-même. Les frontières se sont fermées davantage et les actes racistes se sont multipliés, les policiers donnant impunément l’exemple.

La lutte pour l’égalité des droits n’est pas une lutte entre la droite et la gauche (qui en pratique, dans sa politique de l’immigration comme dans sa politique internationale se montre le domestique zélé du capitalisme français) ou entre français et immigrés : c’est une lutte de classe entre ceux qui combattent, sans préalable politique pour l’entière réalisation de l’égalité des droits entre tous les travailleurs français et immigrés, et ceux qui veulent conserver des privilèges, des statuts et des positions incompatibles avec cette égalité des droits. Ces discriminations sont le fruit d’une corruption généralisée de la politique bourgeoise et nationale de l’après-guerre, qui s’est réalisée sur le dos des masses exploitées des pays dominés par l’impérialisme.

Cette politique impérialiste visait aussi à diviser le prolétariat entre une aristocratie ouvrière qui bénéficiait elle-même de “certains avantages” (à présent d’ailleurs remis en question du fait de la crise) et des couches surexploitées, particulièrement les immigrés, mais aussi les femmes, les jeunes.

Seulement une lutte réelle peut permettre de surmonter cette division. En pratique il ne s’agit pas seulement de mener une agitation contre le racisme et les discriminations, mais aussi de contribuer à un véritable travail d’organisation prolongé, partant des problèmes réels qui se posent aux travailleurs immigrés et des initiatives comme cette marche contre le racisme et pour l’égalité, et en ripostant coup par coup aux crimes et aux expulsions et aux cas de répression. C’est ainsi qu’il sera possible de réaliser concrètement l’union des travailleurs de toutes races et de toutes nationalités contre les défenseurs de l’ordre et des discriminations bourgeoises, qu’ils soient de droite ou de gauche.

NON AUX ATTENTATS RACISTES ! POUR UNE AUTO-DÉFENSE OUVRIÈRE DANS LES QUARTIERS !

NON AU CONTRÔLE DE L’IMMIGRATION ! RÉGULARISATION DE TOUS LES SANS-PAPIERS !

CARTE DE 10 ANS POUR TOUS !

ÉGALITÉ RÉELLE DES DROITS SOCIAUX ET POLITIQUES, ASSEZ DE PROMESSES DÉMAGOGIQUES !

A BAS LE CHAUVINISME ET L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS, QUI FAIT LE LIT DU RACISME !

POUR L’UNION COMBATTANTE DES TRAVAILLEURS IMMIGRES ET FRANÇAIS !

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