Catégories
presse

Protestation énergique du M.L.N.A.

Textes parus dans Le Libertaire, n° 406, 25 novembre 1954

11/7/1954-Algeria: French troops guard a group of terrorist suspects captured in a raid on the foothills of the Chrea Mountains in Algeria. Algeria has become the new hot spot of the French Colonial Empire. Nationalist extremists have taken to mountain strongholds on the Tunisia-Algeria border from which they are conducting guerrilla warfare. The French have answered back with reinforcements of tanks, troops and planes.

(Siège : 7, avenue de la Marne, Alger, le samedi soir)

Le Mouvement Libertaire Nord-Africain dénonce la dissolution illégale et arbitraire du M.T.L.D., la mise arbitraire sous mandat de dépôt des responsables et militants de cette organisation (1) et réclame le rapport du décret de dissolution et la libération immédiate des détenus.

Il dénonce également les saisies de journaux anticolonialistes, la mise sous séquestre de leurs biens, les perquisitions de locaux, les procédés utilisés afin d’extorquer les aveux.

Il proteste contre la proclamation de l’état de siège, qui supprime brutalement la liberté relative dont jouissait la population et qui a déjà fait parmi elle de malheureuses victimes.

Il signale l’hypocrisie de l’Etat, et spécialement de l’Etat impérialiste français qui, lorsqu’il voit ses intérêts et ceux de l’Etat colonialiste, ainsi que de leur bourgeoisie, menacés, met SA PROPRE LEGALITE DEMOCRATIQUE en vacances.

Il estime que, seule, l’action décidée des travailleurs dans leurs Comités, sans distinction de races, fera échec à la répression.

Il les appelle, d’autre part, à réclamer la fin de l’état de siège et le retrait des forces de représailles.

LE C.N. DU M.L.N.A.


1) Plusieurs jours après leur arrestation


Un aveu : soutiens du colonialisme

UN passage très édifiant de la motion présentée au gouverneur général par les représentants de toutes les tendances syndicales d’Algérie (y compris la C.G.T.). nous renseigne sur l’esprit qui anime le réformisme syndical des fonctionnaires coloniaux, réformisme collaborateur avec la haute administration, au service du colonialisme algérien et de l’impérialisme français, s’opposant par là même aux efforts de la majorité d’un peuple vers son indépendance politique, économique et sociale.

Le passage en question nous dit que les représentants syndicaux cités plus haut “rappellent que seule la prise en considération des propositions qu’ils renouvellent ici est susceptible de calmer l’agitation qui gagne la fonction publique et très particulièrement en Algérie où les fonctionnaires représentent UN ELEMENT STABLE d’une population qu’il serait dangereux de constamment décevoir”.

En clair cela signifie : “Augmentez-nous et vous pourrez compter sur nous pour la stabilité.”

S’il existe des enseignants, cheminots, postiers, parmi les fonctionnaires algériens qui remplissent une mission utile, par contre, il y a les policiers syndiqués extorquant les aveux par la torture, internant les militants du M.T. L.D. en découvrant des armes et des munitions qu’ILS ONT EUX-MEMES APPORTÉES (suivant la déclaration du S.G. du M.T.L.D. placé sous mandat de dépôt sept jours après avoir été arrêté) ce qui permettra de démontrer que ces militants ont partie liée avec les terroristes et de dissoudre leur organisation. Il y a les geôliers syndiqués des condamnés politiques de Tunisie internés en Algérie, de ceux qui tombent sous le coup de l’article 80 frappant les atteintes à la sûreté intérieure et extérieure de l’État, du décret Regnier (bien qu’il ait été aboli en 1947), des condamnés à l’occasion des “émeutes” du Constantinois en 1945, de tous les condamnés d’une législation qui a fait de l’Algérie et de l’A.F.N. une immense prison et qui en fera bientôt un immense camp de concentration pour les autochtones. Pendant ce temps, les travailleurs européens sont empoisonnée de propagande raciste, ou réduits à l’inaction par l’influence des dirigeants de la C.G.T. aux ordres de l’impérialisme soviétique et de sa politique de ménagement à l’égard de l’impérialisme français, et pour ces raisons ne réagissent pas, désapprouvent parfois les tentatives héroïques d’éléments décidés à en découdre avec le colonialisme, ou même sont prêts à les combattre.

Lorsque la motion ajoute “qu’il serait dangereux de constamment décevoir les fonctionnaires”, il est question, à ce moment-là de chantage… Est-ce à dire que les fonctionnaires vont se mettre du côté des éléments Instables de la population, genre nationalistes ou même Fellaghas ? Pas du tout. Même frustrés de leurs droits légitimes (? !) les fonctionnaires coloniaux sont confortablement payés à partir d’un certain échelon : si un instituteur débutant gagne 33.000 francs, ce qui n’est pas de trop lorsqu’il est dans le bled, le geôlier en gagne 58.000, le sous-lieutenant 50.000, le colonel 100.000, le juge d’instruction 116.000, le général de brigade 140.000, l’Inspecteur général de l’Intérieur 156.000, le général de division 160.000, le préfet de police 180.000 et le gouverneur général, à tout seigneur tout honneur, lui, en hors échelle.

Est-ce à dire également que les fonctionnaires coloniaux, profondément déçus par la noire ingratitude des Pouvoirs publics, vont défendre solidairement les revendications des ouvriers agricoles travaillant un jour sur deux, sans allocations familiales, avec leurs 250 francs par jour, celles des centaines de milliers de chômeurs abandonnés à leur triste sort ?… Encore bien moins… Les fonctionnaires coloniaux n’ignorent pas que leurs avantages sont le prix de leur servilité à l’égard de l’Administration et de leur attachement au régime colonial, malgré, parfois, un anticolonialisme qui ne dépasse pas le cadre des motions platoniques de Congrès, comme pour les instituteurs par exemple.

Les fonctionnaires coloniaux, à partir d’un certain échelon, forment un corps étranger parasitaire, surtout répressif, qui au prix de ses avantages acceptent de constituer cet élément stable, d’être les agents de cet ordre colonialiste BATI SUR LE VOL DES TERRES aux fellahs devenus ouvriers agricoles, la faim, la maladie, l’obscurantisme et la prison. Et lorsqu’ils font du chantage au Gouvernement au sujet des risques d’instabilité que leur mécontentement ferait courir au régime colonialiste, il ne s’agit pas d’autre chose que d’une grève de vingt-quatre heures si, par extraordinaire, elle était décidée par les réformistes de la métropole. Nous pouvons être convaincus que, même dans cette éventualité, ils ne se résoudront pas à affaiblir l’ordre colonialiste qui en fait de véritables privilégiés à côté et au prix de la misère de la presque totalité de la population (1).

Aucun soutien pour le peuple algérien à attendre des fonctionnaires algériens, du moins des responsables des fonctionnaires d’exécution, comme il ne devra attendre aucun soutien des fonctionnaires soutiens d’un futur Etat algérien qui, comme tous les Etats, l’opprimera au service de l’exploitation d’une nouvelle bourgeoisie.

DOUKHAN (M.L.N.A.)


(1) Si en effet, la Journée de revendications des fonctionnaires s’est accompagnée de débrayages en France, elle s’est déroulée en Algérie dans le calme le plus complet.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *