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Le coup d’Etat d’Alger

Article paru en deux parties dans Informations ouvrières, n° 251, 26 juin 1965, p. 1-4 et n° 252, 3 juillet 1965, p. 1-4

Notre époque est impitoyable. Les événements balaient les savants édifices bâtis pour la consolation d’intellectuels petits-bourgeois, à la recherche d’un confort rassurant. Ainsi en est-il de la marche concrète de la révolution algérienne qui ne laisse pas pierre sur pierre des illusions intéressées. Tout ce qui, dans le domaine de la théorie et de la pratique est inachevé, ou erroné, toutes les positions qui ne trouvent pas leurs justifications dans la lutte de classes, sont vouées à s’effondrer.

Sur le terrain de la lutte du peuple algérien pour sa libération qui s’est étendue sur plusieurs décades, ont pris naissance et se sont développés des obscurités, des à-peu-près, qui aujourd’hui s’écrasent sur la réalité des forces sociales en lutte. Avant-hier, les illusions sur la nature de classe du Parti du Peuple Algérien, dont l’anti-impérialisme a masqué le fait que cette formation n’a jamais été un parti marxiste. Pas plus que le M.T.L.D. (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), que le M.N.A. (Mouvement National Algérien), et le F.L.N. (Front de Libération Nationale).

Aussi radicale qu’ait été, à un moment ou à un autre, l’action de ces partis algériens, ils n’ont pu, ils ne pouvaient pas dépasser les bornes du radicalisme petit-bourgeois. Il a pu semblé que la lutte pour l’indépendance nationale, souvent menée avec une volonté farouche, débouchait sur la perspective de la révolution prolétarienne. C’était là une erreur, que pour notre part, nous avons commise. Il reste que, depuis 1958, et depuis les accords d’Evian (1962) approuvés, aussi bien par MESSALI HADJ et BEN BELLA, BOUMEDIENNE et FARES, ABBAS, BEN KHEDDA et le Parti Communiste Algérien, il devenait de plus en plus difficile de refuser de comprendre. Avec les récents événements, persévérer dans l’erreur équivaudrait à une trahison délibérée des principes, de la révolution socialiste et de la lutte du peuple algérien, partie intégrante de la lutte internationale du prolétariat.


Pour apprécier correctement le coup d’Etat réalisé par BOUMEDIENNE dans la nuit du 18 au 19 juin, il est donc indispensable d’exprimer en termes de classe les problèmes en cause. Les forces en présence, dans ce putsch, c’est d’abord l’Armée. Qu’est-ce que cette armée BOUMEDIENE ? Revenons en arrière, avant les accords d’Evian. Elle a été formée, entrainée, équipée, en Tunisie. En tant qu’armée, elle a à peine participé aux combats. Entendons-nous bien : l’armée des frontières s’est bien évidemment formée à partir d’un recrutement, en partie, de combattants de l’intérieur. Mais, en tant que corps militaire, 1’Armée des frontières n’a participé que très relativement à la terrible guerre d’Algérie dont tout le poids a reposé sur les combattants de l’intérieur.

Quels ont été les hauts faits d’armes de cette armée ? Sous le commandement de BOUMEDIENNE et de BEN BELLA, elle a désarmé les « fellaghas » et liquide les willayas. En juillet 1962, elle a organisé pour permettre à BEN BELLA – BOUMEDIENNE de prendre le pouvoir, une véritable guerre civile, qui a coûté près de 3 000 morts aux combattants, qui en Algérie avaient lutté contre l’impérialisme français,

Il faut le comprendre : en signant les accords d’Evian, le F.L.N. a accepté de garantir les positions de l’impérialisme français. Rappelons brièvement ce que nous avions expliqué à l’époque. Le fait que le F.L.N. ait signé ces accords ne devait pas être condamné en soi, du point de vue des intérêts révolutionnaires du peuple algérien. Dans des conjonctures données, dos compromis sont légitimes: Mais ce qui était, et est condamnable c’est d’avoir caractérisé comme une victoire des accords où l’impérialisme se voit garantir ses bases financières, économiques, donc politiques. En effet si « Evian » est une victoire, cela signifie que les buts révolutionnaires (sociaux, économiques et politiques) de la lutte du peuple algérien ont été atteints en 1962. L’Etat algérien « indépendant » né de ces accords, doit préserver cette « victoire », il a donc pour mission de préserver une structure économique, politique et sociale impliquant la préservation des bases de l’indépendance. L’armée BOUMEDIENNE-BEN BELLA en juillet 1962, sous le drapeau d’Evian, a donc également remporté une « victoire » qui lui a permis d’édifier les premières fondations d’un Etat bourgeois algérien, sur la disparition de l’Etat bourgeois français.


Il est clair qu’une telle opération renfermait, et renforme toujours des risques multiples du point de vue des intérêts conjoints de l’impérialisme, de la caste des propriétaires fonciers et de la faible bourgeoisie musulmane. Dans les limites d’un parallèle historique, rappelons ce qui s’est passé en 1944. L’Etat français, dirigé par PETAIN, est totalement désorganisé. Sous des formes diverses, ici comités de libération, là les milices ouvrières patriotiques, ici encore les commissions techniques dans les usines, les masses tendaient à ériger leur propre Etat. Pour liquider ces éléments d’un pouvoir ouvrier, DE GAULLE fut contraint de faire des concessions aux masses. Par ces concessions et avec l’appui du P.C.F., de la S.F.I.O, et de la C.G.T., il reconstruisit la force de répression de la bourgeoisie, son Etat. En Algérie la situation est encore plus explosive en 1962. L’Etat français est volatilisé, derrière les formes embryonnaires d’un pouvoir populaire regroupé autour du peuple armé et des « willayas » se dressaient les revendications fondamentales de l’expropriation du capital financier, et du partage des terres, etc… sans la satisfaction desquelles l’indépendance nationale est un leurre.

BOUMEDIENNE-BEN BELLA écrasèrent le « willayisme », liquidèrent l’U.G.T.A. comme syndicat indépendant. Mais il leur fallut faire des concessions – autogestion – aux aspirations des masses. De concert, ils amorcent la construction de l’Etat algérien autour du noyau fondamental de l’armée et de la police. L’armée des frontières est réorganisée dans le cadre de l’assistance militaire technique, avec l’aide et les conseils de l’armée française. Elle intègre des combattants de l’intérieur, de même qu’en 1944 l’armée française reconstruire en Angleterre et en Afrique du Nord a intégré des bataillons F.T.P. (le stalinien ROL TANGUY, chef militaire des Forces Françaises de l’intérieur, fut confirmé en 1945 à son grade de colonel de l’armée régulière). Dans un pays où 2 millions de chômeurs recensés, et plusieurs millions de paysans sans terre non recensés crèvent littéralement de faim, les militaires et les policiers, avec leurs soldes confortables constituent une force de répression privilégiée, noyau de l’Etat bourgeois algérien.


Le coup d’Etat BOUMEDIENNE démontre que rien n’était réglé, rien ne pouvait être réglé. BOUMEDIENNE-BEN BELLA ne pouvaient pas ne pas faire des concessions aux masses. Mais ces concessions, sur le plan bourgeois, n’introduisent que des difficultés supplémentaires – l’anarchie dénoncée par BOUMEDIENNE – dans l’économie.

Le coup d’Etat militaire prend donc la signification de la volonté de l’Etat bourgeois construit par BEN BELLA-BOUMEDIENNE de remettre le peuple au travail, de liquider les concessions, de rétablir des conditions « normales » (bourgeoises) d’exploitation.

La première déclaration du « Conseil de la révolution » définit parfaitement l’entreprise BOUMEDIENNE, comme cette deuxième étape de la consolidation de l’Etat bourgeois algérien, dont la première a été consacrée par la victoire de BEN BELLA-BOUMEDIENNE sur les masses en juillet 1962 :

« Le bilan est lourd et combien significatif, écrivent les putschistes, la mauvaise gestion (benbelliste) du patrimoine national, la dilapidation des deniers publics, l’instabilité, la démagogie, l’anarchie, le mensonge se sont imposés… Un Conseil de la Révolution a été créé. Il a pris toutes les dispositions pour assurer dans l’ordre et la sécurité le fonctionnement d’institutions en place et la bonne marche des affaires publiques… Il va de soi que les options fondamentales sont irréversibles… Néanmoins, seules des mesures rigoureuses, définitives, et une politique ferme et claire, peuvent nous sortir du marasme général qui s’exprime déjà par une baisse de la productivité, une rentabilité économique décroissante, et un désinvestissement inquiétant ».

Un désinvestissement inquiétant, voilà le grand mot de lâché. Il faut rassurer les « investisseurs ».

« Plus que jamais, sur le plan externe – poursuit la déclaration du Conseil de la Révolution -, notre pays se fera un devoir impérieux d’honorer loyalement et dans tous les domaines, les engagements à ce jour contractés … Notre diplomatie, qui se veut efficace, et réaliste, s’inspirera sans discontinuer de tous les principes énoncés dans le programme de Tripoli et réaffirmés par la Charte d’Alger ».

La continuité ici rappelée entre les différents programmes et objectifs du F.L.N., depuis ses origines, exprime parfaitement la continuité entre le gouvernement BEN BELLA-BOUMEDIENNE et le Conseil de la Révolution de BOUMEDIENNE. Garantir les positions impérialistes, pour favoriser de nouveaux investissements du capital financier international, rétablir l’ordre dans les relations de travail, assurer le « fonctionnement des institutions » (bourgeoises) mises en place depuis 1962, voila le contenu de classe du coup d’Etat du 19 juin.

Ainsi, la marche des événements liquide tous les bavardages sur le socialisme algérien, islamique, africain, musulman, paysan et autres appellations par lesquelles les apôtres petits bourgeois du socialisme moderne et du néo-capitalisme moderne, ont voulu travestir la réalité des forces sociales en lutte à l’échelle internationale qui trouvent leur forme spécifique en Algérie.

Il reste que les manifestations pro-benbellistes de jeunes chômeurs et étudiants contre le régime BOUMEDIENNE, sans en exagérer la portée, traduisent, confusément, les véritables aspirations socialistes et révolutionnaires des masses, dont les intérêts sont écrasés par la caste des propriétaires fonciers, la classe bourgeoise et l’impérialisme qui ont combiné leurs forces pour édifier l’Etat bourgeois de BEN BELLA – BOUMEDIENNE. Ce n’est pas la première fois que les masses, dans leur recherche instinctive de la révolution socialiste, choisissent un drapeau taché. L’absence d’une avant-garde marxiste, rassemblée sur le programme de la révolution permanente, ne constitue certes pas la cause la moins importante de cette « confiance inconsciente » des masses en des « chefs » qui, tel BEN BELLA, les ont délibérément trompés.


Nous poursuivrons dans notre prochain bulletin l’examen de ces questions.


Le coup d’Etat d’Alger a jeté une lumière aveuglante sur les bavardages intéressés sur les fameuses voies spécifiques du socialisme qui sert de théorie aux apôtres de la sociologie moderne de toutes nuances. Car le remarquable, si l’on peut dire, en l’occurrence, est de constater la parfaite communion de vues entre les chinois et les journalistes bourgeois du « Monde », – M. LACOUTURE – apportant leur appui à BOUMEDIENNE ; le P.C.F., le P.S.U., NASSER, Fidel CASTRO, l’Irak du Maréchal AREF (qui par l’assassinat, le pillage et le napalm réprime la légitime révolte kurde), qui prennent la défense de BEN BELLA, les uns et les autres affirment une foi inébranlable dans le « socialisme algérien ». Il est clair que la confusion volontairement entretenue sous ces différents vocables vise à détourner les masses des véritables objectifs de leur lutte.

Ainsi BOUMEDIENNE affirme irréversibles les options socialistes décidées sous le gouvernement BEN BELLA, tandis que les Benbellistes avouent avec une candeur « naïve » le fait « qu’il n’y avait nulle trace de socialisme » autrement que dans les mots, avant le coup d’Etat du 19 juin.

Ce n’est nullement, ainsi qu’on va le voir, une discussion byzantine que d’essayer de définir ce qu’est et ce que n’est pas le socialisme. Le socialisme est un système social où les classes sont abolies, et où l’Etat ouvrier est entré dans sa phase finale d’auto-dissolution, impliquant la suppression de toute police, de toute armée, des prisons et autres lieux de la « civilisation » de classes. Il est clair qu’en Algérie, il n’y avait rien de « socialiste » dans la société si l’on prend au sérieux les critères scientifiques à la base du marxisme. Les benbellistes nous apprennent dans un communiqué que le coup d’Etat a été monté par l’Armée (laquelle, comme nous 1’avons indiqué dans notre précédent article, est une armée de prétoriens bien payés et bien nourris face à une population affamée), sous l’instigation des propriétaires fonciers, de la bourgeoisie musulmane et des impérialistes. Ainsi donc, le régime édifié en 1962 après les accords d’Evian, reconnaissent eux-mêmes les adeptes du socialisme algérien, était appuyé sur une société structurée en classes antagonistes : propriétaires fonciers, bourgeois, ouvriers, paysans sans terre, etc…

Il est bien vrai que ce socialisme algérien a aussi peu de points communs avec le socialisme que le socialisme nassérien, ou ceux de SEKOU TOURE (1), de SENGHOR et de BOURGUIBA, mais peut-être s’agit-il d’une simple et occasionnelle confusions dans la terminologie. Il n’y a pas de société socialiste en Algérie, peut-être y-a-t-il eu une Révolution ayant édifié un Etat garantissant les bases de la construction du socialisme. Regardons-y de plus près. Pour avancer dans la voie de la construction du socialisme, la révolution prolétarienne doit en édifier des bases de départ. Quelles sont ces bases ? Elles sont connues et délimitées : expropriation des grands propriétaires, des banques, des monopoles et des trusts, institution d’une seule banque, d’Etat, monopole du commerce extérieur, nationalisation de la terre, etc… C’est là une évidence : pas une de ces mesures, sans lesquelles on ne saurait parler de révolution socialiste, n’a été prise par le F.L.N. De plus, tant BEN BELLA que BOUMEDIENNE reconnaissent pour intangibles les positions décisives (banques, pétrole, commerce, etc…) occupées par l’impérialisme français en Algérie. En fait, les discussions, qui se déroulent entre Paris et Alger autour de ces questions depuis 1962 se situent sur le terrain habituel du marchandage, BEN BELLA, puis BOUMEDIENNE, n’ont à aucun moment posé l’expropriation comme problème central. Les négociations se sont uniquement déroulées autour de la répartition des surprofits accaparés par les trusts du pétrole, sur l’exploitation des richesses algériennes. Mais, qui dit répartition, dit en même temps collaboration. En supposant même, selon la formule consacrée que cette collaboration se pratique entre « partenaires égaux » (ce qui, dans le cas présent, ne peut pas être, étant
donné la disproportion des forces économiques et financières en présence), elle entraîne nécessairement la collaboration politique. « La politique, rappelait LENINE, est le concentré de l’économie. Les accords « économiques » préservant les positions françaises en Algérie confirment ce que révèle également la structure de l’Algérie : l’Etat algérien a un contenu de classe bourgeois. C’est ainsi que toutes les données, économiques, sociales et politiques de l’Algérie d’Evian démontrent que l’Etat algérien est chargé de la défense des intérêts conjoints de la caste des propriétaires fonciers, de la classe bourgeoise musulmane et de l’impérialisme. C’est l’instrument d’oppression des masses.

La révolution déclenchée par l’insurrection du 1er novembre n’a pu, sous la direction du F.L.N., franchir le stade de l’indépendance politique. L’indépendance nationale, c’est-à-dire la rupture des liens avec le capital financier, la libre disposition des richesses, inscrites comme revendications fondamentales des aspirations des masses algériennes, n’ont été atteints à aucun degré. Ce qui vérifie totalement le programme de la 4ème Internationale élaboré par Léon TROTSKY en 1938, qui, généralisant l’expérience des révolutions du XXe siècle dans les colonies, établit que l’indépendance nationale ne saurait devenir une réalité que comme partie intégrante de la révolution prolétarienne mondiale.

Les théories petites-bourgeoises sur les diverses variétés de socialisme spécifiques (algérien, benbelliste, nassérien, etc…) trouvent leur complément naturel dans les « théories » tournant autour du caractère périmé de la lutte de classes dans les pays « nantis ». Derrière une terminologie factice : « nations prolétaires », « tiers monde », « blocs », etc…, se camouflent et la défense des intérêts de la bourgeoisie mondiale, et la volonté farouche de briser l’unité de lutte du prolétariat mondial. Il n’est pas de hasard fortuit en politique. La bureaucratie du Kremlin et les différents P.C.F. apportent leur soutien à BEN BELLA, drapeau de l’idéologie du tiers monde. La coexistence pacifique est l’expression achevée de la tentative de submerger la lutte de classes internationale du prolétariat, en divisant le monde en trois blocs : le bloc capitaliste, le bloc des états socialistes et celui, apparemment « asexué » du tiers monde. En fait, et dans la réalité, le monde et chacun des pays, sont structurés en classes : la classe des capitalistes et la classe des prolétaires en sont les classes fondamentales antagoniques.

La coexistence pacifique, qui est la négation de la lutte de classes, trouve ses corollaires dans les voies pacifiques vers le socialisme, dont les socialismes algérien, guinéen, tunisien ou nassérien expriment le contenu parfaitement contre-révolutionnaire. Il coule de source, pour tout être sensé, que les exploiteurs, les bourgeois, considéreront en tous lieux et en tous temps une révolution socialiste visant à l’expropriation du capital comme un acte de guerre. Le prolétariat n’aura d’autre possibilité que celle d’accepter la loi du capital et son mode d’exploitation s’il admet que soient identifiés socialisme et coexistence pacifique. C’est ainsi que le soutien de l’Union soviétique au « tiers monde » et au régime de BEN BELLA, apporte une caution contre-révolutionnaire à la bourgeoisie autochtone et à l’impérialisme mondial qui ont, à Evian, posé les fondations d’un Etat de classe exprimant leurs intérêts contre les masses.


En apparence, la reconnaissance précipitée du coup d’Etat BOUMEDIENNE par la Chine populaire traduirait une ligne fondamentalement opposée à celle de l’U.R.S.S. En fait, sous des formes différentes, il y a chez MAO TSE TOUNG un même support idéologique. Moscou soutient BEN BELLA, Pékin BOUMEDIENNE. Mais la forme chinoise de la coexistence pacifique rejoint, en particulier sur le plan international, la forme russe, concernant la division du monde en « blocs » , le « tiers monde », l’appui apporté aux diverses variétés « spécifiques de la marche concrète vers le socialisme. Le conflit se situe ailleurs. Pour tenter
de garantir ses privilèges et arriver à un accord avec l’impérialisme, la bureaucratie du Kremlin accepte que soient sacrifiés sur l’autel de la coexistence pacifique les intérêts du prolétariat mondial, donc du peuple chinois. Pour tenter d’éviter la guerre que prépare fébrilement l’impérialisme U.S. contre la Chine, le P.C. chinois s’efforce d’utiliser
les rivalités entre les Etats bourgeois et les mouvements révolutionnaires comme moyen de pression. Mais ni le P.C. russe ni le P.C. chinois ne veulent appuyer la lutte de classe internationale. Les déclarations redondantes relatives à l’aide que les « volontaires chinois » vont apporter au Viêt-Nam en constituent la preuve. Non qu’il faille critiquer le P.C. chinois de ne pas avoir expédié ses armées, cadres et soldats, au Viêt-Nam. Dans la conjoncture actuelle, une intervention directe de l’armée chinoise serait très certainement une aventure. Mais ce dont a besoin le peuple vietnamien c’est que l’étreinte de feu, de fer et de sang par laquelle l’impérialisme U.S. cherche à écraser la révolution soit desserré. L’extension de l’action révolutionnaire dans le Sud-Est asiatique, aux Indes, en Indonésie, au Japon et ailleurs, voilà qui contribuerait certainement à faire reculer l’impérialisme yankee. Mais le gouvernement chinois, engagé dans sa propre version de coexistence pacifique, par exemple avec la bourgeoisie japonaise, n’entend absolument pas aider le prolétariat japonais à lutter contre ses exploiteurs. Bien eu contraire, le P.C. chinois freine la lutte de classes au Japon, au même titre que le P.C.F. freine la lutte de classes en France. La variété « chinoise » de la coexistence pacifique est à l’image de la variété « russe ». C’est la recherche d’accords entre « Etats », y compris avec l’Etat bourgeois américain, aux dépens des intérêts révolutionnaires du prolétariat mondial. Cette politique entraine aux plus graves mécomptes. Au Caire, NASSER s’est refusé à condamner l’intervention U.S. au Viêt-Nam, malgré les demandes pressantes des chinois. A Alger, la 2ème conférence de Bandoeng sur laquelle la république populaire chinoise fondait les plus grands espoirs s’est effondrée en dépit du soutien de Pékin apporté à BOUMEDIENNE. Il y a entre ces deux événements un lien des plus évidents. La première conférence de Bandoeng en 1955 s’est terminée sur un « succès » salué également par les Américains, KROUTCHEV, MAO TSE TOUNG, NEHRU, NASSER, BEN BELLA, l’empereur d’Ethiopie et tutti quanti. Déjà, le simple fait que des hommes d’Etat exprimant des intérêts aussi contradictoires, aient pu se rassembler dans une même satisfaction, démontre complètement l’équivoque de la conférence. Le simple bon sens, à défaut d’une politique correcte, suffirait à démontrer que si Bandoeng était considéré comme un fait positif, par les U.S.A. et par la Chine, il y avait certainement une des parties qui était trompée.

Le marxisme permet de lever ce malentendu, si malentendu il y a. L’oppression et l’exploitation des peuples coloniaux par l’impérialisme, prennent les formes les plus diversifiées. La domination peut être directe ou indirecte. Directe, le pays opprimé est alors une colonie. Indirecte, la domination de l’impérialisme prend la forme de l’indépendance politique. En Amérique Latine, l’impérialisme U.S., par exemple, assure de tout temps sa mainmise par le contrôle d’Etats dits souverains. Le « succès » de la conférence de Bandoeng s’inscrit très exactement dans la substitution de la forme d’oppression directe qu’il fallait liquider pour préserver les bases de l’impérialisme, à la forme d’oppression indirecte. Sous cet angle, Bandoeng a donc été effectivement un succès pour l’impérialisme. Il lui a permis de maintenir, avec le minimum de heurts, ses positions fondamentales. La plupart des colonies ont obtenu ou arraché leur indépendance politique. Des Etats bourgeois, à peu près partout à présent, garantissent dans les ex-colonies l’exploitation impérialiste. Ces Etats bourgeois sont bien naturellement dans la dépendance la plus étroite de l’impérialisme mondial en général et de l’impérialisme U.S. en particulier. Quels objectifs pouvait donc atteindre la deuxième conférence de Bandoeng ? Organisation d’un combat contre le capitalisme yankee ? Comment était-il possible de penser que la plupart des Etats qui devaient venir à Alger, dépendant dans tous les domaines de Washington, allaient s’engager dans une lutte effective contre JONHSON ? Les illusions des chinois se sont effondrées sur la dure réalité des forces de classes. BOUMEDIENNE, quant à lui, ne s’est pas formalisé outre mesure de l’échec de la conférence. Ce qui pour lui est plus important, c’est la stabilisation de son pouvoir. S’il y arrive, il obtiendra la « reconnaissance » de Washington.


Il n’y a nul motif de satisfaction ou de plainte à tirer des événements qui ont entraîné la chute de BEN BELLA. Il n’est pas d’autre voie pour abréger les formes tragiques dans lesquelles se poursuit la terrible période de l’agonie du capitalisme, que de lutter pour l’Internationale révolutionnaire, la 4ème Internationale, bâtie sur des partis révolutionnaires nationaux. La phase présente prise par la lutte de classes en Algérie pourra être utile à la révolution prolétarienne si l’avant-garde marxiste algérienne, en France et dans le monde, en assimile les leçons. Le socialisme est international ou il n’est rien. Les théories sur les diverses variétés du socialisme sont bourgeoises. Rien d’autre.


(1) Heureux mortel que le « théoricien » pseudo-trotskyste P. FRANK qui, il y a quelques années, avait découvert en Guinée un « Etat ouvrier »

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