Editorial de Michieslazc Kokozcynski alias Michel Rouzé paru dans Oran Républicain, deuxième année, n° 468, 3 juin 1938 ; suivi de « La question antisémite » paru le 4 juin 1938

Le journal Oran-Matin a publié hier en troisième page, septième colonne, en caractère gras, le texte suivant ;
JEAN-CHARLES LEGRAND
en OranieJEAN-CHARLES LEGRAND ne vient pas parler, dans notre département, pour les anémies, les fragiles, les poitrines creuses, les embusqués et les JUIFS, qui pendant la prochaine guerre, que réclame l’entente judéo-maçonnique, abriteront, dans les bureaux de l’Intendance, leurs albumines, leurs hernies, leurs insuffisances thoraciques et leur frousse.
Ceux-là feront la critique des opérations, les pieds au chaud, et donneront, à de jolies marraines, leurs avis tactiques dans les restaurants à la mode. Car, pour les juifs : la guerre est une affaire ; le sang versé engraisse leurs comptes en banque.
JEAN-CHARLES LEGRAND vient dénoncer ce « PERIL JUIF ». Il faudra tout de même, que tous les Nationaux, tous les Latins, réagissent pour réduire à l’impuissance la horde JUIVE et MACONNIQUE. Il est encore temps, mais il faut aller vite et fort !
La personnalité de M. Jean-Charles Legrand ne nous intéresse pas. Cet aventurier, chassé du barreau, a voulu utiliser son expérience oratoire dans une autre profession, et il a choisi l’antisémitisme. C’est normal, la France en a vu d’autres, et la foule parisienne va écouter M. Jean-Charles Legrand, comme elle irait à une autre attraction spectaculaire, sans attacher autrement d’importance aux idées émises. Ce qui ne l’empêche pas, quand ces dernières vont un peu loin, de réagir parfois d’une manière dont M. Legrand n’a pas encore perdu le souvenir.
Mais voici que M. Legrand, qui connaît les bons publics, a décidé de faire une tournée en Oranie. S’il ne s’agissait que de ramasser de nouvelles recettes, nous n’y verrions pas d’inconvénient : chacun gagne sa vie comme il peut. Mais les appels qui paraissent depuis quelques jours dans la presse fasciste, et particulièrement celui que nous reproduisons ci-dessus, situent cette campagne sous son vrai jour : c’est une campagne d’appel à l’émeute.
Les républicains ont pour devoir de considérer la situation avec sang-froid, mais aussi avec résolution et fermeté.
La question juive, en Algérie, n’est qu’un fantôme suscité par quelques démagogues locaux. Mais il y a en revanche une question qui prend chaque jour une consistance et une gravité croissantes ; c’est la question antisémite.
Sur cette terre d’Oranie, trois ou quatre éléments ethniques viennent se mêler et collaborer au sein de la communauté française. C’est cette diversité d’origines qui fait que ce département a toujours été infesté par les pêcheurs en eau trouble et les professionnels de la guerre raciale. Mais c’est elle aussi qui fait de certaines propagandes une menace intolérable pour la paix civique.
A l’heure où la propagande hitlérienne essaie d’affaiblir en même temps le prestige de la démocratie et celui de la France, il n’est pas possible de tolérer plus longtemps que déferle sur l’Algérie la vague de boue du racisme. Dès aujourd’hui, les républicains doivent proclamer qu’elle a atteint la cote d’alerte, et se préparer à agir en conséquence.
Le texte d’Oran-Matin est une préparation à la guerre civile. Les conférences annoncées seront autant de provocations aux pires désordres. Il s’agit de savoir si le gouvernement républicain, pour prévenir des troubles graves, saura lui aussi a aller vite et fort » et prendre immédiatement la mesure qui s’impose afin de faire respecter sur la terre algérienne l’ordre public et le régime républicain.
Michel ROUZÉ.
La question antisémite
Nous l’avons écrit hier, et il est bon d’y revenir. Il y a en Algérie, et plus particulièrement en Oranie, une question antisémite, à laquelle il est de plus en plus urgent d’apporter une solution définitive.
L’antisémitisme n’est certes pas une spécialité algérienne, et l’on ne saurait en un article en analyser les causes profondes et multiples. Il y faudrait plusieurs volumes, qui trouveraient aussi bien leur place dans une étude de psycho-pathologie collective que dans une bibliothèque politique.
Il y a déjà eu, en France, plusieurs épidémies d’antisémitisme. Elles ont passé, comme passent le choléra et la peste. Mais dans certains pays d’Asie la peste et le choléra existent à l’état endémique ; ils y attendent l’occasion, une ou deux fois par siècle, de se répandre à travers le monde. Ainsi l’antisémitisme vit en Algérie comme une maladie endémique. De temps à autre un aventurier s’en avise, et bâtit là-dessus sa fortune politique. Le malheur de l’Oranie est d’avoir souvent accordé ses suffrages à des hommes dont le seul programme était la passion antijuive. C’est un programme qui rapporte peu, sauf à celui qui en bénéficie personnellement. Les ouvriers en chômage, les commerçants sans bénéfices, les cultivateurs aux prises avec des difficultés croissantes, s’aperçoivent un jour qu’ils ont beau crier A bas les juifs ! cela n’améliore pas beaucoup leur situation.
Aussi l’antisémitisme, en Oranie, tendait-il naturellement à disparaître, et il n’y aurait eu qu’à attendre tranquillement sa disparition définitive, si les événements présents ne nous obligeaient à moins de patience.
Nous nous trouvons devant ce double fait : l’antisémitisme a pris depuis quelques années un sens précis dans la politique internationale, et dans le même moment, une pluie nouvelle d’aventuriers anti-juifs s’abat sur l’Oranie. Ce n’est pas une simple coïncidence. Nous attirons là-dessus l’attention de tous les républicains.
L’agitation antisémite est l’un des instruments de la propagande hitlérienne à travers le monde. Les services secrets de M. Goebbels y consacrent la plus grande part de leur budget. Il ne faut pas être grand clerc pour y voir la principale raison d’être de tant de publications racistes surgies en France et dans les divers pays démocratiques.
L’Afrique du Nord, depuis quelques temps, est particulièrement visée par cette action. Nous avions déjà un Lambert. On nous a envoyé Doriot et son lieutenant Arrighi. On nous envoie maintenant Jean-Charles Legrand. Nous disons nettement : ASSEZ ! Sur cette terre d’Afrique du Nord, que la coalition germano-italienne rêve d’arracher à la France, il n’est pas possible qu’on laisse injecter plus longtemps le virus raciste.
Il existe des textes qui permettent d’agir en Algérie contre ceux qui veulent troubler l’ordre public et nuire au prestige de la République française. Ils ont été assez souvent appliqués – parfois même quand ce n’était pas nécessaire. On comprendrait mal qu’ils fussent laissés en sommeil quand un péril réel nous menace aujourd’hui.
A nos amis, nous demandons instamment de dominer leur indignation légitime, de maîtriser leurs réflexes, d’éviter toutes les provocations et de suivre seulement les mots d’ordre que doivent leur donner les organisations démocratiques. Mais sang-froid ne signifie pas passivité. Au déchaînement de la violence raciste, les républicains sauront opposer s’il le faut leur force disciplinée, Dans le cadre de la loi républicaine, ils exigeront qu’on brise tout de suite les tentatives d’hitlérisation de l’Algérie.
Michel ROUZÉ.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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