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René Lustre : Les manifestations des ouvriers allemands étaient justifiées

Article de René Lustre paru dans Le Libertaire, n° 366, 25 juin 1953, p. 1

Leipzig, um den 17. Juni 1953

DANS un coup de tonnerre, le prolétariat allemand de la zone soviétique annonçait, le 17 juin, aux travailleurs du monde qu’il était encore un fois à l’avant-garde du mouvement ouvrier.

Depuis ce jour, que l’on peut qualifier de magnifique, tous les révolutionnaires portent à nouveau leurs yeux vers cette Allemagne qui a connu, après la Révolution russe d’octobre, les grands moments des luttes révolutionnaires des travailleurs. Le silence, qui était retombé sur le mouvement ouvrier européen depuis la grande époque de 1936 en France et en Espagne, est rompu.

Il n’est pas exagéré de dire que la mobilisation du prolétariat de l’Europe occidentale qui se refait lentement et dont la température a été donné par les dernières élections en France et en Italie, avait besoin du coup de colère des travailleurs de la zone soviétique allemande, de cet appel héroïque de la classe ouvrière de l’autre côté du rideau de fer.

Ainsi les expériences tragiques du prolétariat allemand depuis vingt ans n’auront pas été vaines. Et malgré l’attitude ignoble, les mensonges crapuleux des partis communistes occidentaux pour cacher la vérité sur l’affaire de Berlin-Est, l’hypothèque de la bureaucratie russe sur le mouvement ouvrier est prête d’être levée. Cette bureaucratie paiera même bientôt l’insulte qu’elle a faite à tous les travailleurs, en traitant les ouvriers allemands en révolte de fascistes. Elle paiera aussi le sang qu’elle a fait couler, qu’elle fait encore couler par sa répression féroce de l’émeute. L’explication des partis communistes que cette émeute aurait été fomentée par des provocateurs venus de la zone occidentale ne convaincra pas. Si pour le moment les travailleurs occidentaux, saisis par ce coup de tonnerre admettent cette argumentation, ils poseront bientôt des questions, ils voudront savoir la vérité. Ils ne comprendront pas que des centaines de milliers d’ouvriers dans toute la zone soviétique aient répondu aveuglément à quelques provocateurs.

La presse bourgeoise a applaudi la colère des travailleurs de Berlin et la presse sociale-démocrate lui donnait le ton.

Que cela allait bien au parti socialiste français, lui qui sut donner à la bourgeoisie française des ministres pour assassiner les mineurs du Nord en 1947 et organiser la répression en Indochine et en Afrique du Nord !

La joie des « chèquards » sociaux-démocrates débordaient tant qu’un de leur porte-parole, le journal « Franc-Tireur », offrit à ses lecteurs une photographie où des Berlinois brûlaient le drapeau rouge. Et si cela était, il aurait encore fallu expliquer qu’en brûlant le drapeau, ce n’était pas le drapeau rouge de la révolution qu’ils brûlaient, mais le drapeau de la dictature soviétique. Mais l’occasion était trop belle pour ces traîtres, ces flics de la bourgeoisie pour donner libre cours à leur haine de la révolution, pour tenter de montrer que la révolution, c’était les chars soviétiques qui écrasaient les ouvriers en révolte.

L’émeute de Berlin-Est suit de peu les incidents violents survenus à Plzen et à Moravka-Ostrava, en Tchécoslovaquie. Et ici comme là les causes de ces émeutes sont le mécontentement populaire devant des mesures qui n’ont rien à voir avec l’intérêt du prolétariat que prétendent représenter et défendre les gouvernements « communistes ». Les dernières mesures concernant une réforme monétaire en Tchécoslovaquie, une augmentation des normes de travail sans aucune compensation pour les travailleurs, en Allemagne, ont fait éclater la colère populaire. Et ce mécontentement a explosé juste au moment où la bureaucratie qui pressentait ces explosions desserrait l’étreinte politique.

Le caractère double du régime soviétique était difficilement acceptable par les travailleurs de cette Europe orientale aux traditions révolutionnaires. S’il est peut-être indiscutable qu’il y eut un grand enthousiasme de ces classes ouvrières lors de l’instauration par l’armée rouge du pouvoir communiste qui liquida l’ancien État bourgeois pour étatiser les moyens de production et planifier l’économie, très vite les travailleurs se rendirent compte que tout le bénéfice de cette nouvelle situation allait à la bureaucratie de l’État et du parti.

Ainsi l’épreuve de force a commencé à l’intérieur du monde soviétique entre les gouvernements et les masses populaires. L’issue de cette lutte ne pourra être que le balayage de la bureaucratie politique et la gestion directe de l’appareil de production par les travailleurs.

Le troisième front se saisit maintenant dans tout son sens réaliste. C’est le combat prolétarien international sous ses deux aspects : d’un côté la lutte politique et économique contre la bourgeoisie réactionnaire, de l’autre la lutte pour enlever la direction politique et économique du régime soviétique à la caste bureaucratique.

La Révolution internationale se lève contre les Barbaries.

René LUSTRE.

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