Article paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, journal communiste, n° 3, décembre 1926

Une crise de chômage vient de commencer en France. Elle n’est pas passagère. Déjà elle atteint toutes les branches de l’industrie. Cette crise devait fatalement se manifester ; car si la baisse du franc avait favorisé l’exportation, la hausse devait la restreindre. Mais comme tous les capitalistes ne veulent en rien qu’on touche aux bénéfices scandaleux réalisés par eux pendant la guerre et la période d’inflation, il leur faut produire moins cher pour se maintenir sur le marché mondial.
Pour cela, ils concentrent, rationalisent leur production et veulent récupérer la différence sur la main-d’œuvre ouvrière.
Ils s’attaquent non seulement aux salaires, mais à la journée de huit heures. Ils intensifient le chômage, épouvantent les ouvriers et sèment entre eux la division. Déjà une vaste campagne de diffamation est reprise par le gouvernement contre nos frères nord-africains. On veut dresser contre eux les ouvriers français et profiter de leur lutte fratricide. Les Algériens, débauchés par centaines des usines et « lâchés » par les ouvriers français, devront pour vivre travailler moins cher et pour des journées plus longues.
Ceux d’entre eux qui ne voudront pas se plier à ces dures conditions, les militants indigènes qui combattront le régime de pénitence, seront impitoyablement rapatriés et jetés dans leur pays en pleine famine.
Pour cette besogne on a renforcé le bureau de police de la rue Lecomte. Cette officine policière pourvoie les industriels de main-d’œuvre à bon marché et expulse les Nord-Africains récalcitrants.
A Lyon, on a déjà rapatrié deux convois de 200 Algériens. Nous nous élevons contre le rapatriement forcé.
Les travailleurs algériens sont pour la France une propriété exclusive ; elle peut disposer d’eux comme bon lui semble ; tantôt pour les massacrer dans ses guerres, tantôt pour les exploiter où son économie l’exige. Ils ne peuvent même pas, à l’instar des ouvriers polonais, italiens, espagnols, etc., voyager librement ou émigrer à l’étranger.
Ce scandale doit cesser. Les Musulmans nord-africains ont assez payé les frais de la guerre et de l’après-guerre pour exiger qu’on les traite sur un pied d’égalité.
Les chômeurs coloniaux doivent recevoir les mêmes secours de chômage que les ouvriers français. Ils y ont droit.
Pour bénéficier des secours de chômage prévus, tout ouvrier congédié doit exiger de son patron un certificat mentionnant que le licenciement a été causé par le manque de travail.
Muni de ce certificat de chômage et d’une quittance de loyer ou certificat de domicile légalisés par le commissaire de police de son quartier, il se présentera à la mairie de son arrondissement où il demandera son inscription sur les listes de chômeurs.
Avant de tenter toute démarche, il devra se présenter et se faire inscrire dans les différents bureaux de placement.
Il devra s’opposer à tout rapatriement forcé et s’adresser le plus souvent à la permanence de son syndicat, qui lui donnera les instructions nécessaires pour s’organiser en vue de la défense des revendications et des mots d’ordre lancés par la C. G. T. U. :
Droit syndical intégral ;
Liberté d’immigration ;
Pas de rapatriement forcé ;
Respect des huit heures ;
Exiger des municipalités des secours vitaux ;
Création de soupes populaires ;
Des logements gratuits ;
Ouverture de chantiers ;
Suppression de l’abominable code de l’indigénat.
Nos frères nord-africains ne devront pas se laisser intimider par la police indigène de Gerolami, mais mener une action commune avec les ouvriers français pour résister à la crise de chômage dont, seul, le capitalisme est responsable.


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