Article de Marcel Hic paru en deux parties dans La Lutte ouvrière, n° 22, 27 novembre 1936 et n° 23, 4 décembre 1936

Dans le numéro de novembre de Révolution, un article relatait l’état des pourparlers entre les organisations révolutionnaire de la jeunesse (J. S. de la Seine, Jeunes Anarchistes, Jeunes Pacifistes, J. E. U. N. E. S., J. S. R.) pour la formation d’un Comité de lutte contre les deux ans comme premier point de la réalisation d’un front prolétarien révolutionnaire de la jeunesse. La réalisation semblait dans la bonne voie. Dans des pourparlers et des conversations particulières, les dirigeants de chacune de ces organisations affirmèrent leur accord. Une date fut fixée d’un commun accord … et personne ne vint. Rien ne servirait de crier au scandale, s’il ne s’était pas passé entre temps un événement qui aide à comprendre ce revirement.
C’est le meeting de Magic-City où parlèrent côte à côte J.E.U.N.E.S. et jeunes de la Gauche Révolutionnaire et Jeunes Communistes. En fait, les phrases de gauche que répandent à profusion dans les dernières semaines les Jeunesses Communistes, à la suite du parti, semblent avoir retourné toutes ces organisations. Hier elles voulaient lutter contre la politique d’Union Sacrée menée par le Parti communiste ; aujourd’hui, tout est changé : quelques phrases ont suffi à retourner les résolutions « révolutionnaires ».
Plus exactement encore, le problème leur était posé : entrer dans la voie difficile de la lutte contre l’Union Sacrée, subir, comme nous, les attaques conjuguées de la droite et des bureaucrates staliniens, ou de continuer leur petite vie tranquille, à l’abri de la bureaucratie stalinienne, en se réservant le droit de faire de temps en temps quelques phrases à gauche.
Nous savons qu’en parlant ainsi, nous scandaliserons maint camarades ; nous savons que des camarades des Jeunesses socialistes ne manqueront pas d’affirmer que ce que nous disons est pure invention, des camarades anarchistes nieront qu’il existe des relations entre leurs dirigeants et les dirigeants de la Jeunesse Communiste ; et ils auront raison, car ce n’est qu’entre leurs dirigeants et les dirigeants jeunes de la Gauche Révolutionnaire qu’il existe des liaisons et celles-là sont multiples. Quant aux dirigeants des J.E.U.N.E.S., pris entre ceux des J. S. et ceux des J. C., effrayés à l’idée que leur organisation ne résisterait pas quinze jours à une offensive bien menée, ils ne peuvent que redouter la politique qu’on leur impose.
L’argument par lequel on justifie cette politique est bien connu : pour le plaisir de faire le front unique avec une petite organisation, pour laquelle on a d’ailleurs beaucoup d’estime et dont on apprécie l’ardeur révolutionnaire, on ne peut quand même pas se couper d’une grande organisation de masse comme la J. C. dont on voit gagner les éléments à la politique révolutionnaire. Mais l’argument est entièrement faux ; au contraire, le Front unique de ces organisations avec la J. S. R. aurait obligé la J. C. à faire le front unique sur une base révolutionnaire, non seulement en paroles, comme nous le voyons, mais en acte. La vérité c’est qu’une fois de plus, entre les révolutionnaires et la force conservatrice de l’appareil, les dirigeants de ces organisations ont choisi la bureaucratie.
Dans sa dernière séance, le Comité Central des J. S. R. a examiné cette situation. Il a décidé d’exprimer nettement son opinion sur cette question et de la faire savoir publiquement. Mais, en même temps, rejetant à la fois toute politique de pleurnicheries et de lamentations et toute politique de dénonciation sectaire, qui rendrait toute collaboration ultérieure impossible, il a décidé de renouveler ses propositions pour la formation d’un comité de lutte contre les deux ans et pour le front prolétarien révolutionnaire de la jeunesse. Chacune de ces démarches sera immédiatement rendue publique, soit dans Révolution, soit dans la Lutte Ouvrière, soit par tract. Nous sommes sûrs que les membres de toutes ces organisations sont comme nous attachés à la réalisation du Front prolétarien révolutionnaire de la jeunesse, qui grouperait tous les jeunes qui veulent mener l’action directe contre la bourgeoisie, ses bandes fascistes et son état ; nous sommes certains que cette volonté aboutira rapidement à la réalisation d’une action commune, cohérente et énergique pour un certain nombre d’objectifs précis que nous avons déjà maintes fois définis et que nous préciserons encore dans un texte que la Lutte Ouvrière publiera la semaine prochaine. De la base au sommet, la jeunesse prolétarienne luttera dans la voie de l’action directe pour la révolution prolétarienne.
HIC.

Pour le front prolétarien révolutionnaire des jeunes
Nous avons, dans le dernier numéro de « La Lutte Ouvrière », marqué les raisons qui ont une première fois arrêté la constitution d’un Front Prolétarien Révolutionnaire de la Jeunesse, le recollement de l’ensemble des organisations avec la jeunesse communiste, depuis son « tournant ». Nour avons marqué qu’en agissant ainsi, les dirigeants de ces organisations se font les complices de la politique de duplicité des dirigeants staliniens. Nous avons souligné qu’à cette politique nous opposions la réalisation d’un accord pour des objectifs concrets et immédiats, dans la lutte contre les deux ans et pour les revendications des jeunes travailleurs. Nous avons enfin bien fait comprendre que nous n’entendions nullement exclure les J. C. d’un tel accord, bien au contraire.
Afin de bien expliquer à nouveau notre position à ces organisations, nous avons envoyé aux responsables de chacune de ces organisations une lettre que nous croyons utile de faire connaître à l’ensemble des militants. Nous ne pouvons ici en publier que les conclusions. Apres avoir montré qu’au moins pour une part, le tournant de la direction stalinienne a pour cause la volonté révolutionnaire et la combativité des masses, la lettre souligne, dans ces conditions, la nécessité pour les organisations de la jeunesse qui se prétendent révolutionnaires, non pas de se faire les complices de cette manœuvre, mais de travailler à défendre devant la jeunesse ouvrière qui veut se battre pour la révolution, un programme révolutionnaire
La lettre propose alors les bases suivantes :
A bas les deux ans ; suppression de l’article 40 ; retour au service militaire d’un an ; lutte contre la préparation militaire obligatoire ; application des lois sociales à la caserne (40 heures, etc.) ; dégonflement massif des budgets de guerre ; augmentation du prêt à deux francs ; droits politiques aux soldats ; droit de lire la presse ouvrière ; droit de réunion ; délégués de chambrée pour le contrôle de l’ordinaire, des cantines, de l’hygiène, des soins ; expulsion de l’armée des officiers fascistes sous le contrôle des délégués de soldats ; application intégrale de toutes les lois sociales et de toutes les dispositions des conventions collectives aux jeunes travailleurs (élection, éligibilité, etc.) ; à travail égal, salaire égal ; réglementation de l’apprentissage sous le contrôle des délégués ouvriers, fixation d’un taux de salaire minimum pour les apprentis assurant le minimum vital ; prolongation de la scolarité jusqu’à seize ans, avec indemnité aux parents ; réduction du temps d’apprentissage à deux ans.
Naturellement, ces revendications ne pourront être arrachées que dans la lutte. Il dépend de chaque organisation d’assumer ses responsabilités. C’est assumer une première responsabilité que de s’engager dans la voie de la constitution d’un front prolétarien révolutionnaire de la jeunesse. Dirigeants et militants devront choisir entre cette voie et la voie de la jeunesse espagnole sur laquelle le stalinisme a su, par des phrases de gauche, s’assurer une influence décisive et dont l’héroïsme sert à couvrir les basses manœuvres du stalinisme, quand on ne va pas jusqu’à l’employer aux basses besognes de la bureaucratie stalinienne.
HIC.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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