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Fascisme et antisémitisme

Article paru dans La Lutte Sociale, nouvelle série, 25e année, n° 21, du 1er au 15 mars 1935

Le fascisme et ses méthodes démagogiques trouvent en Algérie un terrain d’action rendu plus facile du fait que l’impérialisme affolé favorise et encourage les campagnes qui servent sa politique d’oppression.

A tout un peuple qui meurt de faim on donne à ronger l’os de l’antisémitisme et l’on réalise ainsi une double opération fructueuse, d’une part, l’effervescence est canalisée hors de ses véritables voies ; d’autre part, la porte est ouverte à toutes les possibilités de répression.

La manœuvre a réussi à Constantine, on a essayé, avec moins de succès, de la renouveler à Sétif.

Les valets du colonialisme s’en vont partout, répétant ce mensonge absurde de l’antisémitisme des Arabes.

Partout, en Algérie, se poursuit au contraire par la parole et par la presse une vaste campagne anti-juive.

Le Siècle Nouveau, l’Eclair et le torchon algérois La Franchise, sont criés dans nos rues et les vendeurs font suivre les titres du commentaire, « journal antijuif », quand ils ne vont pas, comme les vendeuses de La Franchise, jusqu’à se livrer, sous la protection de la police, aux plus directes provocation : « A bas les juifs ! Mort aux juifs ! »

Dans le même temps, Croix de Feu, Action Française et Jeunesses Patriotes poursuivent dans les masses arabes leur propagande à base, elle aussi, d’antisémitisme.

Les Croix-de-Feu créent des sections arabes de leurs groupements. A Alger, un arabe est porte-étendard des troupes d’Action Française. A Blida, les Jeunesses Patriotes s’incorporent des indigènes de la région, ce dont Taittinger, le fusilleur d’ouvriers de Chartres, les félicite par télégramme rendu public.

Manœuvre de grand style, mais grossière, dont les travailleurs ne doivent pas être dupes.

La grande masse doit réaliser qu’elle n’a rien à attendre du fascisme. Nous avons montré la barbarie de ses méthodes de gouvernements. Le peuple d’Algérie doit savoir que le fascisme est colonialiste par essence et doit suivre avec une attention soutenue les péripéties de l’expédition de rapine que Mussolini et ses fascistes aux chemises noires entreprennent contre l’Abyssinie, seul pays d’Afrique ayant jusqu’ici échappé à la colonisation.

Les travailleurs indigènes ne se laissent pas prendre aux excitations directes à l’antisémitisme. Au contraire, arabes, européens, juifs, fraternellement unis, interdisent la diffusion de La Franchise et autres torchons, dans les quartiers ouvriers.

A Belcourt, l’action d’épuration est engagée victorieusement et les deux sœurs du sinistre Fasulo sont conduites au poste.

A Bab-el-Oued, toute la population fait bloc. Les journaux sont arrachés des mains des deux « dames » et de leurs souteneurs, pendant que retentissent les cris partis de la rue et des fenêtres des maisons ouvrières : « A bas le fascisme ! Vive les communistes ! »

Partout la conscience de classe se manifeste ardente et résolue.

Ils n’étaient pas antijuifs les dockers de Bône, réalisant une grève unanime sur les quais, ni ceux à Alger, qui, lors de l’arrivée de Mallarmé, se joignaient spontanément aux manifestants, dès que la police opérait des arrestations.

Ils ne l’étaient pas non plus, les chômeurs d Oran, de Bel-Abbès et d’Alger, qui manifestaient pour faire aboutir leurs revendications.

Ils n’étaient pas antijuifs non plus les chômeurs de Mostaganem qui, en dernier lieu, tenaient la rue pendant plusieurs heures, réclamant du travail et du pain.

Ils n’étaient pus antijuifs, enfin, les dockers d’Alger, qui, le mardi, 26 février, manifestaient sur les quais au nombre de 3.000 au moins et malmenaient un provocateur qui criait : « A bas les juifs ! »

Les ouvriers chômeurs sont anti-impérialistes et le prouvent par leurs manifestations.

M. Carde demande que soient renforcés ses pouvoirs et que la presse « subversive » soit muselée.

Le pantin Morinaud se fait interviewer et demande le renforcement de l’aviation et la mobilisation des Européens jusqu’à 60 ans. Les maîtres colonialistes tremblent de peur. Renforçons notre action. Nous ferons abroger le Code de l’Indigénat. La Lutte Sociale, soutenue par les masses, continuera à jouer son rôle d’organisation de l’action et de l’éducation anti-impérialiste.

Pas de bombes d’avion pour les paysans, mais du travail et du pain.

En avant, travailleurs arabes, européens, juifs, manuels, intellectuels, tous avec le Parti Communiste.


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Nedjib SIDI MOUSSA