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Akli Bounane : “Comme à Oradour !”

Article d’Akli Bounane paru dans Le Libertaire, n° 450, 27 octobre 1955, p. 2

Algiers, Algeria: with the cancelling of a special session of the Algerian assembly scheduled to discuss political integration, new outbreaks are feared in the Rebel-roamed southern regions of Algeria. Duringa skirmish between rebel bands and a Nomad foreign Legion Company near Qued El Hamman between Arris and T’kout in the Aures Mountain region, a wounded legionnaire points oit a rebel lair to his comrade.

Un travailleur algérien écrit au “Libertaire” :

ONZE notables du Douar Aït R’zine ont été assassinés par les forces colonialistes.

Ben Ali Cherif qui est le grand seigneur féodal de la région de Bougie
et la main droite du gouvernement colonialiste français, ainsi que Mesbah,
élu à l’Assemblée algérienne sur la liste « indépendante » (administrative)
(soutenu pendant la campagne électorale à Guendouz par ces onze), attendront en vain que ceux-ci viennent leur souhaiter la prochaine fête d’El Mouloud.

Ces onze notables, amis des deux précédents, n’avaient pas d’activités politiques. Ils dirigeaient les deux Medersa (écoles primaires arabes) et étaient commerçants, propriétaires ou artisans.

Pourquoi ont-ils été tués ? Il y a quelques jours, les partisans avaient exécuté le garde champêtre, le Khodja et un gardien d’école. De plus, ils avaient fait sauter deux bulldozers utilisés au nivellement des routes pour transporter les forces armées à travers les Djebels (régions montagneuses).

En mesure de représailles, l’administrateur de le commune mixte d’Akbou ordonne au commandant d’encercler le village à 1 heure du matin. Vers 4 h. 30, les perquisitions commencent, les militaires, les gendarmes, les C.R.S. brisent les jarres d’huile, la vaisselle, volent les bijoux, l’argent et tout ce qui a une valeur précieuse, versent les granges de céréales, maison après maison, bousculent les femmes, les enfants, les vieillards.

Mais tout cela ne suffit pas à l’administrateur sanguinaire. Pour bien se satisfaire, il faut qu’il crée un Oradour dans ce douar. Les soldats choisissent 11 notables et ils les fusillent devant les yeux de toute la population.

Nous, travailleurs algériens, nous disons aux masses laborieuses françaises, en particulier à ceux qui sont rappelés, que la répression consiste à massacrer sommairement des gens innocents, honnêtes, qui ont subi et subissent encore les conséquences de l’impérialisme, c’est-à-dire la terreur, la misère et l’exploitation, comme les avaient subis le peuple de France et notre peuple à ses côtés pendant l’occupation nazie.

C’est contre ces gens-là que votre gouvernement vous conduit à combattre pour maintenir la présence de Borgeaud, Blachette, des trusts de St-Gobain, les seigneurs de la vigne et de l’alfa.

Ne vous laissez donc pas conduire comme des moutons pour assassiner un peuple qui lutte contre le colonialisme.

Pour notre part nous préférons offrir des difas (invitation familiale) aux camarades français plutôt que des balles meurtrières.

AKLI
(travailleur algérien en France.)

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