Article paru dans La Lutte ouvrière, organe du Parti ouvrier internationaliste, 2e année, n° 30, 5 février 1937, édition spéciale

Les patrons ont tué Acherchour et les domestiques dissolvent l’Etoile Nord-Africaine !
Il faut imposer le droit pour les coloniaux de s’organiser librement !
Solidarité de classe avec les Travailleurs Nord-Africains
Mardi, 2 février, la Ligue pour la Défense des Droits des Nègres organisait, à la Mutualité, un meeting pour protester contre la dissolution de l’Etoile Nord-Africaine. Vers 19 h. 45, un imposant service d’ordre bouchait les accès de la Mutualité pour signifier que ce meeting n’aurait pas lieu. Les nombreux Nord-Africains qui étaient venus pour assister à ce meeting, durent s’en retourner.
POUR DEFENDRE L’IMPERIALISME FRANÇAIS ET PREPARER LA GUERRE, LE GOUVERNEMENT ET LES STALINISTES ONT DISSOUS L’ETOILE NORD-AFRICAINE
Il n’est nullement surprenant qu’à l’approche de la guerre impérialiste, la répression s’accentue contre les organisations qui ont un caractère anti-impérialiste.
Ce qui est aujourd’hui caractéristique, c’est que les « communistes » (sic) et les « socialistes » (sic) sont à l’avant-garde de cette répression.
L’Etoile Nord-Africaine, organisation groupant les travailleurs nord-africains, sur des revendications démocratiques et d’émancipation nationale, vient d’être dissoute par le Gouvernement de Front Populaire, d’une manière encore plus réactionnaire et odieuse, qu’elle avait été dissoute par les précédents gouvernements radicaux d’union nationale. On a même manœuvré pour éviter toute possibilité d’appel devant les tribunaux !
Les travailleurs nord-africains de cette organisation avaient participé à toutes les actions et manifestations de lutte contre le fascisme.
Toutes les fois que, dans une usine, le patronat féroce s’efforçait d’utiliser les travailleurs nord-africains contre les ouvriers français, l’Etoile intervenait pour prêcher la solidarité de classe. Elle n’acceptait pas que l’impérialisme divise les exploités métropolitains, en se servant des esclaves coloniaux !
Elle luttait contre l’impérialisme ! Mais c’est précisément pourquoi le parti qui s’intitule, par le plus singulier paradoxe, « communiste », a complètement trahi l’Etoile Nord-Africaine. Mieux, il réalise « l’amalgame » qui nous est devenu familier à nous autres « trotskystes ». Il répand le bruit que l’Etoile Nord-Africaine est une organisation fasciste ! ! ! Il prépare une grande attaque d’envergure sur ce terrain bassement policier et typiquement stalinien. Quelle leçon pratique pour ceux qui n’auraient pas compris « le Procès de Moscou » !
Il n’est pas besoin de dire que, dans cette lutte qui est une lutte contre l’impérialisme, le Parti Ouvrier Internationaliste et ses Jeunesses sont aux côtés de l’Etoile Nord-Africaine qu’ils veulent aider de leur mieux et de toutes leurs forces.
D’abord pour faire révoquer le décret infâme de dissolution et arracher leur droit de s’organiser librement.
Ensuite, nous entendons appuyer toute action de lutte contre l’impérialisme pour les libertés démocratiques, pour la conquête de revendications économiques sur un pied d’égalité avec les travailleurs de la Métropole.
Nous pensons, conformément au programme communiste, que le peuple algérien doit être entièrement libre de décider de ses destinées jusques et y compris la séparation, s’il le veut.
Pour cela, il faut le consulter et lui permettre de s’exprimer. Il faut lutter pour une Constituante du peuple algérien qui déterminera sa volonté et sa constitution. Il faut démasquer les projets du style Viollette qui sont une caricature impérialiste destinés à utiliser certains gros algériens contre le peuple !
Ci-dessous, l’article de Imache Amar, de El Ouma, organe de l’Etoile Nord-Africaine, caractérisant la grande trahison :
Ils nous ont trahis
Le Front Populaire est parjure. Le Front Populaire a immolé un de ses membres avec l’appui des Communistes
L’Etoile Nord-Africaine, adhérente au Front Populaire, vient d’être dissoute par ce même Front Populaire !
Le parti politique qui avait le plus recherché l’alliance avec nous et sur qui beaucoup des nôtres croyaient pouvoir compter, s’est fait l’adversaire le plus acharné et le complice du gouvernement qui vient de nous dissoudre.
Les attaques les plus insensées et les plus injustifiées n’avaient pour but que de préparer l’opinion au coup terrible que le gouvernement s’apprêtait à porter à une organisation de travailleurs musulmans.
Ali Boukort, que l’on veut placer comme vedette en Algérie, était chargé par ses maîtres de commencer l’attaque, et les accusations les plus stupides étaient imprimées, noir sur blanc, dans La lutte sociale d’abord, puis dans L’Humanité.
« Hitlériens », nous qui avons combattu le fascisme et souffert par lui plus qu’aucune organisation ou parti ?
Hitlériens, nous qui nous sommes placés aux côtés des travailleurs dès la première minute ? Nous qui avons manifesté avec le peuple et qui avons soutenu sa lutte en toutes circonstances ? Allons donc, messieurs les « camarades prolétaires » ! Il n’y a pas un travailleur sensé et honnête qui puisse croire à vos sornettes. Dites plutôt que vous avez pris la place de l’impérialisme ou que vous avez endossé sa livrée et que vous êtes devenus des chauvins de la pire espèce alliés du colonialisme. Il y a d’ailleurs longtemps qu’on s’en doutait et ce n’est un mystère que pour les aveugles ou les fanatiques.
Car enfin le programme de l’Etoile date de 1926.
Depuis cette date, vous connaissiez son programme et aussi ses dirigeants. Le connaissant, vous l’aviez approuvé par vos déclarations ; mieux, vous l’aviez soutenu et défendu par vos avocats et cela jusqu’en juin 1936. C’est-à-dire tant que vous n’étiez pas au pouvoir. C’est-à-dire avant que vous ne chantiez la Marseillaise et avant que ceux que vous appeliez les « gueules de vaches » ne soient devenus des « camarades généraux ». Du changement ? Certes, il y en a eu, mais pas chez nous. Si la préoccupation de la « défense nationale » vous laissait un peu de répit, vous pourriez peut-être vous rappeler votre ancienne doctrine qui était pour la défense des opprimés et la libération des colonies. Mais c’était à l’époque où vous étiez contre la bourgeoisie et contre la guerre. Aujourd’hui, vous êtes vous-mêmes devenus bourgeois et vous êtes plus qualifiés que quiconque pour faire sur-armer votre patrie et opprimer vos esclaves.
C’était inattendu, beaucoup des nôtres n’osent pas en croire leurs yeux. Mais chacun sera obligé de se rendre à l’évidence. Chacun y trouvera aussi un avant-goût du paradis qui nous attend quand vous vous serez complètement au pouvoir, quand le Soviet régnera en maître.
Nos compatriotes s’en aperçoivent déjà en certaines usines où ils ont à choisir entre la carte du parti, en plus de celle du syndicat, ou la porte. Et l’ombre du malheureux Acherchour est à peine effacée que traitez les Nord-Africains d’antifrançais, dans le journal des prolétaires. Ce n’est pas seulement de l’audace, mais du pur cynisme, et c’est une odieuse provocation à l’égard de nos frères. En faisant passer pour fascistes ceux-là même qui se sont attiré la haine du fascisme, vous ne ferez que provoquer un antagonisme entre les ouvriers français et algériens. Mais cela ne vous inquiète peut-être plus. Le danger fasciste est sans doute écarté maintenant.
La fraternité avec « les camarades nord-africains » était bonne quand ce danger était menaçant. A ce moment là, l’appoint de l’Etoile Nord-Africaine était excellent. Vous nous avez admis au Front Populaire.
Mais maintenant, il faut nous noyer et, pour cela, il faut nous faire passer pour enragés. Soit, messieurs les « défenseurs des opprimés », vous avez la main près du manche, frappez. Mais frappez fort car nous sommes durs à mourir. D’autres, comme vous le savez, ont déjà suffisamment cogné sans résultat ; vos coups, même donnés en traître, ne feront que nous rendre plus vigoureux. Et quelle que soit l’issue du combat, nous serons vainqueurs.
D’abord parce que l’Algérie et les Algériens sont nôtres, ensuite parce que l’opinion française elle-même vous confondra et vous condamnera si votre conscience ne vous inflige pas le châtiment d’avoir renié votre doctrine, piétiné vos promesses et parjurer le serment du 14 juillet 1935. « Le pain, la paix, la liberté. »
« La liberté pour tous. » Mais vous ne la voulez que pour vous et pour vous seulement.
IMACHE AMAR.

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