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Resserrons les liens qui nous unissent avec les travailleurs français !

Article paru dans El Amel, organe des travailleurs nord-africains, n° 8, janvier 1935 ; suivi de « La condamnation inique de Radjef Belkacem »

La lutte contre la répression

Obéissant aux injonctions de la presse bourgeoise et colonialiste, le gouvernement impérialiste français a interdit trois meetings de travailleurs coloniaux organisés par l’Etoile Nord-Africaine.

Le gouvernement français a profité d’un certain isolement de travailleurs nord-africains pour tenter de leur enlever tout moyen de réagir contre le joug d’oppression qu’il fait peser sur eux. Il a voulu exploiter la division qu’il a créée lui-même entre travailleurs français et coloniaux. Mais cette division a ete brisée par le cours de la vie, car les travailleurs coloniaux et français ont appris à se connaître autour de la chaîne et devant les fours des grands bagnes capitalistes, ils ont subi en commun les diminutions de salaires et menés ensemble des centaines de grèves ; ils étaient unis dans la victoire et dans la défaite.

Aujourd’hui les ouvriers coloniaux ne sont pas seuls à lutter contre le régime d’oppression impérialiste. Le prolétariat français lutte avec acharnement contre ce régime. Il a soutenu ces derniers temps particulièrement des batailles très rudes au cours desquelles 19 parmi les meilleurs ouvriers sont tombés sous les balles de la police et des fascistes. Tous ces faits montrent qu’on ne peut confondre la bourgeoisie française avec le prolétariat et toute tentative de le faire serait une aide à l’impérialisme français. Notre journal a toujours expliqué la différence entre la bourgeoisie française et les travailleurs français et a appelé les travailleurs nord-africains à s’unir aux ouvriers révolutionnaires français.

Cette union vient de se réaliser dans les meetings organisés par le Parti communiste pour protester contre l’interdiction des meetings de l’Etoile Nord-africaine, exiger l’annulation des poursuites contre ses dirigeants et le droit d’organisation pour les travailleurs coloniaux. Des centaines d’ouvriers français et coloniaux assistaient à ces meetings au cours desquels parlèrent aux côtés des orateurs du Parti communiste, ceux de l’Etoile Nord-africaine, de la Ligue anti-impérialiste et de notre journal El-Amel.

Ces meetings organisés à Alfortville, Mutualité, Clichy, Vitry, Nanterre et Clermont-Ferrand furent de grandes manifestations d’union et de solidarité des ouvriers français et coloniaux et nous pouvons considérer comme un succès le fait que le gouvernement n’a pas osé les interdire. Mais si le gouvernement n’a pas interdit ces meetings, il continue à garder Messali Hadj en prison à la Santé, il garde encore au secret l’honnête ouvrier Ben Ali Boukort emprisonné à Barberousse à Alger. Il maintient dans le Sud-Tunisien les 14 militants destouriens et communistes ainsi que Sliman Boudjemah dans le Sud-Algérien il vient de machiner une provocation contre Radjef Belkacem. Il organise de nouvelles arrestations à travers toute l’Afrique du Nord. C’est pourquoi il faut resserrer les liens qui unissent les travailleurs français et coloniaux. Il faut que le front uni réalisé à travers les derniers meetings se poursuive avec plus d’énergie dans d’autres meetings qui vont suivre. il faut le consolider dans la lutte au sein des comités de chômeurs pour la réinscription des coloniaux radiés pour avoir participé aux manifestations, dans les syndicats contre les diminutions de salaires qui se pratiquent dans toutes les usines.

Il faut encore le réaliser dans de forts comités pour la libération de Messali Hadj, Ben Ali Boukort et toutes les victimes de la répression impérialiste.


La condamnation inique de Radjef Belkacem

Radjef Belkacem, un des dirigeants de l’Etoile Nord-Africaine, condamné déjà à six mois de prison, vient d’être arrêté et condamné le même jour de nouveau, sous prétexte d’ « escroquerie au chômage ». La rapidité avec laquelle l’affaire a été expédiée montre le désire de la bourgeoisie de se débarrasser de Radjef Belkacem.

Que reproche-t-on à Radjef Belkacem ?

D’après les renseignements qui nous ont été fournis, en septembre 1933, Radjef Belkacem fut radié du chômage parce qu’il veillait sur l’étalage d’un de ses camarades, marchand ambulant, pendant l’absence de celui-ci. On ne le poursuivit pas à ce moment-là ; on s’était contenté de le radier.

Mais depuis quelque temps, son activité politique lui valut la haine de la bourgeoisie. La justice bourgeoise lui cherchait un motif pour le poursuivre. En plus de la peine qui le frappait en même temps que ses deux autres camarades, on l’a inculpé dernièrement de propos violents contre la France. Mais voyant cette accusation trop grossière, la justice bourgeoise a déterré une vieille affaire de plus de 15 mois et a condamné Radjef.

L’affaire a été expédiée avec une rapidité étonnante. Radjef fut arrêté le matin et jugé l’après-midi. On n’a appelé aucun témoin, même pas celui dont il surveillait l’étalage.

La condamnation de Radjef est un acte arbitraire. Nous exigeons sa libération.