Article paru dans El Amel, juin 1934

L’Etoile Nord-Africaine avait convoqué un meeting de protestation contre les projets de la Commission interministérielle, salle des Sociétés Savantes, à Paris.
La police interdit l’entrée de la salle. Et les dirigeants de la réunions n’eurent d’autre ressource que de se porter vers une salle des syndicats unitaires.
Malgré l’attitude sympathique des organisations révolutionnaires envers les travailleurs nord-africains brimés par la police, les organisateurs du meeting refusèrent la parole au représentant d’El Amel qui devait faire la déclaration suivante :
« Je viens, au nom d’El Amel, vous apporter notre opinion sur les causes qui poussent l’impérialisme français à aggraver son oppression sur notre pays.
« C’était l’année dernière, pour la première fois, que le préfet d’Alger a pris un arrêté interdisant aux personnes étrangères au culte de parler dans les mosquées, et cela en violation complète des promesses de l’impérialisme français sur le respect des mœurs et coutumes des populations indigènes. Non content d’avoir violé ses propres promesses, l’impérialisme français, avec la complicité des élus indigènes, veut transformer cet arrêté en une loi, c’est-à-dire en faire une règle permanente.
« Pourquoi donc l’impérialisme français veut-il contrôler les mosquées ?
« Lorsque le préfet d’Alger a pris cet arrêté, il craignait que les rassemblements qui se faisaient à l’occasion des conférences n’échappent à son contrôle et risquent de prendre un caractère antiimpérialiste.
« Déjà lorsque fut pris cet arrêté, notre journal El Amel a pris nettement position et a soutenu les manifestations qui s’étaient produites.
« Nous sommes contre l’immixtion de l’impérialisme français dans la religion du peuple algérien. Nous sommes pour la séparation de l’Eglise musulmane et de l’Etat français.
« Nous avons déjà protesté contre les mesures dirigées contre l’enseignement en langue arabe et nous continuerons à nous dresser contre les nouvelles mesures équivalant à la suppression complète des écoles en langue arabe.
« Plus de 800.000 enfants indigènes ne peuvent aller à l’école, on veut les maintenir dans l’ignorance pour pouvoir perpétuer la domination impérialiste ; nous voulons que l’on ouvre des écoles en langue arabe aux frais du gouvernement.
« En ce qui concerne la presse, déjà nous nous sommes dressés contre toutes les interdictions dont nous avions nous-mêmes été victimes. Nous sommes pour la liberté complète de la presse indigène en arabe et en français.
« Nous saluons les manifestants de Tlemcen, de Constantine et des autres villes qui ont protesté contre ces nouvelles mesures de l’oppression impérialiste, mais nous mettons en garde les masses indigènes contre le sens que certains dirigeants voudraient donner à ces manifestations : proclamer l’amour et le respect de la France impérialiste et prétendre lutter en même temps contre les nouvelles lois d’oppression qu’elle veut nous imposer : voilà qui est nettement contradictoire.
« Ces nouvelles mesures viennent en même temps que les décrets-lois et les mesures de fascisation en France.
« C’est pourquoi nous pensons que nous devons lier notre lutte antiimpérialiste en Afrique du Nord avec la lutte de la classe ouvrière en France contre la bourgeoisie française qui prépare le fascisme. Unissons-nous dans la lutte avec le prolétariat français pour conquérir l’indépendance qui nous permettra de nous libérer des entraves économiques, politiques et culturelles.
« A bas les nouvelles mesures d’oppression !
« A bas le Code de l’indigénat !
« Vive l’indépendance des peuples opprimés ! »
A la suite de cette réunion, l’Etoile Nord-Africaine nous prie d’insérer l’ordre du jour suivant.
« Profondément émue par les nouvelles répandues, portant gravement atteinte à la liberté de presse en Algérie, au respect du culte islamique et à l’enseignement de la langue arabe, elle proteste énergiquement contre ce nouveau renforcement du code odieux de l’Indigénat ; elle demande avec force :
« 1° Le respect de l’article 5 de la Convention du 5 juillet 1830 qui dit : « Exercice libre de la religion mahométane ».
« 2° L’abolition du code de l’indigénat et de toutes les mesures d’exception ;
« 3° La dissolution de la Commission interministérielle des Affaires musulmanes ;
« 4° La dissolution de la Commune Mixte de Paris, 6, rue Lecomte ;
« 5° La liberté de presse, de parole et d’association.
« Elle proteste également contre l’interdiction de la presse arabe au Maroc (Maghreb et Action du Peuple).
« Considérant, en outre, que le code de l’indigénat et son renforcement actuel par la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, est une condamnation à mort de 13 millions de Nord-Africains, elle jure de lutter énergiquement pour arracher cette liberté qu’on lui refuse. »
Nous nous associons à leurs revendications 2, 3, 4, 5. En ce qui concerne le premier point, nous protestons contre les tentatives de l’impérialisme français de mettre complètement à son service la religion musulmane et nous nous dressons contre la présence de la police dans les mosquées. Nous sommes pour la séparation de l’Eglise musulmane de l’Etat français.
Avec les 700 travailleurs nord-africains (et non 7.000 comme le communiqué le porte faussement) auxquels les organisations révolutionnaires ont donné asile pour leur réunion, El Amel et ses amis mèneront la lutte contre l’impérialisme français.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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