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Abdelkader Hadj Ali : Mosquée de Paris… et Mosquées de Damas

Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Ali Baba paru dans La Lutte Sociale, dix-septième année, n° 402, 23 juillet 1926

L’impérialisme français est d’un cynisme révoltant. Il prend les Musulmans pour des imbéciles, Des chiens qu’on peut battre et qui pour un morceau de sucre vous lècheraient les mains. Mais, qu’il se rassure, les indigènes ne sont pas dupes de ses manœuvres.

Le 14 juillet, dans le programme des cérémonies patriotardes, avec la revue militaire, il a imaginé l’inauguration de la Mosquée du Jardin des Plantes.

Soldat inconnu, Mosquée réclame. C’est dans l’ordre du régime capitaliste ; on fait commerce de tout.

Bien sûr que les Musulmans ne seront pas dupes de cette grossière propagande. Leur mémoire n’est pas si courte.

Ils savent que cette mosquée n’est pas la leur. Ce n’est pas celle dans laquelle ils peuvent, en toute liberté, invoquer toutes leurs souffrances ; ce n’est pas celle où pendant les heures de prière alignés et se serrant les coudes, ils peuvent faire des vœux de délivrance. Trop de traîtres se faufileraient dans leurs rangs, trop de Judas à la solde de l’impérialisme français, viendraient là pour dénoncer le sens réel de leurs invocations : Appel de colère et de révolte.

A cette cérémonie, la place est réservée aux renégats indigènes : tous ces caïds, aghas, bach-aghas, noceurs et cruels, tous ces bourgeois indigènes serviles, ces marabouts et clergé corrompus, ces sultan et bey de paille, domestiqués à l’impérialisme français. Sans vergogne ils communieront dans ce même lieu avec le militarisme assassin du conquérant, avec ses curés abrutisseurs, avec tous les colonialistes et les requins capitalistes.

On fêtera en présence de catins et de touristes avides d’originalité la « victoire » de la Marne … et la mort des centaines de milliers de Musulmans sur les champs de carnage capitalistes.

On jettera des fleurs sur les victimes disparues, et on essaiera d’asservir les survivants en les intoxiquant de sophismes : Mère-Patrie, la France nation musulmane, la France, protectrice de l’Islam et autres balivernes.

Fumistes ! Les Musulmans ne peuvent croire à ces mensonges ; ils n’ont pas encore oublié les bombardements du Maroc et de Syrie. Ils savent que leurs universités, leurs mosquées ont été remplacées par des casernes, des bagnes et des marabouts.

Ils se rappellent que Damas, la capitale célèbre des Omeyades, ce joyau de l’art musulman, si respecté, fut bombardée, au ralenti, pendant plus de 60 heures par les soudards français. Par un esprit sadique de destruction, ils incendièrent musées, asiles, écoles et mosquées.

La destruction systématique des mosquées a édifié les Musulmans sur le genre de sympathie qu’affiche l’impérialisme français à l’égard de l’Islam. Ce n’était pas seulement l’édifice cultuel que son militarisme visait, mais aussi la vie des Musulmans.

En livrant les mosquées à la proie des flammes, il savait qu’il anéantissait des milliers de vies humaines paisibles : particulièrement des femmes, des enfants et des vieillards. On savait que les Syriens s’y refugiaient comme dans un domaine inviolable pour échapper au massacre. Les innocents martyrs, ils ne connaissaient pas encore le barbarisme de l’impérialisme français.

Les statistiques de la Municipalité de Damas, accusent, pour le premier bombardement, les chiffres de 1.456 victimes, dont 117 enfants âgés de moins de cinq ans et 249 femmes !

Ce crime, les Musulmans ne l’oublieront jamais. Ils se rappelleront aussi des récents assassinats de Musulmans riffains. La presse de leur oppresseur leur a souvent annoncé que des tonnes de bombes incendiaires avaient été jetées avec succès sur les villages marocains, semant la terreur, la ruine et la désolation.

C’est pour cela qu’aucun Musulman de cœur n’est allé à la grotesque et insolente comédie qui s’est jouée le 14 juillet dans la rue Geoffroy-Saint-Hilaire.

L’impérialisme français, comme l’impérialisme anglais ou italien, veut s’accaparer de la Force spirituelle que détient la religion musulmane pour consolider ses buts de domination et d’exploitation chez les peuples musulmans.

Mais la masse de ses esclaves, celle qui souffre de son oppression, celle qui conserve la foi islamique non pas tant que fanatisme religieux, mais parce qu’elle représente le lien de solidarité qui unit des opprimés d’une même religion, cette masse d’exploités n’ira pas se confondre avec les vendus, qu’ils soient bey ou sultan, et ne mettra pas sa main dans celle de ses bourreaux, encore ruisselante du sang des Musulmans de Damas, du Riff et d’ailleurs.

Ali Baba.


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Nedjib SIDI MOUSSA