Article de Jean-Paul Finidori paru dans La Révolution prolétarienne, 13e année, n° 240, 10 février 1937

« La liberté pour tous. » Mais vous ne la voulez que pour vous et pour vous seulement.
IMACHE AMAR, de l’Etoile Nord-Africaine.
Décidément, les socialistes de gouvernement paraissent s’être donné pour tâche de rendre le socialisme odieux à tous les coloniaux.
La loi sur le droit de vote à 20.000 indigènes algériens n’est encore qu’à l’état de projet et voilà que le ministre de l’Intérieur, le socialiste Marx Dormoy, dissout l’Etoile Nord-Africaine !
On n’attend même pas d’avoir donné pour prendre.
Quel souci de donner des gages aux colonialistes ! C’est incroyable.
La peur du Sénat, une fois de plus ! Pour enlever le vote de l’ordre du jour des suppôts de la réaction, on a d’avance jeté du lest. Et Roux-Freissineng, devant une aussi évidente bonne volonté, ne pouvait faire autrement que de s’incliner.
Aussi, l’action de capital du domaine de Kéroulis progresse-t-elle de 20 francs. Et le chroniqueur du Journal des finances peut-il espérer que la dissolution de l’Etoile Nord-Africaine ne sera que « le point de départ d’une intervention plus énergique pour maintenir le calme en Afrique du Nord ».
Car, ce qui préoccupe surtout nos colons français, ce n’est pas tant le caractère nationaliste de l’Etoile Nord-Africaine, ce n’est pas tellement le « mot d’ordre » importé il y a quelques années par les élèves des écoles léninistes de France – lesquels, d’ailleurs, sont les premiers à poignarder dans le dos ceux qu’ils défendaient hier – ce sont les revendications immédiates du programme de cette organisation :
Liberté de la presse, de réunion et d’association ; le droit de voyager librement entre la France et l’Algérie ; l’égalité devant le service militaire ; l’application des lois sociales et ouvrières ; la suppression des délégations financières et son remplacement par un parlement algérien élu au suffrage universel sans distinction de race ni de religion ; la suppression de la justice administrative ; l’aide aux ouvriers chômeurs dont le nombre augmente tous les jours.
Il est certain que dans un pays où le salaire de l’ouvrier indigène varie de 4 à 8 francs par jour, pays où n’existe ni secours de chômage ni allocations familiales, les raisons de mécontentement persisteront, même quand on aura accordé à 20.000 musulmans tous les droits de citoyen français.
C’est qu’il restera encore des millions d’Algériens à être intéressés par le programme immédiat de l’Etoile Nord-Africaine !
Voilà pourquoi financiers de France et colons français d’Algérie se réjouissent de sa dissolution et comptent sur le gouvernement pour réduire les mécontents. Un gouvernement de Front populaire !
Ce Front populaire, dont l’Etoile Nord-Africaine fait partie et dont on avait monte l’adhésion en épingle et fait valoir l’allant à l’occasion de toutes les manifestations monstres organisées l’été dernier.
Car enfin nul n’ignorait au moment de son adhésion quels étaient les buts de l’Etoile Nord-Africaine.
Et pourtant, aucune des organisations participantes n’a encore osé se dresser contre sa dissolution.
Les ravages faits par Moscou seraient-ils donc si grands qu’il ne se trouve au moins des syndicats, à défaut de la Confédération tout entière, pour demander réparation ?
Passe encore pour les communistes dont la trahison à tous les principes internationalistes n’étonne même plus personne, mais les autres ?
Camarades syndicalistes, faites au moins entendre votre voix.
Les travailleurs nord-africains, vous les avez vus å l’œuvre de tout temps, mais particulièrement depuis juin.
C’est avec eux, avec leur concours et aussi leur sang (1) que vous avez ensemble fait reculer les patrons.
Vous devez leur manifester votre solidarité.
J.-P. FINIDORI.
(1) L’assassin d’Acherchour, le savonnier Cusinberche de Clichy, est libéré par la magistrature « impartiale » du gouvernement de Front populaire.

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