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L’Etoile Nord-Africaine est poursuivie !

Article paru dans La Lutte Sociale, organe bi-mensuel du Parti Communiste Algérien, Nouvelle série, 25e année, n° 13, du 1er au 15 novembre 1934

Après les poursuites contre les dirigeants de l’Etoile Nord-Africaine et la dissolution de cette organisation, un autre groupement s’était constitué sous le nom de la « Glorieuse Etoile Nord-Africaine ».

Le journal El Ouma étant l’organe de cette association, la direction du journal El Ouma tient à protester avec la dernière énergie contre l’attitude du gouvernement français et nous prie de joindre notre protestation à la sienne contre l’interdiction du meeting projeté pour le samedi, 13 octobre.

Elle nous communique la protestation ci-dessous :

Ce meeting, pour lequel une démarche avait été effectuée huit jours auparavant auprès de la Préfecture de police, n’a été interdit que deux heures avant sa tenue.

Cette interdiction, qui est la troisième en quelques mois, démontre clairement le bâillon même au milieu du peuple français et de continuer sa politique d’oppression en vertu de l’odieux Code de l’indigénat, sous lequel nous gémissons toujours, en dépit des promesses cyniquement reniées. Cela nous prouve, une fois de plus, que les sentiments de droit et justice dont la France se déclare le champion, ne nous concernent pas et que les musulmans nord-africains sont systématiquement écartés de tous droits auxquels ils aspirent et voués à demeurer sous la botte de la tyrannie colonialiste.

D’autre part, le fait d’interdire nos réunions à la dernière minute présente un danger dont la gravité n’échappe à personne.

En effet, en nous laissant dans l’ignorance de leurs décisions, les chefs responsables du Gouvernement ont risqué à plusieurs reprises de provoquer des bagarres entre la police avec son habituelle brutalité, et nos compatriotes que nous ne pouvons prévenir et que cette police bouscule, fouille ou arrête sans raison, allant même jusqu’à empêcher notre service d’ordre de refouler lui-même nos co-religionnaires, dont l’admirable sang-froid ne réussit pas a calmer l’ardeur policière. A quoi tend le but du Gouvernement en agissant ainsi ? espère-t-il faire reculer ce mouvement de revendications et continuer à nous maintenir en état d’esclavage perpétuel ? Nous pouvons assurer ceux qui l’espèrent que le peuple est décidé à briser ses chaînes et arracher ses droits coute que coute. Les lois d’exceptions n’arrêteront pas un peuple décidé à être libre. Nous faisons appel à l’opinion publique, aux hommes de bonne foi, au peuple français jaloux de sa liberté, de protester avec nous et de nous aider à abolir cette tyrannie séculaire. »

Nous apprenons par ailleurs que les dirigeants de la « Glorieuse Etoile Nord-Africaine » sont poursuivis pour reconstitution illégale d’association.

L’affaire viendra devant la 14e Chambre, à Paris. Me Jean Longuet, député socialiste, défendra les inculpés. Au moment où ces poursuites étaient engagées, les organisations révolutionnaires parisiennes, soucieuses de défendre les libertés démocratiques et de les imposer en faveur des travailleurs nord-africains, mettait ses salles à la disposition de l’Etoile Nord-Africaine.

Vendredi, 26 octobre, au cours du compte-rendu de la délégation ouvrière d’enquête à Constantine, organisée par le Secours International Rouge, à la salle de la Maison des Syndicats, rue de la Grange-aux-Belles, deux orateurs de l’Etoile Nord-Africaine, Messali et Radjef, prenaient la parole aux côtés de Me Hajje, avocat du S. R. I., le député communiste Monjauvis, tous deux de retour de Constantine, de Léo Wanner, de la Ligue Antiimpérialiste, de Sellem, des Amis d’El Amel, et de Aïtaly, de la Ligue de défense des musulmans Algériens.

Il faut regretter que les réticences de certains dirigeants de l’Etoile Nord-Africaine, en ce qui concerne l’organisation de l’action commun en faveur des inculpés de Constantine, leur attitude sectaire envers le mouvement ouvrier français ait abouti à l’isolement de nombreux travailleurs nord-africains de la région parisienne et facilité les coups de la répression impérialiste.

Nous souhaitons que la leçon ne sera pas oubliée et que les dirigeants de l’Etoile Nord-Africaine favorables à un rapprochement avec le mouvement ouvrier révolutionnaire, feront triompher leurs vues au sein de leur organisation. Le récent meeting de la rue Grange-aux-Belles autorise ces espoirs.

Le parti Communiste appelle ses organisations à protester contre la dissolution et les poursuites envers l’Etoile Nord-Africaine et à organiser l’action commune avec les sections de cette organisation contre la répression impérialiste, pour l’abandon des poursuites, pour le droit d’organisation aux travailleurs nord-africains, pour la suppression de l’office de mouchardage de la rue Lecomte « commune mixte » à Paris, contre l’odieux Code de l’indigénat.