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Alexandre Schapiro : Grève générale d’hier et de demain

Article d’Alexandre Schapiro paru dans Le Combat syndicaliste, n° 154, 1er mai 1936

La propagande de la grève générale est à un tournant sérieux de son développement.

Jusqu’ici cette propagande, ainsi que d’ailleurs l’action même, portait principalement sur l’action revendicatrice économique de la classe ouvrière, généralement d’une branche de l’industrie, quelquefois de toute une industrie, rarement de toute la vie économique d’une ville ou d’une région.

Dans tous ces cas, la grève générale déclenchée au profit d’une revendication concrète, prenait un caractère de lutte passive : c’était la grève à bras croisés, la résistance passive et le jeu d’attente.

Certes, cette lutte prenait quelquefois une tournure violente. En Espagne surtout, des grèves générales, dans une industrie déterminée ou dans toutes les industries d’une ville, étaient souvent accompagnées d’actes de sabotage et de violence contre le patronat. Mais dans tous ces cas, le mouvement était nettement délimité par les revendications à la base du conflit.

Nous ne parlons pas des grèves générales limitées dans le temps – de 24 ou de 48 heures – portant un caractère déterminé de protestation contre une injustice flagrante et n’ayant qu’une valeur morale de solidarité ou de manifestation publique d’indignation.

Aujourd’hui, que les conditions dans lesquelles le prolétariat est quotidiennement aux prises non pas autant avec des questions revendicatives partielles qu’avec des problèmes qui touchent à toute la vie sociale des peuples – dangers réels d’une guerre prochaine, fascisme rampant partout, chômage chronique, etc. – les moyens de lutte préconisés jusqu’ici ont besoin d’une méthode d’expression adéquate aux problèmes posés.

La lutte contre ces fléaux ne peut être circonscrite à un point ou à une localité déterminée. Le caractère même de ces fléaux est d’ordre national, sinon international. Les moyens de lutte doivent donc, eux aussi, prévoir un assaut tout au moins national. Rappelons-nous que l’organisation capitaliste des grandes industries en trusts et cartels a obligé le mouvement syndical à remplacer son organisation de métier par une organisation par industrie, précisément pour pouvoir lutter plus facilement contre le capitalisme industriel. De même, la grève générale passive préconisée jusqu’ici – grève générale d’attente et d’expectative pendant laquelle on voulait voir qui des deux, de l’organisation patronale ou de l’organisation ouvrière tiendrait le plus longtemps – doit prendre un caractère actif, donc rapide. La guerre est devenue, actuellement, un phénomène rapide, sans préavis. Le fascisme, qui détruit la vie intérieure d’un pays, est un phénomène rapide – autrement il ne pourrait pas exister. La grève générale déclenchée contre ces fléaux doit donc être assez rapide pour être préventive, et assez profonde pour empêcher le rassemblement des forces réactionnaires.

Il s’agit donc d’une grève générale dont les premiers actes signaleraient la déchéance effective du régime en vigueur. C’est pour cela qu’elle doit être expropriatrice, et ce dès son premier acte. C’est alors seulement qu’elle tuerait, dans l’œuf, une guerre imminente ou un fascisme menaçant, et qu’elle résoudrait, par une réorganisation immédiate de la production, le problème si navrant, mais actuellement insoluble, du chômage.

Par la grève générale expropriatrice à la Révolution Sociale – telle doit être, aujourd’hui, l’organisation défensive et offensive, destructive et reconstructive, de la lutte contre guerre et fascisme.

A. SCHAPIRO.


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Nedjib SIDI MOUSSA