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Communisme et religion

Article signé Mourad paru dans La Lutte Sociale, 25e année, n° 4, du 15 au 30 juin 1934

Les colonialistes français emploient tous les moyens, même les plus mensongers, pour détourner les travailleurs arabes et kabyles de leur parti de classe : le parti communiste

C’est dans ce but qu’ils font répandre par leur presse et par les discours de leurs valets cravatés de la Légion d’honneur, une légende qui présente les communistes comme des gens essentiellement préoccupés de détruire la religion musulmane et qui présente l’Union des Républiques soviétiques comme un Etat se livrant à des persécutions contre les travailleurs croyants.

Ils pensent que de cette façon les ouvriers et les paysans musulmans se refuseront de suivre, à l’appel du Parti communiste, la voie de la lutte contre l’impérialisme, la voie de la lutte des exploités contre les exploiteurs, qui seule peut aboutir à mettre fin à leur misère et à leur asservissement.

Fidèles à leur vieille tactique du « diviser pour régner », les colonialistes essayent ainsi de dresser les ouvriers qui croient en Dieu contre les ouvriers qui ne croient pas en Dieu, ou les ouvriers d’une religion contre ceux d’une autre religion. Il est clair que s’ils réussissaient cela, la classe ouvrière et la paysannerie arabes et kabyles privées de guide dans la lutte libératrice et divisées contre elles-mêmes seraient totalement impuissantes à combattre pour leurs revendications et pour leurs droits même les plus élémentaires. Il en résulterait alors – et c’est précisément ce que cherchent les colonialistes – une aggravation de l’exploitation ct de l’oppression déjà si terribles de la population laborieuse de notre pays.

Aux accusations des colonialistes et de leur presse, il faut répondre clairement que les communistes, disciples de Marx et de Lénine, se sont toujours dressés contre toute tentative de mettre au premier plan la lutte contre l’idée religieuse. Il faut répondre que le programme de l’Internationale Communiste (adopté en 1928), ne prononce aucune déclaration de guerre contre les croyances religieuses. Il faut répondre que jamais les communistes ne mèneront contre la religion une lutte qui risquerait de diviser les forces révolutionnaires et anti-impérialistes.

LES BASES SOCIALES ET NATIONALES DU SENTIMENT RELIGIEUX

Cependant, diront certains, votre doctrine repose sur une philosophie athée sur le matérialisme dialectique et avec Marx et Lénine vous pensez que la religion est l’opium du peuple. C’est vrai, Mais c’est précisément parce que notre doctrine nous a appris quelles sont les sources véritables de la religion que nous ne tomberons pas dans l’erreur grossière de ceux qui, comme les propagandistes petits bourgeois à la Lorulot, déclarant que la lutte contre les croyances religieuses doit être mise en avant sans se préoccuper de la lutte des classes et de la lutte des peuples opprimés.

Pourquoi l’énorme majorité de la population laborieuse d’Algérie, et surtout la paysannerie, croit-elle en Dieu ?

Parce que gémissant sous le double poids d’une exploitation économique terrible et de l’odieuse oppression coloniale, elle ne voit pas encore l’issue révolutionnaire libératrice, elle se croit encore impuissante, elle désespère encore de voir la fin de ses misères dans ce monde. Alors, elle rêve d’un monde céleste où les pauvres seront heureux et où ceux qui ont souffert injustement seront dédommagés. L’idée religieuse si répandue en Algérie comme dans tous les autres pays arabes colonisés, n’est donc que le produit et le reflet de l’exploitation et de l’oppression des masses indigènes par l’impérialisme et ses valets féodaux arabes.

L’attachement aux idées religieuses dans les pays opprimés est aussi un aspect de la volonté des masses de se différencier de l’oppresseur étranger et de marquer une hostilité fondamentale à son égard.

Quelquefois même certaines luttes (comme celle des Wahabites) menées sous le drapeau du retour aux principes primitifs de l’Islam, présentent certains aspects d’un soulèvement des masses contre l’oppresseur impérialiste.

LA RELIGION MOYEN D’ASERVISSEMENT

Mais les communistes savent aussi que l’impérialisme français et ses alliés, les féodaux indigènes et aussi les bourgeois national-réformistes, utilisent les idées religieuses dans le sens de leurs intérêts de classe.

Par exemple, en subventionnant les muphtis et les imans, l’impérialisme français en a fait, en Algérie, les agents soudoyés de sa propagande dans les mosquées où, sous couvert de religion, ces prétendus serviteurs de Dieu servent le capital et prêchent la fidélité envers l’impérialisme exploiteur et oppresseur.

Un autre exemple encore est celui des marabouts qui, comme celui de Mostaganem, sur l’ordre du Préfet et des gros colons, prêche aux ouvriers agricoles qui veulent faire grève contre des salaires de mois de 8 francs par jour, que la grève est un péché. Enfin, les national-reformistes qui préconisent une réforme de la religion détournent les masses de la lutte de classe en faisant croire à l’ouvrier musulman qu’il peut s’unir fraternellement avec son patron musulman et que l’émancipation du peuple algérien n’obtiendra non pas par la lutte directe contre l’impérialisme et la bourgeoisie, mais seulement par la diffusion d’une religion modernisée.

Il faut, certes, lutter contre tout cela, car c’est cela qui entretient l’obscurantisme, le fatalisme et la dépendance du prolétariat vis-à-vis des classes dirigeantes.

RELIGION ET LUTTE DE CLASSE

Mais les communistes qui comprennent quelle est la base de l’idée religieuse dans les masses, comprennent par conséquent que ce n’est pas une propagande athéiste ou anti-islamique qui peut donner des résultats sérieux au point de vue de l’émancipation des cerveaux des travailleurs et des opprimés. C’est avant tout l’entraînement des masses exploitées et opprimées dans la lutte pour leurs revendications de classe et dans la lutte contre l’impérialisme, qui, petit à petit, lentement mais sûrement, liquidera le mieux les superstitions religieuses et éclairera les esprits.

Mais risquer de briser l’unité de lutte révolutionnaire du peuple arabe et kabyle d’Algérie en faisant de la propagande athéiste ou contre l’Islam, au moment de la lutte, serait tout simplement faire le jeu des impérialistes et des exploiteurs de toutes catégories.

Nous, communistes, subordonnons donc toute propagande athéiste aux intérêts de la lutte de classe et de la lutte anti-impérialiste, car, comme le dit Lénine :

« L’unité de lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée pour se créer un paradis sur la terre, nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel. »

Les mêmes considérations dictent notre attitude dans la questions : admettons-nous dans le parti les travailleurs croyants ?

Oui, nous admettons dans notre parti les travailleurs et particulèrement les travailleurs arabes, qui croient encore en Dieu. Les statuts de l’Internationale Communiste n’exigent pas qu’ils renoncent à leur croyance. Ils exigent seulement (article 3 des statuts), qu’ils acceptent le programme et les statuts (lesquels ne formulent aucune déclaration de guerre contre la religion ou proclamation d’athéisme), qu’ils adhèrent à une organisation de base du parti et y militent activement, qu’ils se soumettent à toutes les décisions du parti et de l’Internationale et payent régulièrement leurs cotisations.

Nous nous élèverons contre toute attaque, toute moquerie, toute brimade contre les convictions religieuses de ces travailleurs. Car nous savons que ce n’est pas de cette façon, mais avant tout par l’expérience de la lutte politique que, petit à petit, ils comprendront et accepteront en entier notre conception du monde.

L’ETAT ET LA RELIGION

A plus forte raison, les communistes n’admettent-ils pas et n’admettront jamais une pression administrative quelconque de la part de l’Etat sur un travailleur, au sujet de ses conceptions religieuses. Nous n’admettrons jamais que l’Etat s’immisce dans les affaires religieuses. Nous exigeons la liberté absolue du culte. Du point de vue de l’Etat, nous faisons entièrement nôtre cette parole du Coran : « Que celui qui veut croire croie, que celui qui ne veut pas croire ne croie pas. » Nous réclamons et une fois au pouvoir nous mettrons en pratique, la séparation absolue de l’Eglise et de l’Etat. Nous soutenons ce mot d’ordre en Algérie pour empêcher l’impérialisme français de faire servir les mosquées à ses fins politiques par l’intermédiaire de ses agents soi-disant religieux. Nous exigeons que les ministres du culte soient entièrement libres vis-à-vis de l’Etat, c’est-à-dire, en premier lieu, non subventionnés par lui, et-que les prêches en matière de religion soient libres dans les mosquées.

En Union Soviétique, contrairement à ce que disent les exploiteurs qui ont intérêt à détourner les masses du communisme, l’accès des mosquées est entièrement libre. Entièrement libre aussi est chacun de faire sa prière et de se livrer à sa guise à ses pratiques religieuses. Il y eut et il y aura encore des mosquées fermées, mais c’est seulement parce que celles-ci ne sont plus fréquentées par la population qui s’est affranchie elle-même de ses croyances au fur et à mesure qu’elle devenait une population de bâtisseurs conscients de la société socialiste. Et, en tous cas, ce sont les travailleurs eux-mêmes, dans leurs Soviets et non par l’appareil central d’Etat qui prennent l’initiative d’utiliser certaines mosquées à d’autres fins que des fins religieuses (musées, écoles, théâtres, clubs, etc … ), quand celles-ci ne sont plus fréquentées.

Il n’y eut en U.R.S.S., aucune persécution pour des raisons de religion, mais seulement dans certains cas, la répression nécessaire envers des éléments contre-révolutionnaires.

D’ailleurs, la meilleure preuve à donner aux travailleurs d’Algérie qui seraient encore abusés par les calomnies de nos ennemis de classe, est la suivante : Nous les invitons à se rassembler et à élire librement une délégation qui ira visiter, en toute indépendance, les contrées musulmanes de l’U.R.S.S.

MOURAD.


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Nedjib SIDI MOUSSA