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Musulmans Nord-Africains : Travailleurs, Etudiants, Commerçants habitant en France, Alerte !

Déclaration du Comité central de l’Etoile nord-africaine parue dans El Ouma, quatrième année, n° 19, février 1934

Le Comité Central de l’« Etoile Nord-Africaine », s’est réuni en séance extraordinaire pour examiner la situation due aux troubles dans la nuit du 6 au 7 février 1934.

Après avoir examiné minutieusement tous les troubles qui se sont passés, la politique intérieure et extérieure du Gouvernement, les conséquences qui pouvaient en résulter, a pris les décisions suivantes, et vous demande de les observer strictement :

Pendant la nuit du 6 au 7 février 1934, le sang a coulé. Des manifestations monstres se sont produites sur différents points de la capitale, ainsi qu’en province; il y a eu des morts, des blessés, des scènes atroces se sont déroulées. Des incendies. Plusieurs fois les services d’ordre furent débordés. Les troubles ont duré toute la nuit, et le lendemain ont été repris. Une profonde inquiétude continue à régner. Le Ministère Daladier a été emporté par ces événements. Il y a malaise profond en France, qui n’est pas dû seulement aux scandales politico-financiers, mais à tout le régime, à la crise économique, à la misère, au chômage, à la complication de la politique internationale et au fascisme qui cherche à s’installer en France. Le parti radical socialiste ne peut plus gouverner, il vient de recevoir une défaite qui ne sera pas oubliée de longtemps. L’impérialisme français a besoin, pour maintenir sa domination sur l’immense empire colonial et pour gouverner en France, d’autres moyens plus violents ; nous marchons vers une dictature, vers le fascisme.

A cette heure grave, nous constatons avec un regret amer, la division des partis dirigeants de la classe ouvrière. Cependant, nous espérons que devant l’acuité des événements, ils finiront par s’unir pour battre la réaction.

En ces circonstances très graves ; nous, musulmans nord-africains, habitant la France, comme nos compatriotes en Afrique du Nord, nous devons observer la situation actuelle, l’avenir qui ne sera pas clair, avec calme, avec sang-froid, avec intelligence, et ne pas se laisser manœuvrer, attirer, de ne pas faire le jeu des partis politique de la réaction, des fascistes, des camelots du roi, des jeunesses patriotes. A travers tous ces événements, nous ne devons voir que notre intérêt, notre pays et notre avenir. Par conséquent, notre sort est lié à la classe ouvrière, comme la classe ouvrière a son sort lié à notre émancipation. Nos intérêts sont communs.

L’avenir est incertain, la guerre menace ; nous vivons un moment de l’histoire très dangereux. Il n’y a rien de précis ni de stable, imprévus sur imprévus. Nous voulons vivre, nous voulons penser, nous voulons occuper une place au soleil comme tous les peuples, il faut donc veiller à ne pas laisser échapper l’occasion quand celle-ci se présente. Pensons à nos enfants, à notre pays, à notre sort qu’il faut absolument changer, cela ne peut durer indéfiniment. Notre choix est fait, il faut joindre nos forces à la classe, classe amenée pour lutter contre le fascisme, contre toute dictature, pour la liberté de la presse, pour la liberté de réunion et d’association, pour toutes les libertés sociales et ouvrières et pour notre émancipation totale.

Nos mots d’ordre : partout manifester avec le peuple français, contre le code de l’Indigénat, contre toutes les lois d’exception, contre l’exploitation, contre l’expropriation, pour l’augmentation des salaires, pour la journée de huit heures, l’égalité du service militaire, pour la liberté de voyage.

La langue arabe est notre langue nationale, luttons pour son développement, contre la représentation parlementaire, pour un Parlement en Algérie avec le suffrage universel pour tous les Algériens sans distinction de race ou de religion. L’heure est grave, ne restez pas à l’écart des événements qui se déroulent devant vous. Ne soyez pas seulement des hommes qu’on vient trouver au moment du danger pour aller vous faire tuer, soyez des combattants pour vos intérêts, pour vos droits, pour la liberté. Les bandes fascistes, les patriotes, les anciens combattants viennent de remporter une première victoire, par la dégringolade du jacobin Daladier. Barrons tous la route au fascisme. N’oubliez pas les dizaines de mille de nos frères tombés pendant la guerre mondiale. Souvenez-vous des promesses qui nous ont été faites. Rien n’a été tenu. Notre situation s’est aggravée, à tous les points de vue. Les moutons qu’on mène à l’abattoir résistent en cours de route. Et nous ? Allons-nous être victimes éternellement de l’impérialisme colonisateur. La situation politique internationale exige que l’on réfléchisse. Vous nous avez compris ? C’est l’essentiel. Organisez-vous et défendez-vous et faites votre devoir national en pensant au hadits du Prophète qui dit :

« Ne jamais obéir à une créature, pour désobéir au Créateur. »

Le Comité Central de l’Etoile Nord-Africaine.


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Nedjib SIDI MOUSSA