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Faut-il détruire Israël ?

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 96, mars 1969, p. 1-2

Members of Palestinian terrorist group the Popular Front for the Liberation of Palestine (PFLP) drinking tea during a training excercise, circa 1969. Among the group are Leila Khaled (centre, left) and Salim Issawi (centre, right. (Photo by Popperfoto via Getty Images/Getty Images)

Le refus par Israël d’évacuer les territoires occupés après la guerre des Six Jours de juin 1967, a profondément transformé le conflit qui l’oppose depuis sa création en 1948 aux pays arabes et surtout aux arabes palestiniens. Cette occupation a provoqué une violente réaction des Palestiniens et la cristallisation de leur sentiment national. Désormais, dans le conflit israélo-arabe, la résistance du peuple palestinien est passée au premier plan. C’est ainsi que, beaucoup mieux que par le passé, se dévoile la véritable nature de l’état israélien.

ISRAËL, FAIT COLONIAL

Lorsque les sionistes ont jeté leur dévolu sur la Palestine pour y créer les bases d’une nationalité israélienne, ce pays n’était pourtant pas vide d’hommes.

Sur les 25.000 km2 que délimitent la Méditerranée et le Jourdain, vivaient deux millions d’Arabes palestiniens.

A la différence des colonisateurs européens en Amérique ou en Afrique, les Sionistes n’envisageaient pas d’exterminer les Palestiniens ou même de les exploiter directement. Ils voulaient “simplement” les refouler vers les autres pays arabes. Ils s’y employèrent au début par le moyen de l’achat de terres aux gros propriétaires arabes, sans ce soucier du sort des malheureux paysans qui devaient abandonner leurs foyers.

Vers la fin de la première guerre mondiale, l’impérialisme anglais qui avait pris le contrôle du Moyen-Orient, accorda, par la Déclaration de Balfour (1917), son soutien à la création d’un Foyer National Juif en Palestine. Il y voyait, en effet, la possibilité de constituer une communauté d’origine européenne qui resterait sous l’influence britannique et lui donnerait une carte de plus dans le jeu qu’il menait pour affermir ses positions au Moyen-Orient. L’immigration juive allait se développer à un rythme croissant : 50.000 Juifs en 1917, 500.000 en 1940.

Malheureusement pour les Sionistes, le vent de l’histoire avait tourné, l’époque coloniale touchait à sa fin et le mouvement de libération nationale se renforçait dans le monde arabe. Dès 1918, des conflits armés éclatent entre colons juifs et Palestiniens.

L’impérialisme anglais — qui, pour faire pièce à l’occupant turc, avait favorisé lui-même le nationalisme arabe pendant la guerre — est forcé d’infléchir sa politique vis-à-vis des Juifs. Dès 1922, un Livre Blanc est publié proposant de limiter l’immigration. En 1930, l’Angleterre confirme cette position, puis en 1939 elle s’oppose nettement à la création d’un état juif.

Après la fin de la deuxième guerre mondiale, l’affaiblissement dit l’impérialisme anglais, le traumatisme causé en Europe par le massacre de 6 millions de Juifs, permet aux colons juifs d’affirmer leur prétention à créer un état national.

Un conflit armé éclate entre les colons et l’administration anglaise : les Anglais sont obligés d’évacuer la Palestine. En 1947, l’O.N.U. décide de partager la Palestine en deux états : un juif et un arabe. Mais les Arabes refusent l’accord. Des combats opposent Israël à six pays arabes (Egypte, Jordanie, Syrie, Irak, Liban, Arabie Séoudite) soutenus diplomatiquement et militairement par l’Angleterre. Israël trouve un allié inattendu dans le bloc “soviétique” qui, pour contrer les Anglais, lui envoie des armes tchèques. Le conflit se résout au profit d’Israël, qui est alors reconnu par l’U.R.S.S. puis par les autres grandes puissances et finalement admis à l’O.N.U. Israël devient dès lors un fait accompli que les attaques des pays arabes et des Palestiniens n’ont pu depuis remettre en cause.

Israël, dernière création de l’expansion impérialiste occidentale, est un fait colonial incontestable, mais est-il pour cela devenu un fait aussi irréversible que les Etats-Unis ou le Mexique ? Pour les Arabes et les Palestiniens, absolument pas. Au contraire, pour les deux millions et demi de Juifs qui aujourd’hui y vivent, cela ne souffre aucune discussion.

UN CORPS ETRANGER DANS LE MONDE ARABE

Par son origine et par ses structures économiques et sociales, sa langue, sa culture, son mode de vie, Israël ne pouvait apparaître aux pays arabes que comme un corps étranger, comme une création de l’Occident. En même temps, le développement rapide de son économie, la constitution d’une industrie techniquement avancée représentaient un danger potentiel d’étouffement pour les états (Egypte, Syrie, Liban) possédant déjà des structures bourgeoises et s’efforçant de S’arracher au sous-développement.

Par la force des choses, Israël devait donc se placer du même côté que l’impérialisme et favoriser, au Moyen-Orient, le maintien des régimes les plus rétrogrades.

Sa politique extérieure est, à cet égard, parfaitement claire : soutien aux impérialistes américains dans la guerre de Corée et aujourd’hui au Vietnam, soutien à la France dans la guerre d’Algérie. aux Anglais et aux Français lors de l’expédition de Suez en 1956. Cette politique extérieure tout enflera tournée contre les mouvements de libération nationale dans le Tiers Monde dévoile bien sûr la nature colonialiste d’Israël et le désigne aux yeux des pays arabes comme la téta de pont de l’impérialisme au Moyen-Orient.

Pourtant cette image ne rend pas compte de la complexité des rapports entre les impérialismes et les états du Moyen-Orient.

L’impérialisme anglais avait nettement pris position contre la création d’Israël. L’impérialisme français, lui, se rapprocha d’Israël pendant la guerre d’Algérie. En 1956, la nationalisation du canal de Suez provoqua, momentanément, une alliance France-Angleterre-Israël. Mais dès 1963, la France chercha à renouer ses liens avec les états arabes. De même pour l’Angleterre. L’U.R.S.S., qui avait soutenu Israël à sa création, puis s’était désintéressée du Moyen-Orient, y est revenue en force en soutenant les pays arabes. Les U.S.A. eux-mêmes, s’ils ménagent Israël, sont fermement décidés à ne pas se couper des Arabes. Il est bien évident que le marché constitué par 100 millions d’Arabes et les sources de profits que représentent les richesses pétrolières sont sans commune mesure avec le petit état d’Israël.

D’un autre côté cependant, l’existence d’Israël permet à l’impérialisme le plus fort — les U.S.A. — de maintenir au Moyen-Orient un certain équilibre nécessaire à ses intérêts. C’est ce qui explique qu’il ait pris la relève de la France en fournissant des avions et de l’équipement au gouvernement de Tel-Aviv et en le soutenant financièrement.

Du point de vue financier toutefois, le principal soutien d’Israël provient de la bourgeoisie juive de la Diaspora, principalement des milliardaires américains.

Ce sont eux surtout qui prennent des commandes à Israël, assurent son commerce extérieur. De sorte que par un retournement complet du projet sioniste, ce n’est pas Israël qui est nécessaire aux Juifs de la Diaspora, mais bien au contraire les Juifs de la Diaspora qui sont nécessaires à la survie d’Israël. Qu’Israël ne soit pas la solution à la question juive, il suffit, pour le prouver, de constater qu’il y a 15 millions de Juifs dans le monde et seulement 2 millions et demi en Israël.

LES PAYS ARABES FACE A ISRAËL

L’impuissance des états arabes à battre Israël par les armes ne découle certes pas d’une incapacité congénitale des Arabes à comprendre la science militaire ou d’un manque de courage physique, comme l’insinuent racistes et pro-israéliens de tout poil. Elle découle des structures sociales et économiques arriérées de ces pays, de leur faible développement technique.

Une agriculture presque partout archaïque, les meilleures terres dans les mains des grands propriétaires résidant souvent dans les villes ; les petits et les moyens paysans presque toujours relégués dans les réglons montagneuses ou semi-arides. Dans les villes, une bourgeoisie fort ancienne dans certains pays, mais plus portée vers les placements fonciers et immobiliers que vers les investissements industriels, tirant ses revenus surtout du commerce, de la banque et de l’exploitation agraire. Les industries importantes presque partout dans les mains de sociétés étrangères, les bourgeoisies locales se bornant à prendre des participations. A côté de cette bourgeoisie rachitique, des grands propriétaires terriens, une caste militaire particulièrement développée s’arrogeant des privilèges exorbitants et divisée en cliques rivales se disputant le pouvoir politique par des coupa d’états périodiques.

Voilà à première vue la texture économico-sociale qui expliquerait les défaites répétées des armées arabes, l’incapacité des dirigeants militaires.

Une telle image cependant ne rend pas entièrement compte des raisons de ces échecs. Car s’il est vrai que te Moyen-Orient est une région sous-développée, pas plus qu’ailleurs la société n’y reste figée et les événements qui s’y déroulent ne peuvent pas être une répétition continuelle du passé. Face à la bourgeoisie impotente et eux couches “féodales” parasitaires, se profilent, en effet, non seulement les revendications de la paysannerie pauvre et des travailleurs exploités, mais s’affirme encore, depuis des années déjà, la pression de groupes souvent issus de la petite-bourgeoisie (cadres inférieurs de l’armée, techniciens, intellectuels, fonctionnaires) qui visent à substituer aux anciennes classes dirigeantes un appareil politico-militaire capable d’organiser le développement national sur la base de l’étatisation. C’est le “socialisme arabe”, tel qu’on le voit par exemple en Egypte.

Cependant, comme le prouve justement l’expérience de l’Egypte, ce “socialisme arabe”, une fois installé au pouvoir, ne parvient ni à mener jusqu’au bout les transformations sociales indispensables — ne serait-ce qu’une réforme agraire radicale — ni à promouvoir le processus d’unification politique des pays arabes qui pourrait les libérer de l’influence des impérialismes.

En réalité, l’incompétence, l’irresponsabilité, la corruption des appareils politico-militaires qui détiennent le pouvoir dans la plupart de ces pays n’ont fait qu’aggraver encore la situation économique tout en accentuant l’exploitation des masses paysannes et des travailleurs des villes, renforçant par là-même les conditions de leur défaite face à l’armée d’Israël.

En effet, la Guerre des Six Jours n’a pas seulement montré la volonté et l’organisation de la bourgeoisie israélienne, la supériorité technique d’Israël découlant de ses structures socio-économiques capitalistes. Elle a permis de constater aussi la non-adhésion des paysans et travailleurs arabes mobilisés soue l’uniforme aux régimes qui les exploitent. La haine raciale ne suffit pas pour se battre. Encore faut-il que le combattant éprouve — à tort ou à raison —la sentiment qu’il défend quelque chose. Les soldats arabes n’avaient rien à défendre : c’est pourquoi ils ne se sont pas sérieusement battus, laissant aux mercenaires de la Légion jordanienne le soin de faire preuve d’héroïsme.

Face à Israël, le “socialisme arabe” égyptien, syrien ou irakien — en dépit de l’armement fourni massivement par les Russes — ne s’est pas montré militairement plus efficace que les “féodaux” jordaniens.

En réalité, la lutte contre Israël a surtout servi aux appareils politico-militaires du “socialisme arabe” comme aux classes dirigeantes traditionnelles pour cimenter l’Union Sacrée, pour détourner les masses exploitées de leurs propres problèmes et revendications en développant le chauvinisme et la haine raciale.

LES PALESTINIENS

Dans le conflit Israélo-arabe, les Palestiniens ont été les laissés pour compte. En 1948 les états arabes ne purent pas vaincre Israël, mais ils s’arrachèrent les morceaux de la Palestine arabe prévue par l’O.N.U. : le Royaume de Jordanie s’empara de la Cisjordanie, l’Egypte de la bande de Gaza, la Syrie de quelques kilomètres carrés. Israël s’agrandit également (20.000 km2 au lieu des 15.000 que l’O.N.U. lui avait alloués). Les formations armées juives chassèrent par la violence un million de Palestiniens qui se retrouvèrent dans les camps de réfugiés, en Jordanie et à Gaza surtout. Les gouvernements arabes ne firent rien pour eux, les laissant croupir dans une misère sans bornes, uniquement alimentés par les rations que la charité mondiale leur fournissait par l’intermédiaire de l’O.N.U.

Dans cet état de déchéance et de dépendance alimentaire, il est trop évident que la révolte des réfugiés palestiniens ne pouvait rien donner de positif. La seule organisation importante à se constituer fut l’O.L.P., créée par les éléments réactionnaires de la Ligue Arabe. Avec Choukeiri à sa tête, l’O.L.P. se proposait l’extermination des Juifs et propageait une idéologie raciste. Cependant, vers 1964 se forment deux autres organisations: El Fatah et le F.P.L.P. (Front Populaire de Libération de la Palestine) en opposition à la ligne de Choukeiri. Leur formation est due surtout à des étudiants palestiniens. Un petit nombre de réfugiés ayant réussi à échapper à l’ambiance déliquescente des camps, comprirent que la lutte des Palestiniens supposait comme préalable de s’arracher non seulement à l’emprise des “féodaux ” arabes, mais aussi à celle des nationalistes du type Nasser. El Fatah se constitua sur cette base. Le F.P.L.P., se radicalisant encore davantage, s’affirma marxiste-léniniste et en vint à l’idée que la lutte des Palestiniens exigeait un développement de la lutte des classes dans tous les pays arabes.

La victoire israélienne de juin 67, en entraînant l’occupation de territoires arabes considérables, créa une situation nouvelle.

L’occupation militaire, en effet, a une logique propre à laquelle aucun occupant n’échappe. Elle provoque la résistance, le terrorisme qui imposent des représailles l’occupant.

Il n’est pas de semaine en Cisjordanie ou à Gaza que des grèves ne soient organisées par les commerçants, les jeunes lycéens, que des manifestations populaires ne soient déclenchées contre l’occupant, que des sabotages ne soient commis par les “feydayns” protégés par les paysans. El Fatah et le F.P.L.P., qui disposent désormais d’un réseau de campe d’entrainement en Egypte, en Syrie et en Jordanie, nouent des liens de plus en plus étroits avec la population des territoires occupés.

A l’heure actuelle, le F.P.L.P., et plus encore sa fraction dissidente le F.P.D.L.P., en sont arrivés à mettre en question le régime social et politique des différents pays arabes et à poser que le problème israélo-arabe ne sera résolu que si les masses prennent le pouvoir aussi bien dans les états arabes qu’en Israël. Bien qu’elle ne soit pas toujours formulée d’une manière parfaitement claire, cette orientation du programme du F.P.D.L.P. constitue un progrès incontestable dans la vole qui pourrait mener à une transformation révolutionnaire des sociétés du Moyen-Orient.

Il est nécessaire d’expliquer et de soutenir la lutte que les Palestiniens mènent à la fois contre l’occupant israélien et contre le régime de Hussein de Jordanie. On ne doit cependant pas oublier que cette lutte a actuellement un caractère essentiellement national et qu’elle regroupe toutes les classes et couches sociales du pays : il n’y a pas de “collaborateurs” en Cisjordanie ! Compte tenu de ces traits spécifiques et du fait qu’il n’y a pratiquement pas de classe ouvrière en Cisjordanie, compte tenu également du fait que les « feydayns » dépendent matériellement (argent, armés, etc.) des pays voisins, l’action des Palestiniens n’ouvre pas aujourd’hui une perspective de révolution sociale ; elle reste fondamentalement un combat pour retrouver l’identité nationale.

Il est vrai que le problème palestinien ne peut pas être détaché de l’ensemble du Moyen Orient. Une solution purement palestinienne n’est guère probable. Elle exigerait, en effet, un règlement, même provisoire, du conflit israélo-arabe dans son ensemble puisque, pour qu’un Etat palestinien puisse se constituer, les troupes israéliennes devraient se retirer de la Cisjordanie. Certes, un accord entre les quatre grandes puissances pourrait viser une telle solution, ce qui ne signifie pas qu’elles réussiraient à la faire accepter facilement. Cet accord parait actuellement peu probable, car le Moyen-Orient est justement l’une des zones du globe où s’affrontent, par personne interposée, les impérialismes.


Face au déchaînement quotidien de la propagande anti-arabe, il est nécessaire de dénoncer clairement la politique expansionniste de la bourgeoisie israélienne, l’occupation des territoires arabes et la répression exercée contre les Palestiniens, tout comme l’ “apartheid” de fait auquel sont soumis les Arabes qui vivent en Israël.

Mais il est non moins nécessaire d’affirmer ouvertement ce que les masses arabes elles-mêmes commencent déjà à comprendre : la misère des paysans et des travailleurs, l’oppression politique et les régimes policiers qu’ils supportent ne découlent pas de l’existence de l’état d’Israël. Le paysan d’Irak ne transformera pas son sort en applaudissant aux sinistres pendaisons de Bagdad. Si la bourgeoisie du Liban vit dans l’aisance grâce à sa situation de centre financier du Moyen-Orient, le peuple libanais, lui, est sévèrement exploité. Et en Egypte, si le sort des masses s’est aggravé depuis la défaite de 1967, il n’était guère brillant avant. Or, en Egypte justement, les émeutes de février et novembre 1968 semblent indiquer que la liaison entre la nature de classe du régime, la misère et l’échec militaire de 67 est déjà perçue par de nombreux travailleurs. Car, en effet, c’est contre la bureaucratie nassérienne et non contre Israël que les manifestations furent déclenchées, et il en fut, de même au cours des luttes étudiantes à Alexandrie.

Pour les masses opprimées des pays arabes du Moyen-Orient, l’ennemi à abattre n’est pas simplement la bourgeoisie israélienne. L’ennemi ce sont aussi et surtout les classes dominantes arabes et les régimes d’exploitation qu’elles maintiennent par tous les moyens.

En tant qu’Etat juif, Israël est condamné à disparaître. Le conflit entre Israéliens et Arabes ne peut trouver de solution véritable que dans la formation d’un état plurinational faisant partie d’une Fédération socialiste du Moyen-Orient.

Certes, cette solution n’est pas à la portée de la main. Mais dans la mesure où les éléments politiquement les plus avancés des pays arabes et de Palestine se fixeraient un tel objectif, la résistance à l’expansionnisme de la bourgeoisie israélienne, la lutte dans les territoires occupés pourraient s’intégrer à un vaste mouvement de transformation révolutionnaire de tout le Moyen-Orient brisant le cadre réactionnaire du pan-arabisme et dépassant les objectifs limités du développement national. Les répercussions d’un tel mouvement sur la population israélienne seraient si profondes qu’elles feraient à coup sûr éclater en Israël même les antagonismes sociaux aujourd’hui étouffés par la “menace arabe”.

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