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Peut-il y avoir un « putsch » ?

Article paru dans Tribune ouvrière, n° 81, janvier 1962, p. 2-4


Pour que le fascisme ne passe pas les organisations ouvrières nous font crier dans la rue « qu’il ne passera pas ». D’un côté des gens armés de plastic et de mitraillettes avec des complices dans la police, l’armée, le gouvernement, avec 80 députés qui les soutiennent ; de l’autre des ouvriers dignes et calmes qui de temps en temps se réunissent pour chanter la Marseillaise.

S’il y a un danger fasciste aucun doute, il passera : les Marseillaises n’ont aucun effet contre la poudre. Mais y a-t-il un danger fasciste ? Les patrons ont-ils intérêt à avoir un gouvernement fasciste ?

Depuis plusieurs gouvernements la situation de la bourgeoisie française n’a jamais été aussi prospère. Les actions ne cessent de montrer et Giscard d’Estaing, le nouveau trésorier, avoue qu’il est le premier ministre des finances qui ait trouvé les caisses pleines. Les capitalistes se portent bien il ne se sont jamais portés aussi bien et cela non pas grâce à Salan mais grâce à de Gaulle non pas grâce au plasticage mais grâce à la politique dite sociale du Général.

La Bourgeoisie française serait la dernière des imbéciles si elle voulait troquer son Général-Président contre un autre militaire, celui-là c’est du sûr, l’autre… on ne sait pas.

Mais il y a une petite minorité de Bourgeois qui préfèrent les étoiles de Salan à celles de de Gaulle parce que ce dernier abandonne les colonies, mais c’est une minorité. Cette minorité est-elle un danger ? Pour nous ouvriers certainement mais pas comme nous le disent nos syndicats. D’abord cette minorité O.A.S. ne peut pas prendre le pouvoir. Pour prendre le pouvoir il lui faudrait :

a) la grosse majorité de l’armée, l’O.A.S. n’a aucun pouvoir sur cette majorité qui est le Contingent,

b) l’appui financier des banques et des grosses industries. Là aussi les banquiers et les capitalistes sont dans leur majorité gaullistes.

c) avoir un parti structuré de 200.000 membres au moins prêts à prendre la direction de toutes les administrations. L’O.A.S. en métropole n’a que des tueurs à gages et quelques sympathisants.

Ces trois conditions ne sont pas réunies et si demain un régiment de parachutistes prend l’Elysée, ce régiment serait incapable de faire fonctionner toutes les usines, les trains, les Centrales électriques, les perceptions, les Mairies, etc… Pour cela il lui faut un personnel dévoué qui puisse être réparti dans toute la France pour faire exécuter les ordres de l’O.A.S. Pour le moment le seul personnel qu’il y a de disponible est un personnel à exécuter les ordres du gouvernement gaulliste. Ce sont des hauts fonctionnaires qui sont dévoués à leur patron et qui n’en changeront que s’ils sont convaincus que leur nouveau patron a des chances de se maintenir. Salan n’a pas encore atteint la cote de de Gaulle et les hauts fonctionnaires ne bougeront pas. Quand Hitler a pris le pouvoir en Allemagne il avait tout cela avec lui : L’ARMEE, LA POLICE, UN PARTI de PLUS de 200.000 MEMBRES, DES GARDES D’ASSAUT et 11.000 d’électeurs, c’est-à-dire 39,1 % des électeurs.

Hitler déplaçait en une seule journée plus de 300.000 personnes pour l’écouter. Bidault allié à Le Pen n’en déplacent pas 3.000.

L’O.A.S. ne risque pas de prendre le pouvoir, ce qu’elle fera par contre c’est de durcir le pouvoir contre les ouvriers. De Gaulle, bien qu’il reste le grand patron, fera des concessions aux plastiqueurs parce que l’O.A.S. est la seule force politique qui remue. Les forces de gauche avec leurs milliers d’adhérents ne sont capables que de dire « LE FASCISME NE PASSERA PAS ».

Alors ce n’est pas le fascisme qui passera mais de GAULLE QUI DEVIENDRA DE PLUS EN PLUS FASCISANT, il capitulera devant l’O.A.S. tout en gardant le pouvoir. Si de Gaulle ne négocie pas c’est que l’O.A.S. ne veut pas qu’il négocie. La solution c’est que les travailleurs appuient dans le sens opposé, que les travailleurs se solidarisent avec les Algériens, que les manifestations ouvrières n’aient pas le caractère d’une foire mais d’un combat, que l’on organise le contingent contre la guerre, que l’on réponde coup par coup à l’O.A.S. Dans ce cas de Gaulle sera bien obligé de capituler aussi devant cette force, il le fera de moins bonne grâce mais il négociera : la guerre sera finie et la guerre finie l’O.A.S. n’existera plus.

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