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Après l’interdiction du meeting organisé par l’ « Etoile Nord-Africaine »

Article paru dans Le Populaire, 29 mai 1934 ; suivi de « La persécution continue contre les Nord-Africains », 2 novembre 1934 ; « Les promoteurs de « l’Etoile Nord-Africaine » impitoyablement condamnés », 6 novembre 1934 ; « Contre la dissolution de l’Etoile Nord-Africaine », 22 novembre 1934 ; « Au Palais de la Mutualité 2.500 auditeurs protestent contre les vexations dont sont victimes les Nord-Africains », 23 novembre 1934 ; « Pas de liberté d’opinion pour les Algériens en France », 14 décembre 1934 ; « Les audiences sont-elles oui ou non publiques ? », 28 décembre 1934

Après l’interdiction du meeting organisé par l’Etoile Nord-Africaine, la population musulmane de Paris, réunie en assemblée extraordinaire, à laquelle ont pris part sept mille personnes, a voté l’ordre du jour suivant :

Profondément émue par les nouvelles répandues portant gravement atteinte à la liberté de la presse en Algérie, au respect du culte islamique et à l’enseignement de la langue arabe, elle proteste énergiquement contre ce nouveau renforcement du code odieux de l’indigénat ; elle demande avec force :

1. Le respect de l’article 9 de la convention du 5 juillet 1830 et qui dit : « Exercice libre de la religion mahométane. »

2. L’abolition du code de l’indigénat et de toutes les mesures d’exception.

3. La dissolution de la commission interministérielle des Affaires musulmanes.

4. La dissolution de la commune mixte de Paris, rue Lecomte.

5. La liberté de presse, de parole et d’association.

Elle proteste également contre l’interdiction de la presse arabe au Maroc (« Maghreb » et « Action du peuple »).

Considérant en outre que le code de l’indigénat et son renforcement actuel par la commission interministérielle des Affaires musulmanes est une condamnation à mort de treize millions de Nord-Africains, elle jure de lutter énergiquement pour arracher cette liberté qu’on lui refuse.


La persécution continue contre les Nord-Africains

Scandaleuse arrestation de Messali

Obéissant aux sommations de la « Maffia fasciste », le gouvernement continue à accumuler les mesures de brutalité et de provocation contre les Nord-Africains de Paris. Il avait déjà décidé de poursuivre plusieurs d’entre eux, dont le citoyen Messali, le courageux directeur de « El Ouma » (l’organe des Algériens de Paris) pour la reconstitution de leur société, l’ « Etoile nord-africaine », précédemment dissoute. Cela pouvait entraîner tout au plus une condamnation à une amende. L’affaire doit venir lundi prochain devant la 13e chambre correctionnelle, où les inculpés seront défendus par notre ami Jean Longuet.

Mais ces messieurs de la rue Lecomte, gardes-chiourme salariés (très somptueusement aux frais de la princesse) et les policiers amateurs de la presse fasciste trouvaient que c’était insuffisant.

Ils ont donc imaginé une autre inculpation contre Messali. On l’accuse d’ « excitation de militaires à la désobéissance dans un but de propagande anarchiste », selon la formule des « lois scélérates » !

Ceci, paraît-il, pour un discours prononcé dans une réunion tenue dans le 15e il y a plusieurs semaines et où, parmi beaucoup d’autres auditeurs, se trouvaient trois ou quatre soldats algériens. Inutile de dire que l’inculpation est entièrement fausse, basée sur les rapports de quelques policiers arabes de la rue Lecomte, qui ont écrit ce qu’on leur a demandé et dont le témoignage est des plus suspects.

C’est dans ces conditions qu’hier matin, à 6 heures, Messali, qui veillait avec sa femme (Française) leur fils malade et sur le point de subir une grave opération, s’est vu signifier un mandat d’amener du juge Benon, et a été écroué au Dépôt. Cette nouvelle et odieuse persécution a produit une profonde émotion dans toute la colonie nord-africaine de Paris.


« Les promoteurs de « l’Etoile Nord-Africaine » impitoyablement condamnés »

Devant la quatorzième Chambre correctionnelle, ont comparu trois Algériens : Hadj ould Ahmed Messali, Amar ben Ali Imache et Belkacem Radjef, poursuivis pour un curieux « délit ». Ils avaient reconstitué une société dissoute par ordre de la Cour de Paris, l’ « Etoile Nord-Africaine » qui, créée par des communistes, avait été jugée subversive. Les trois inculpés se défendaient par contre de toute intention politique, et prétendaient avoir le droit de se grouper, tout comme les Normands ou les Bretons de Paris.

Charge de défendre ces trois inculpés, M. Jean Longuet prononça une vibrante plaidoirie, et apporta à la barre des témoignages aussi autorisés que ceux de notre camarade Jules Moch et de M. Louis Roubaud. Il en appert avec évidence que le prolétariat du Nord de l’Afrique reste tenu dans une indicible misère physique et morale, moins d’ailleurs du fait de la domination française que de celle des riches colons qui donnent le ton et exploitent les indigènes.

Notre ami Jean Longuet montra avec beaucoup de talent et de force que le régime imposé aux Nord-Africains, aussi bien dans le département d’Alger qu’en Tunisie ou au Maroc, devrait être modifié :

Ils ont combattu pour la France, et la France n’a pas fait d’eux des citoyens : le droit de vote leur est refusé !

Le défenseur évoqua le sort des Canadiens français que l’Angleterre a su rallier à l’Empire britannique et demanda, en faveur des Nord-Africains, des écoles, des œuvres sociales, des libertés de citoyens. Ce bel effort devait laisser indifférent le tribunal que présidait M. Teillard de Nozerolles, et les trois inculpés ont été tous trois condamnés à six mois de prison et 2.000 francs d’amende. Un grand nombre de leurs amis, qui avaient assisté aux débats, se dispersèrent navrés. Une pétition qui s’était couverte, à Saint-Denis seulement, de 2.000 signatures, restait ainsi sans effet. On peut hautement le regretter !


Un jugement scandaleux

On vient de lire le compte-rendu des débats de la 14e Chambre, devant laquelle étaient traduits trois militants algériens : Messali, Radjef et Imache, comme membres du bureau de l’Association « La Glorieuse Etoile Nord-Africaine », dont ils rédigent également El Ouma (Le Peuple).

L’inculpation qui pesait sur eux se basait uniquement sur l’article 8 de la loi de 1901 visant le délit de reconstitution d’une société dissoute.

Les accusés soutenaient à juste titre que jamais l’arrêt de dissolution ne leur avait été notifié et qu’au surplus, c’était une autre société qu’ils avaient en réalité constituée, puisque la première était en quelque sorte une filiale du Parti communiste, tandis que la société actuelle était complètement indépendante.

De toute manière, c’est un délit d’ordinaire sanctionné par une simple amende.

Tout de suite on put constater en face de quelle hostilité haineuse les inculpés se trouvaient placés.

Le président M. Teillard de Nozerolles (avec un tel nom à courant d’air on ne peut pas, en général, s’attendre à rencontrer un républicain) montra la plus évidente partialité dans sa façon rageuse de conduire l’interrogatoire.

Le substitut du procureur de la République dressa contre Messali et ses amis un réquisitoire violent, les accusant tout simplement de préconiser, dans l’Afrique du Nord, l’expulsion des Européens par le meurtre et l’incendie.

En vain Jean Longuet réfuta ces sottises et montra dans une plaidoirie documentée que c’était au contraire le refus obstiné de toute justice qui risquait de pousser au désespoir des millions de Musulmans.

Il cita à cet egard des passages caractéristiques du livre de l’ancien gouverneur de l’Algérie, Maurice Viollette.

Le tribunal prononça ensuite sa sentence. Elle était féroce : six mois de prison sans sursis, à chacun des inculpés, et, ce qui est encore pire peut-être, 2.000 francs d’amende, soit en réalité pour les trois inculpés solidaires, 45.000 francs à payer.

Est-il besoin de souligner ce qu’une telle décision a d’abominable lorsqu’elle frappe des travailleurs sans fortune et pour lesquels elle peut se traduire par des années de contrainte par corps ?

On se demande quel vent de folie souffle sur certains milieux officiels ! Surtout lorsqu’on sait quelle émotion profonde ce procès honteux a soulevé dans toute la population nord-africaine de Paris et bien entendu, demain, en Algérie. Pour en comprendre la portée, qu’il nous suffise d’indiquer qu’à l’ouverture des débats des délégués de Saint-Denis ont remis à notre ami Longuet une protestation en faveur de Messali qui, en quelques heures, avait recueilli 2.000 signatures parmi les Algériens de la banlieue nord.

Cependant, une nouvelle poursuite encore plus odieuse est intentée en vertu des lois scélérates contre Messali, accusé d’invitation de militaires à la désobéissance, accusation basée sur des rapports mensongers de policiers indigènes : assistant à une réunion tenue, il y a trois mois, dans le quinzième arrondissement.

Messali a été interrogé à l’issue de l’audience du tribunal par le juge d’instruction Benon, car maintenant, et surtout lorsqu’il s’agit de pauvres gens, la justice est expéditive sur ce nouveau chef d’accusation. Le courageux militant algérien a répondu avec calme et dignité et Longuet, qui l’assistait encore, a annoncé au juge qu’il lui demandait d’entendre un grand nombre de témoins qui viendraient démentir les propos insensés que l’on a prêtés au président de l’Etoile Nord-Africaine.

Ajoutons enfin qu’à la Santé, Messali a été placé au régime de droit commun, parmi les voleurs et les meurtriers.

Son défenseur a élevé à ce sujet une énergique protestation à la Chancellerie, dont nous espérons qu’elle va être suivie d’effet dès aujourd’hui.

Pour nous résumer, constatons que nos dirigeants font tout ce qu’il faut pour exaspérer nos concitoyens d’Algérie, pour la colère et la désaffection parmi les millions de Musulmans de toute l’Afrique du Nord. C’est une besogne vraiment intelligente.


Contre la dissolution de « l’Etoile Nord-Africaine »

Contre la dissolution de l’organisation « Etoile Nord-Africaine », un grand meeting aura lieu ce soir à la Maison de la Mutualité.

Orateurs : Robert Jean-Longuet, Parti socialiste, Fédération de la Seine ; André Ferrat, du Bureau politique du Parti communiste ; Cudenet, Parti radical-socialiste Camille Pelletan ; Léo Wanner, Ligue antiimperialiste ; Imache Amar, de l’Etoile Nord-Africaine ; Dadot, de la C.G.T.U. ; Cazaubon, de la Fédération autonome des fonctionnaires ; Caillaud, Ligue des Droits de l’Homme ; André Berthon, avocat du Comité de défense des libertés syriennes ; Marnave, du S.R.I. : Paul Hirtz, Jeunesses laïques et républicaines.


Au Palais de la Mutualité 2.500 auditeurs protestent contre les vexations dont sont victimes les Africains du Nord

Notre ami Jean Longuet fait le procès
des provocations policières

Devant une salle comble a eu lieu, hier soir, le meeting organisé au Palais de la Mutualité contre la dissolution de l’ « Etoile Nord-Africaine ».

Plus de 2.500 personnes, pour la plupart originaires de l’Afrique du Nord avaient pris place dans la salle, sans avoir été, comme les fois précédentes, persécutées à l’entrée par les sicaires de la fameuse organisation de basse-police de la rue Lecomte. Francis Jourdain préside la séance.

Tour à tour se succèdent les orateurs du parti radical Camille-Pelletan, des Jeunesses laïques et républicaines, de la Ligue des Droits de l’Homme et du parti communiste.

Puis, salué par une vibrante ovation, c’est le tour de notre ami Jean Longuet, député de la Seine, défenseur des Algériens poursuivis par l’arbitraire policier.

Longuet se félicite de voir qu’enfin les Algériens, citoyens français d’après la loi, jouissent du droit de réunion tout comme les Russes blancs et les fascistes italiens. Il dénonce le rôle des policiers de la rue Lecomte, vrais faussaires occupés à fabriquer des inculpations basées sur des motifs bien fragiles, comme celle dont est victime Messali, poursuivi pour avoir pris la parole dans un meeting tenu trois mois auparavant rue Cambronne. Enfin, Longuet décrit la triste situation à laquelle sont réduits les Africains du Nord dans leur propre pays et, chemin faisant, il fait le procès de l’odieux code de l’indigénat, instrument de l’asservissement de tout un peuple.

La péroraison de Longuet est acclamée par la salle, dressée dans un seul élan.

Imache, de l’Etoile Nord-Africaine, prend ensuite la parole ; il est poursuivi pour son activité militante en France. Qu’importe, il fera son devoir, comme le feront demain tous les travailleurs indigènes qui, groupés au côté de leurs camarades français, lutteront de toutes leurs forces contre l’ennemi commun : le fascisme. Toute la salle acclame cette belle déclaration.

Après avoir entendu les orateurs de la C. G. T., de la C. G. T. U., du S. R. I., Léo Wanner, Cazaubon, et André Berthon, premier défenseur des groupements indigènes poursuivis, les assistants votent un ordre du jour flétrissant les mesures vexatoires dont sont victimes les Africains du Nord et se séparent dans le plus grand calme.


Pas de liberté d’opinion pour les Algériens en France

Une association algerienne – l’Etoile Nord-africaine – avait organisé, comme nous l’avions déjà annoncé, une réunion publique, le 15 septembre dernier, rue Cambronne.

Deux mois après, un des orateurs, Messali, était inculpé et arrêté pour des propos qu’il aurait tenus dans cette reunion. A la demande de son avocat, notre ami Jean Longuet, de nombreux témoins ont été entendus : ils ont démontré la fausseté des trop fameux policiers de la rue Lecomte. Or, non seulement Messali n’a pas encore bénéficié d’une ordonnance de non-lieu, mais il est toujours à la Santé et il a fallu toute l’énergie de Longuet pour qu’il y soit soumis au régime politique.

Bien plus : il y a huit jours, M. Benon, juge d’instruction, notifiait une inculpation à un deuxième orateur, Radjef, dont l’avocat est notre camarade Edouard Depreux.

Aujourd’hui : troisième inculpation, celle d’Imache. A qui le tour ? Cet odieux procès d’opinion s’étendra-t-il encore.

Me Edouard Depreux a écrit au magistrat une lettre de protestation très ferme :

« Vous me permettrez, dit-il, de manifester mon étonnement en présence d’une inculpation, dont M. Radjef est l’objet … en décembre 1934, pour des propos qui ont été tenus, dans une réunion publique, le 15 septembre. Les articles 24 de la loi du 29 juillet 1881 et premier de la loi du 28 juillet 1894 n’ont pas, à ma connaissance, abrogé les libertés démocratiques, et notamment la liberté de pensée et la liberté de réunion. Si l’on voulait rétablir le crime d’hérésie ou créer un délit de non-conformisme, il aurait été plus honnête de le dire nettement. »

C’est sûr. Mais on s’en garde bien ! Quel est l’Algérien qui va être à son tour incarcéré ?


Les audiences sont-elles oui ou non publiques ?

Un incident au Palais

Hier revenait devant la 10me Chambre de la Cour l’affaire de l’Etoile nord-africaine, cette association d’ouvriers arabes, dissoute par le gouvernement dans des conditions assez peu légales.

Les trois inculpés Hadj Messali, Radjet et Imache qui avaient été défendus en première instance par notre ami Jean Longuet s’étaient vu condamner par le réactionnaire Teillard de Nozerolles à 6 mois de prison et 2.000 fr. d’amende chacun.

L’affaire revenait hier en appel et tandis que nos amis Mes Edouard Depreux, Robert Longuet et M. Hagge demandaient une remise, en raison de l’état de santé de Jean Longuet, les inspecteurs de la fameuse et abjecte officine de la rue Lecomte chassaient quelques dizaines de braves ouvriers algériens qui s’étaient installés à l’emplacement réservé au public.

Ces inspecteurs au nombre d’environ 25 firent même appel aux gardes municipaux, qui au nombre d’une quinzaine se placèrent aux portes des appels correctionnels.

C’est la première fois qu’en audience publique, des inspecteurs chassent avec brutalité un public paisible.

Les avocats sont décidés à saisir le président de cet incident.

Il serait grand temps de mettre fin aux mœurs de sauvages de la rue Lecomte. Il faudra bien que l’on arrive à supprimer ce repaire de trafiquants louches de Marianis au petit pied, d’indicateurs sans aveu.


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Nedjib SIDI MOUSSA