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Algérie : une clémence très sélective

Article paru dans Le Prolétaire, n° 378, juillet 1984, p. 14

Colonnade, patio of the Palace of Culture Moufdi Zakaria, 1984, Algiers. Algeria, 20th century. (Photo by DeAgostini/Getty Images)

Dans le style grandiloquent qui lui est habituel pour les grandes occasions, El Moudjahid du 14 juin annonce la libération par Chadli d’environ 90 détenus politiques “ayant commis des erreurs vis-à-vis de la Révolution et de la Patrie. (…) Une des plus grandes vertus d’une Révolution est de savoir accorder son pardon à ceux qui ont pu douter d’elle jusqu’à l’égarement et à l’inconséquence”.

En réalité cette clémence attendrissante concerne presque exclusivement des bourgeois (des ben bellistes, dont deux anciens ministres, et des intégristes). Les ouvriers, les jeunes révoltés, les militants révolutionnaires, sont laissés pour compte et croupissent toujours dans les prisons, livrés à la torture et à l’isolement.

L’Etat bourgeois algérien cherche à présenter une façade libérale et sans faille après une vague massive d’arrestations de militants du mouvement culturel et syndical, du mouvement de femmes, de 11 présumés militants de l’OST (Organisation Socialiste des Travailleurs), de ben bellistes, et aussi, pour faire bonne mesure, de quelques extrémistes religieux.

Ces arrestations visaient à désamorcer préventivement une éventuelle flambée sociale (comme celle qui a secoué le Maroc et la Tunisie récemment), avant de nouvelles mesures d’austérité.

Le nombre exact de détenus politiques et sociaux en Algérie est impossible à évaluer. De nombreuses personnes sont gardées au secret pendant des années, sans même être inculpées C’était le cas de plusieurs de nos camarades, emprisonnés en 78, torturés par la Sécurité Militaire, et emprisonnés à Lambèse.

Ce n’est que par le travail du comité RIPRA (Riposte à la Répression en Algérie) et de notre parti (qui était à son origine et qui l’a influencé jusqu’en 82) que leur cas a été connu, qu’ils ont été jugés en 80 et enfin tous libérés en 82.

Mais RIPRA a également fait connaître et a pris la défense de nombreux autres emprisonnés, œuvrant pour que le mouvement social, en particulier depuis le printemps 80, reprenne la revendication de leur libération (1). L’agitation pour la libération des prisonniers politiques est devenu une réalité dont l’Etat est obligé de tenir compte et qu’il cherche à désamorcer par des mesures sélectives.

Même si la lutte sociale en Algérie subit un reflux et une dure répression, l’aggravation de la situation des masses laborieuses sur tous les plans (emploi, salaire, logement, nourriture, santé), l’arrogance et la richesse de plus en plus ostensibles de la bourgeoisie engendreront forcément de nouvelles explosions sociales.

La tâche prioritaire des révolutionnaires dans ces conditions est de promouvoir parmi les masses ouvrières et déshéritées des formes d’organisation aptes à résister à la répression et à coordonner les manifestations de révolte et les grèves. Faire connaître les prisonniers politiques et exiger leur libération, sans s’arrêter aux vedettes qui viennent de connaître la grâce présidentielle, constitue un des axes de ce travail d’agitation et d’organisation.


1) Signalons pour la prison de Lambèse, les cas de :
HAROUN Mohamed, condamné à perpétuité.
KACI Lounès, condamné à 20 ans.
CHERADI Hocine, condamné à perpétuité.

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