Catégories
presse

Le gouvernement du Front Populaire aux ordres de La Rocque fait dissoudre l’Etoile Nord-Africaine

Article paru dans La Commune, n° 41, 29 janvier 1937 ; suivi de « La dissolution ne frappe que les opprimés des colonies » paru dans La Commune, n° 43, 12 février 1937

DEJA les gouvernements bourgeois avaient fait dissoudre par les tribunaux à leur dévotion « L’Etoile Nord-Africaine ». Mais cette mesure, prise en 1929, n’avait pu briser la combativité de nos camarades indigènes qui continuèrent leur lutte contre l’impérialisme français.

Nous sommes maintenant sous un gouvernement de Front Populaire soutenu par les staliniens, et « L’Etoile Nord-Africaine » vient à nouveau d’être dissoute, mais, cette fois, par un décret ministériel.

Le fait que cette mesure ait été prise par un homme qui se prénomme Marx a quelque chose de symbolique. Que des « socialistes » frappent des travailleurs qui veulent se libérer du joug du capitalisme colonisateur n’est pas pour nous surprendre et nous nous souvenons encore de la stupeur que provoqua, en 1935, au congrès de Mulhouse, le représentant des bolchéviks-léninistes lorsqu’il vint rappeler que le devoir des révolutionnaires est de préparer la révolte des peuples coloniaux.

Mais une telle mesure est prise avec la complicité des staliniens qui, une fois de plus, volent au secours de l’impérialisme français. Non seulement, les larbins de Staline font confiance au gouvernement pour porter la répression aux colonies, mais encore ils dénoncèrent, au congrès de Montreuil, les « menées anti-françaises » et séparatistes de « L’Etoile Nord-Africaine ».

Si nous ajoutons que Messali Hadj, fondateur du groupement, déjà condamné en 1935 pour propagande antimilitariste, est à nouveau poursuivi par le parquet de Tlemcen et que le gouverneur Le Beau a pris un arrêté interdisant la diffusion de l’Hymne à l’indépendance, les « réformes » démocratiques sur le droit de vote et l’éligibilité aux indigènes prennent, à la lumière de ces événements, tout leur sens.

A Oran, les travailleurs coloniaux ont engagé la lutte et déclenché des actions de masse. C’est dans cette voie qu’ils doivent continuer. Pour détruire notre propre impérialisme, pour faire triompher les revendications des peuples opprimés et pour hâter leur libération, « L’Etoile Nord-Africaine » trouvera à ses côtés le Parti Communiste Internationaliste pleinement solidaire de son action.


Les bandes fascistes agissent librement

La dissolution ne frappe que les opprimés des colonies

Spoliés de leurs terres par l’impérialisme français, les Nord-Africains ont été plus mal traités que des animaux. Pour ne pas crever complètement de faim en Algérie, ils ont dû venir travailler aux emplois les plus durs, les plus rebutants, les plus malsains dans les entreprises. En Algérie, on les dressait contre le juif ; en France, on apprenait aux travailleurs français à se moquer des « sidis », des « bicots ». En semant la division entre exploités, le capitalisme trouvait son profit.

Un parti, des ouvriers français s’adressèrent à eux comme à des frères. Le parti communiste acquit leur confiance. Quand il leur demanda de soutenir le Front populaire qui devait donner le pain, la paix et la liberté, ils acceptèrent.

Mais il n’a pas fallu de longs mois pour y voir clair : le Front populaire a fait la même chose que le Front national. Il n’a pas dissous les bandes fascistes, mais il a dissous, comme le triste petit Régnier, l’Etoile Nord-Africaine. Il sait aussi pratiquer la division, en donnant le droit de vote à quelques milliers d’Algériens, instruits ou riches ou, en tous cas, prêts à se dévouer pour l’impérialisme français.

Trahison ! Elle a été aussi faite avec l’aide du parti communiste, des Thorez et des Cachin qui t’accusent d’être un allié d’Hitler, comme ils en disent autant des « trotskystes ».

Pourquoi cette trahison, te demandes-tu, camarade nord-africain ! Qu’est-ce qui s’est passe ? Rappelle-toi qu’ils ont adopté depuis quelque temps le drapeau tricolore, celui des bourgeois. En faisant cela, ils sont devenus les complices de ces bourgeois. Quand Acherchour a été tué, on a fait, sur sa tombe, des discours qui ne coûtent pas cher ; il faut te dire de belles paroles pour mieux te tromper.

Camarade nord-africain, en abandonnant les traîtres du Front populaire, méfie-toi des gens comme La Rocque, Doriot. Il y a pour toi un moyen de bien distinguer tes amis de tes ennemis : ceux qui sont pour le drapeau tricolore sont tes ennemis, même quand ils y ajoutent beaucoup de rouge.

Tu viendras lutter dans les rangs du Parti Communiste Internationaliste (IVe Internationale) qui n’a qu’un seul drapeau, le drapeau rouge des paysans et des ouvriers, qui te soutiendra dans ta lutte pour l’indépendance et qui travaille à l’émancipation de tous les travailleurs par la révolution prolétarienne mondiale !

A bas l’impérialisme français et ses valets.


Le contenu de ce site est accessible gratuitement depuis sa création en 2012. Il s’agissait, dès l’origine, de faire connaître mon actualité et de partager des textes issus de mes centres d’intérêt. Chaque jour ou presque, je n’ai cessé de retranscrire, sur mon temps libre, des articles ou documents, souvent méconnus, qui concernent les luttes contre le colonialisme, le capitalisme, le cléricalisme, le racisme, le sexisme, etc. Si vous souhaitez soutenir cette démarche, vous pouvez vous abonner et relayer le contenu de ce site. Mais vous pouvez aussi vous procurer mes livres, en particulier mon dernier ouvrage intitulé Le Spectre du colonialisme, disponible dans toutes les bonnes librairies.

Nedjib SIDI MOUSSA