Texte paru dans Le Monde, 14 octobre 1988 ; suivi de « Contre la répression en Algérie »

Vingt-huit ans après leur manifeste contre la guerre d’Algérie, sous le titre l’Indignation des « 121 », le Nouvel Observateur publie, cette semaine, le texte suivant :
« En 1960, nous avons signé un texte contre la guerre d’Algérie. Nous voulions affirmer notre solidarité avec les soldats français du contingent qui refusaient de porter les armes contre le peuple algérien.
» Dans ce « Manifeste des 121 », qui valut à plusieurs d’entre nous d’être inculpés et que nous n’avons jamais renié, nous écrivions : « La cause du peuple algérien [ … ] est la cause de tous les hommes libres. »
» C’est au nom de cette même conviction que nous disons aujourd’hui notre indignation.
» Nous condamnons la répression sanglante que le gouvernement algérien oppose, comme seule réponse, à sa jeunesse qui manifeste.
» Nous demandons au gouvernement français d’intervenir auprès des autorités algériennes pour qu’elles mettent fin à une politique qui déshonore l’Algérie indépendante. »
Hélène Balfet, Jacques-Laurent Bost, Georges Condaminas, Hubert Damisch, Danièle Delorme, René Dumont, Robert Jaulin, Serge Lafaurie, Monique Lange, Claude Lanzmann, Henri Lefebvre, Michel Leiris, Maud Mannoni, Maurice Nadeau, Jacques Panijel, Hélène Parmelin, Ernest Pignon, Bernard Pingaud, Maurice Pons, Jean-Bertrand Pontalis, Jean Pouillon, Madeleine Rebérioux, Jean-François Revel, Maxime Rodinson, Jacques-Francis Rolland, Gilbert Rouget, Claude Roy, Françoise Sagan, Nathalie Sarraute, Claude Sautet, Robert Scipion, Anne-Marie de Vilaine.
Le Nouvel Observateur précise que cette liste ne comprend que ceux des « 121 » qu’il lui a été possible de joindre.
Contre la répression en Algérie
Rien ne peut ni ne pourra justifier la violence de la répression, les arrestations, les tortures et les massacres des jeunes auxquels se livre actuellement le pouvoir militaire et politique algérien ; rien ne ternit plus l’image de l’Algérie que cette répression aveugle et rien ne montre plus clairement le divorce entre ce pouvoir et le peuple algérien dont la jeunesse constitue la grande majorité. Le pouvoir militaire cherche à accréditer l’idée que ces jeunes seraient le jouet des intégristes. Rien n’est plus contraire à la vérité : les manifestants ne demandent que du pain, du travail et la liberté. L’intégrisme, pour sa part, est largement utilisé comme épouvantail par le pouvoir algérien afin d’effrayer la population et de nuire à la solidarité internationale avec les victimes. Les chars et les militaires sillonnent les artères de la ville et le peuple est acculé à se taire. Nous ne pouvons pas nous taire. Nous appelons toutes les forces démocratiques, tous les défenseurs des droits de l’homme à protester avec la plus grande énergie contre les massacres des jeunes chômeurs, des travailleurs ; nous appelons l’opinion publique française et internationale à se mobiliser pour aider les victimes, pour obtenir la libération immédiate des milliers de personnes arrêtées, pour empêcher le pouvoir militaire et politique de terroriser les jeunes et d’étouffer ainsi toute expression démocratique dans l’Algérie indépendante.
Abou El Hasan Bani Sadr, David Rousset, Pierre Vidal-Naquet, Khaled Melhaa, Harlem Désir, François Gèze, Pierre Juquin, Félix Guattari, Claire Etcherelli, Bruno Etienne, Mohammed Harbi, René Gallissot, Sami Naïr, Michèle Beauvillard, Georges Labica, Jean-Louis Autin, Madeleine Lafue-Veron, Yves Dechezelles, Kaïssa Titous, Jean-Marie Vincent, Denis Berger, Hayat Boudjema, André Akoun, Gilbert Meynier, Michel Raptis, Jean et Calixte Parpais, Marie-Victoire Louis, Monique Gadant, Gilbert Marquis, Albert-Paul Lentin, Michel Fiant, Maurice Rajsfus, Malik Boutih, Jean-Louis Lemaire, Abdelaziz Tabouri, Anouar Benkalfat, Djenina Messali, Benjamin Stora, Claude Sixou, Jean-François Burgeat, Danielle Kergoat, Gérard Molina, Abdelmalek Sayad, Malik Lounès, Hamid Rachidi, Nasser Pakdaman, Homma Nategh, Chehmur Guzel, Ahmed Koulakis, Pierre Metje, Belakhdar Said, Farouk Benkhedar, Monique Dental, Irène Régnier, Christian Dutertre, Daniel Maoudj, Yanat Haimia, Bourhan Ghalioun, Boualem Lafer, Karim Aboud, Bernard Chavance, Nagib Zahrani, Simone Gauterey, Françoise Bellou, Aziz Kharouni, Aline Lederer, Michelle Lebris, Larbi Maaminou, Anouar Driss, Claude Liauzu, Nourredine Abdi, Solange Barberousse, Nadir Boumaza, Michelle Guillon, Véronique De Rudder, Jean-Louis Planche, François Vourch, Jean Piel, Cherif Chikh, Saadiya Saighi, Saleh Saighi, Michel Arab, Raouf Raïsi, Ahcène Zahraoui, Amir Ghandj Bakhche, Daniel Guerrier, Michel Barak, Jean Tabet, Nicole Jean, Gérard Chaliand, Juliette Minces.
Adressez vos signatures à ASICRA, 14, rue de Nanteuil, Paris 75015.

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