Herbert R. Lottman : Albert Camus

Extraits de Herbert R. Lottman, Albert Camus, Paris, Le Seuil, 1978, p. 605-608.

 

 

Une autre fois, Roblès vint à Paris prévenir Camus qu’un ami musulman sollicitait son aide pour son frère âgé de dix-huit ans, qui avait tiré sur un ultra et s’était entendu condamner à la peine capitale alors que sa victime s’en était sortie. A cette époque, le général de Gaulle était revenu au pouvoir. Et Camus avait justement rendez-vous avec lui. Il ouvrit un tiroir de son bureau et montra à Roblès une pile de lettres : « Voilà tout ce que j’ai à donner à De Gaulle. Donne-moi ton dossier. » Camus annonça ensuite à Roblès que le jeune musulman avait toutes les chances d’être gracié, et il le fut en effet[1]. Les dossiers de Camus contenaient de nombreux échanges de correspondance avec le gouvernement français, avant et après l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, sollicitant la clémence pour des individus ou des groupes musulmans[2]. Il constituait une aide essentielle pour son ami avocat Yves Dechezelles, qui lui transmettait sans cesse de nouveaux cas où son intervention était souhaitable ; la seule prière de Camus, en échange, était que son rôle restât confidentiel. (…)

A Paris, il y avait toujours davantage d’affaires algériennes à suivre. Yves Dechezelles et son assistante Gisèle Halimi lui demandèrent son appui pour un musulman accusé d’avoir tué un Français d’Algérie très en vue. Camus accepta. (Défendre un musulman accusé de terrorisme constituait un acte de bravoure dans l’Alger de cette époque, où l’escalade de la violence terroriste avait amené l’armée française à tenter une opération de « nettoyage » : la bataille d’Alger ; Dechezelles et l’un de ses témoins, Maurice Clavel, n’étaient parvenus à s’échapper de la ville en dépit des menaces qui pesaient sur leur vie que parce que les ultras étaient occupés à harceler un doyen d’université expulsé ce jour-là[3].)

En juillet, puis de nouveau en septembre, Dechezelles fit appel à son vieil ami. Il l’informa de l’exécution par la guillotine de trois militants musulmans à la prison de Barberousse – cette même prison où le père de Camus avait assisté à une exécution identique ; Dechezelles pria Camus de faire une déclaration pour tenter d’éviter que n’aient lieu d’autres exécutions de prétendus terroristes qui n’avaient perpétré aucun acte de ce genre. Camus écrivit au président Coty pour lui demander d’appliquer une politique de grâces plus libérale, et un collaborateur du président l’informa que les procédures faisaient l’objet d’un réexamen. Il écrivit de nouveau à Coty en octobre, et on lui répondit que sa requête serait prise en considération[4].

[1]    Emmanuel Roblès.

[2]    Mme Albert Camus.

[3]    Yves Dechezelles.

[4]    Mme Albert Camus.

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