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Fascisme, Indigènes et Social-Démocratie

Article signé Abdeltif paru dans La Lutte Sociale, nouvelle série, 25e année, n° 3, du 1er au 15 juin 1934

Jean Renaud, fasciste notoire, a déclaré devant la commission du 6 février que l’organisation de matraqueurs d’ouvriers « la Solidarité française » organise à Paris une section spéciale composée d’une soixantaine de kabyles dirigés par un chef parlant leur langue.

Dernièrement à Courbevoie, des jeunes ouvriers qui vendaient l’Humanité furent provoqués et blessés par le chef de bande fasciste accompagné de 6 chômeurs kabyles, chacun affublé d’une chemise bleue et armé de couteaux et de matraques.

Un tel fait doit vivement alarmer les travailleurs indigènes et européens de l’Algérie. D’autant plus qu’ici aussi, les jeunesses patriotes, s’efforcent de recruter des « phalangeards » parmi les travailleurs indigènes ; et les dirigeants de la Ligue Latine d’Alger se vantent d’avoir avec eux plusieurs centaines d’indigènes.

Pourquoi le fascisme qui est la forme brutale et sanglante de la domination de la bourgeoisie sur les opprimés et les exploités réussit-il à recruter quelques-uns de nos frères indigènes ?

Cela vient en premier lieu du fait que les partis politiques qui ont eu et qui ont encore une grande influence sur les travailleurs européens et avant tout le parti socialiste ont une politique qui repousse les indigènes et les détourne de la voie révolutionnaire libératrice. Et trop de travailleurs français sous l’influence des idées colonialistes que développent les socialistes, les réformistes et les minoritaires de la C.G.T.U., adoptent encore une attitude qui repousse les travailleurs indigènes.

Alors ces derniers deviennent plus facilement accessibles à la corruption dégoûtante des bandes fascistes qui à Paris les achètent comme mercenaires à 35 francs par jour.

A Alger chacun se souvient comment les chefs socialistes et confédérés essayèrent le premier Mai dernier d’empêcher les travailleurs indigènes de fraterniser avec leurs frères. Voilà comment la social-démocratie pousse les masses indigènes au fascisme ! Voila pourquoi nous devons les dénoncer comme les auxiliaires du fascisme.

La meilleure façon de combattre le fascisme en Algérie et aussi en France ; c’est de défendre les revendications des travailleurs arabes et kabyles ; c’est d’organiser leur lutte pour leurs revendications de classe et leurs revendications anti-impérialistes ; c’est de les aider fraternellement à marcher hardiment dans le chemin de la lutte de classe et de la libération nationale.

Alors, à ce moment ce n’est pas dans les organisations fascistes que nos frères, dévoyés par l’appât de l’argent entreront mais ils entreront au contraire en masse comme ils commencent déjà à le faire dans les syndicats unitaires et dans le Parti Communiste qui doivent être ici en Algérie avant tout des organisations composées de travailleurs arabes et kabyles.

ABDELTIF.


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Nedjib SIDI MOUSSA