Déclaration de la section lyonnaise de l’Union Nationale des Musulmans Nord-Africains parue dans El Ouma, quatrième année, n° 31, avril-mai 1935

UNION NATIONALE DES MUSULMANS NORD-AFRICAINS
19, Rue Daguerre – Paris (14e)
SECTION DE LYON
9, rue Croix-Jourdan
Dans la lutte que nous poursuivons pour les libertés démocratiques, instruction publique obligatoire, réforme judiciaire, administrative, électorale – seules prépareront l’émancipation de notre peuple – crédit agricole sans intérêt pour les petits fellahs, droit au travail pour nos ouvriers, égalité de salaire (à travail égal, salaire égal) ; liberté de voyage pour la France et l’étranger ; lois sociales et ouvrières, des secours aux chômeurs et à leurs familles ; nous trouvons devant nous un puissant ennemi : l’impérialisme colonialiste oppresseur qui s’oppose avec toutes ses énergies farouches contre tout relèvement moral, matériel, social ou intellectuel des Musulmans.
Il est aidé, dans sa politique oppressive de famine et d’obscurantisme, par des Aghas, Bachaghas, Caïds, et d’autres Béni-oui-oui, vendus qui profitent de notre ignorance, de notre inertie, de notre lâcheté et de notre désunion qu’ils entretiennent adroitement parmi nous.
A la Métropole, il a été créé des « Bureaux des Nord-Africains » qui ont comme tâche essentielle – travaillant sous le manteau d’aide aux Nord-Africains – de lutter contre nos organisations par : le sabotage, la calomnie, le mouchardage et la provocation, arme dangereuse que la police impérialiste emploie bien souvent.
Nous avons, à Lyon, un spécimen de ces bureaux, celui du sinistre Azario, quai Gailleton, individu dangereux pour les Musulmans de Lyon et pour les ouvriers organisés français (assassinat de Besse), qui, exploitant l’ignorance, la lâcheté et la veulerie de certains bandits – déchets de la société islamique que l’impérialisme a abruti – les excite contre l’organisation qui les défend, contre leurs frères de misère, opprimés, comme eux, par l’impérialisme.
C’est ainsi que, dernièrement, des individus armés – par qui ? – sont allé tirer des coups de revolver sur Méziani, chez lui, et terrorisant, sous les ordres du hideux Azario, et sous l’œil de la secrète avec l’aide des policiers du poste de police de la rue Moncey, les Musulmans honnêtes et paisibles.
C’était, grâce aux ordres donnés par la direction de notre organisation, pour éviter la provocation policière, que le sang n’a pas coulé ; ce serait faire rire l’homme au bakchiche Azario et les cercles colonialistes qu’il sert platoniquement, que de s’entre-tuer entre nous ! N’est-ce pas, frères musulmans ? Les questions de çofs ne doivent pas avoir de place entre nous, opprimés ! Front unique des Musulmans !
Il y a aussi une autre méthode de pression, la plus dégradante et de basse politique que le Caïd Azario emploie contre les ouvriers musulmans et contre les restaurateurs. Pour les premiers, dès que ses mouchards rabatteurs voient un ouvrier qui nous aborde, ils renseignent leur maître Azario qui le fait convoquer par l’intermédiaire de la Direction de l’usine où il travaille. Et ce dilemme lui est tenu : « Ne pas fréquenter les réunions de l’Etoile ou bien tu seras renvoyé de ton travail » …
En ce qui concerne les restaurateurs, qui ne veulent pas lui baiser les mains et lui donner la « Ouâda », il leur délègue ses brutes policières pour les vexer, les insulter et bousculer chez eux et aussi leur dresser procès-verbal pour avoir servi un verre de vin à quelque client ; pendant que ses émules cafetiers ont la liberté même pour les jeux de hasard « Couza » et consommation de « Kif » !
Revendications de nos chômeurs
Nos chômeurs sont laissés toute la journée sans rien dans le ventre dans son bureau et aux abords. Cette semaine il a distribué 5 francs pour chaque père de famille ! Ce qu’ils veulent ce sont les 7 francs par jour et 4 francs par enfant, femme, père ou mère à leur charge ; c’est du travail dans les chantiers de la ville ou du département et dans l’industrie privée avec un tarif syndical et non à 0 fr. 70 le mètre cube de terrassement comme les 22 ouvriers qui ont été embauchés dans l’Allier pour 1 fr. 50 ou 2 francs de l’heure. Ce que nos chômeurs veulent ce sont des places stables et non comme ceux qui ont été envoyés à Marseille et qui ont été débauchés au bout de 2 jours ! et non plus pour briser les grèves !
Assez, triste Azario, de rire de la misère des Musulmans, en faisant fonctionner par un dispositif à votre portée, la sonnette de votre appareil téléphonique et en faisant semblant de répondre à un patron imaginaire qui vous demandait 10, 20, 30, 40 ouvriers arabes ; et Arabes seulement, pas de Français surtout ! Le ridicule ne tue pas au XXe siècle !
Protestation et Appel
Le comité central régional proteste énergiquement contre l’arrestation et la séquestration du camarade Aksas, le 8 mai 1935, par le bandit Azario, directeur du « Bureau des Nord-Africains« , pendant qu’il passait à hauteur de « son bureau » pour se rendre à son travail et aussi contre l’arrestation du camarade Benanoune, sous fausse accusation de ses acolytes.
S’elève avec indignation contre ces méthodes fascistes et terroristes des émules d’Hitler et contre les provocations policières, contre la garde que l’on monte devant notre siège (cas du 5 et du 11 mai) par des soldats.
Appelle les Musulmans nord-africains et la population laborieuse de Lyon d’exiger avec lui la dissolution du « bureau des Nord-Africains » et la mise hors d’état de nuire du sinistre Azario avant que des vies humaines ne soient à déplorer.
Répression et oppression impérialistes
Les vaillants militants de l’Etoile Nord-Africaine sont condamnés à des années de prison. Messaoui Rabah et Sebar Ahcène sont déportés au Sahara pour 2 années de haute surveillance spéciale rejoindre d’autres camarades. Messali Hadj, président, Imache Amar, secrétaire général et Radjef, trésorier, ont comparu le 9 mai 1935 devant la cour d’Appel d’Amiens pour s’entendre statuer sur le sort de l’organisation et le leur. Ils ont rencontré une hostilité épouvantable de la part du Président. Ils ont été humiliés et traités de menteurs. Le Président de la Justice de race et impérialiste a prononcé cette grave phrase, qui est une insulte à notre peuple : « On ne va pas chercher la vérité chez les Arabes ! » Le peuple arabe musulman nord-africain relèvera le defi. Nous sommes d’ores et déjà fixés sur « l’arrêt » de cette soi-disant « justice » au service de l’oppression, de la haine de race et de l’exploitation la plus féroce.
A Lyon, Beddek, Benanoune, Saïd et Si Arezki sont poursuivis pour « provocation de militaires à la désobéissance » (! ?)
Le peuple de France a la parole, celui qui est issu de 89 … lui qui a brisé les chaînes de l’oppression et proclama la liberté des peuples … Il doit se prononcer à la face du monde, s’il est pour notre esclavage ou pour notre émancipation.
A bas le Code de l’Indigénat !
A bas l’oppression impérialiste !
A bas la haine de race !
Vive l’Union Nationale des Musulmans Nord-Africains !
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Nedjib SIDI MOUSSA
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