Article de Ben Ali Boukort alias El-Mounadi paru dans La Lutte Sociale, nouvelle série, 26e année, n° 35, du 1er au 15 octobre 1935 ; suivi de « Au congrès des Oulamas »

La Doctrine et l’Histoire de la religion
Les détracteurs attitrés du Communisme ont toujours présenté notre Parti Communiste comme une secte ne pouvant tolérer en son sein des travailleurs musulmans, catholiques ou appartenant à d’autre confession religieuse.
Cette calomnie des plus grossières s’ajoute à toutes les autres et a pour but d’écarter les masses laborieuses musulmanes de notre Parti Communiste afin de maintenir sur elles la sanglante domination de l’impérialisme et l’exploitation de l’homme par l’homme.
L’exemple de l’U.R.S.S. où le Communisme a libéré 35 millions de musulmans qui vivent dans le bien-être et la paix SANS OPPRESSION RELIGIEUSE ou d’aucune sorte réfute éloquemment cette perfide calomnie, quoiqu’en puisse dire les menteurs appointés, aucun travailleur ne fut jamais inquiété au pays des Soviets, pour ses opinions religieuses. Les communistes là-bas comme dans tout le monde considèrent la « religion » comme une affaire privée.
Il serait stupide et faux de diviser sur le terrain de la religion les masses musulmanes que nous voulons rassembler pour leur défense et pour leur émancipation totale.
Si le communisme est une doctrine scientifique basée sur le matérialisme dialectique il n’est pas dit qu’un travailleur musulman pratiquant sa religion dans tout son ensemble ne peut pas être membre du Parti communiste. Aucun document marxiste léniniste ne pose au travailleur musulman ou d’autre confession religieuse, comme condition d’adhésion au P.C., l’abandon de sa religion.
Exiger du nouveau adhérent musulman l’abandon de sa religion c’est ressembler à celui qui commence la construction d’une maison par le toit.
Marx, Engels, Lénine, Staline sont hostiles à une telle tactique et à de telles maladresses matérialistes. Engels, dans une lettre à Marx, le 10 Octobre 1847, définissait la position communiste sur la question des rapports entre la religion et le parti
« QUANT A LA QUESTION RELIGIEUSE NOUS LA CONSIDERONS COMME TOUT A FAIT SUBORDONNEE, ECRIVAIT-IL COMME UNE QUESTION QUI JAMAIS DEVAIT FORMER LE PRETEXTE D’UNE QUERELLE ENTRE HOMMES DU MEME PARTI. »
Développant cette question, Lénine non seulement admet, l’adhésion d’un travailleur musulman, catholique, ou autre à un Parti Communiste mais il va jusqu’à condamner quiconque au sein du Parti reproche à son camarade sa foi religieuse.
« NOUS DEVONS, ECRIVAIT-IL, NON SEULEMENT ADMETTRE, MAIS AUSSI TRAVAILLER A ATTIRER AU P. S. D. (PARTI COMMUNISTE) TOUS LES OUVRIERS QUI CONSERVENT ENCORE LA FOI EN DIEU. NOUS SOMMES ABSOLUMENT CONTRE LA MOINDRE INJURE A LEURS CONVICTIONS RELIGIEUSES, MAIS NOUS LES ATTIRONS POUR LES EDUQUER DANS L’ESPRIT DE NOTRE PROGRAMME ET NON POUR QU’ILS COMBATTENT CE DERNIER. »
Par conséquent les travailleurs musulmans peuvent être membre du parti communiste tout en étant religieux.
Ce n’est que dans leur Parti et en s’armant de la théorie marxiste-léniniste et qu’en se forgeant dans la lutte révolutionnaire que les communistes musulmans et autres peuvent devenir de véritables combattants et aussi des matérialistes conséquents.
Le travailleur musulman qui jusqu’ici s’était laissé tromper et avait cru que le parti communiste ne lui était pas accessible à cause de sa religion, à laquelle il est profondément attaché, doit comprendre qu’il n’en est pas ainsi.
Il doit aussi comprendre pourquoi tous les ennemis du communisme essayent, en toutes circonstances de lui présenter le communisme comme un massacreur de la liberté religieuse. Ils veulent empêcher que les masses musulmanes luttent pour la liberté, le pain et la paix pratiquant les méthodes de lutte du communisme les seules efficaces. Que la terre des ravageurs colonialistes et féodaux revienne, à ceux qui la travaillent, que le gouvernement ouvrier et paysan exproprie sans indemnités les rapaces impérialistes, qu’ils s’empare de tous les moyens de production, d’échange et de transports afin de réaliser le bien être des masses laborieuses, tels sont les crimes que la morale des parasites reprochent en réalité au communiste.
Que demain après le renversement de la domination impérialiste, dans tous les pays arabes se construisent des écoles, des universités pour les enfants du peuple, qu’il y ait des théâtres, des cinémas, etc … jouant dans la langue arabe, berbère, française, etc … que s’épanouisse une culture saine, vigoureuse, progressive, n’est pas conforme à la politique d’obscurantisme des « civilisateurs » impérialistes et de leur valets. Et c’est parce que le communisme est la concrétisation de toutes les aspirations des masses populaires qu’il est tant calomnié et haï de la part de leurs exploiteurs et de leurs domestiques.
Mais le communisme n’est pas prêt à désarmer devant tous ses ennemis malgré toutes les difficultés il guidera les masses de luttes en luttes jusqu’à leur affranchissement total de l’oppression et de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Par EL-MOUNADI
Pour l’indépendance religieuse
Au congrès des Oulamas
L’association des Oulamas vient de se réunir dans son Assemblée Générale Annuelle.
L’année passée cette association culturelle et religieuse islamique avait envoyé un message au Président du Conseil, où elle exposait ses très justes revendications. Elle demandait la liberté du culte dans les mosquées, la liberté de l’enseignement en langue arabe dans les écoles et enfin la faculté de publier des journaux et des brochures dans cette même langue. Ce message suppliait le Président de prendre ces revendications en considération.
Mais comme les Oulamas l’ont constaté cette année, l’impérialisme n’a aucune raison de satisfaire ces revendications. Il craint en les satisfaisant d’attiser le désir profond des masses pour une liberté non seulement culturelle et religieuse mais surtout nationale. On comprend que des suppliques n’ont aucune force ni valeur devant un tel gouvernement d’oppression.
Ces revendications ne seront appliquées que lorsque les masses musulmanes entières sauront exiger l’application de ces revendications, car pour faire reculer le loup il faut montrer les dents.
Notre Parti Communiste d’Algérie considère la question religieuse comme une question strictement privée. Cependant il soutient de toutes ses forces le peuple musulman d’Algérie dont les libertés culturelles et religieuses sont violées par l’impérialisme.
Toutefois nous savons fort bien que les véritables libertés culturelles, religieuses et nationales ne peuvent être obtenues que par l’instauration d’un régime semblable à celui qui en U.R.S.S. a libéré 30 millions de musulmans.
C’est pourquoi, nous communistes, nous ne perdons pas de vue notre but fondamental, malgré que nous combattions de toutes nos forces pour les revendications immédiates du peuple d’Algérie.
Mohamed Ett’aleb.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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