Article paru dans El Amel, juin 1933 ; suivi de « A propos du nationalisme algérien » par Choukrat

EUX ET NOUS
Déjà à la parution de notre premier numéro, nous avions écrit ici que la lutte incessante et impitoyable sera menée contre l’ennemi principal, l’impérialisme français. Nous avions indiqué aussi que nous lutterions avec non moins d’acharnement contre la bourgeoisie arabe et contre tous les valets de l’impérialisme. Notre devoir aussi est de démasquer tous ceux qui, consciemment ou inconsciemment, font le jeu de la bourgeoisie arabe et partant de la France oppressive.
Actuellement, il est plus que jamais nécessaire de non seulement continuer cette lutte, mais encore de redoubler d’ardeur dans la défense des revendications sociales et nationales de la majorité du peuple nord-africain.
La situation aggravée des masses nord-africaines sous l’effet de la crise économique et agraire, l’expropriation des fellahs qui se poursuit impitoyablement, la répression renforcée, la construction des églises dans les contrées où il n’y a pas un seul chrétien et la politique des naturalisations qui tend à dresser une infime minorité, achetée et corrompue, grâce à quelques avantages, contre la majorité du peuple, tout cet ensemble de faits font pour nous un devoir de combattre avec plus de vigueur cet impérialisme si bien qualifié de plus agressif. La lutte doit se poursuivre aussi contre tous les exploiteurs en chapeau ou en chéchia, contre tes colons comme contre les féodaux arabes, contre aussi toute la racaille vendue, celle qu’on dénomme l’élite !
Ce qui nous oppose à l’Etoile Nord-Africaine et à El Ouma n’est pas du tout une question de chicanes personnelles, c’est une question de doctrine, question politique et de tactique ; nous voulons donc prévenir tout malentendu et déclarer nettement que, en tant que prolétaires révolutionnaires, nous voulons l’alliance avec le prolétariat international et en particulier le prolétariat français dont les intérêts sont intimement liés aux nôtres.
« Vive El Islam ! » disent et, écrivent ces antifanatiques, De quel Islam s’agit-il, s’il vous plaît ? De celui des Chekiken exploiteurs de milliers d’indigènes, de celui de Zerrouk Mahieddine, officier de la Légion d’honneur, qui vient pleurer devant M. Daladier et se désolidariser d’avec les vaillants lutteurs marocains et les manifestants tunisiens, ou bien de l’Islam de cette élite qui prétend que la langue arabe est une langue morte et crient à tue-tête : « Vive la France ! » (Naturellement, il s’agit de la France des colons et des banquiers.)
Les chefs de l’Etoile ne glorifient-ils pas le gouvernement musulman féodal de l’Afghanistan qui asservit les fellahs, et celui de Sidki Pacha qui fusille les antianglais, et celui de Mustapha Kemal qui pend les syndicalistes et les communistes.
Le bey de Tunis, le sultan du Maroc, vendus à l’impérialisme français, sont eux aussi des musulmans, ils se prétendent même Amir El Mouminin, et Kaddour Ben Ghabrit n’est-il pas chef de la mosquée de Paris où la princesse Aage et plusieurs poules de la haute société sont allées étaler leur nudité ?
Voilà la figure de l’Islam telle que nous la présente El Ouma.
Front unique avec ce beau monde ? Jamais. Nous savons, nous, que la lutte contre l’impérialisme ne peut être victorieuse que si elle est menée à la fois contre l’impérialisme, la bourgeoisie arabe et tous ceux qui soutiennent la politique impérialiste. Dans cette lutte, nous devons compter sur l’appui du prolétariat français.
Les travailleurs nord-africains, membres de l’Etoile, doivent réfléchir à cette question : le loup et l’agneau peuvent-ils s’accommoder un jour ?
EL AMEL.
A propos du nationalisme algérien
Nous sommes obligés de démasquer cette souricière à l’élément indigène de Paris en lui faisant rappeler combien d’organisations de ce genre ne sont que des escroqueries sur la propriété indigène avide de défense et d’organisation. Les adhérents se virent maintes fois trompés par ces libérateurs islamiques, sans pencher leur action et leur force vers la classe travailleuse pour s’inspirer des idées de lutte et la conception de leur propre organisation.
Si l’on prend en considération le nationalisme d’une colonie opprimée par l’impérialisme, on constate que la question nationale est partagée suivant les tendances des intérêts économiques et sociaux par les classes qui évoluent autour : la classe bourgeoise et la classe monarchique féodale, l’une et l’autre liées à l’impérialisme, sont loin de chercher à détruire les décrets et lois qui entravent la liberté et la pensée des indigènes. Ils sont plutôt pour le maintien de cette oppression ; pour conserver, dans le cadre de leurs intérêts, leur influence et leur féodalité, ils ne pencheraient, dans le domaine impérialiste, qu’à acquérir des réformes qui leur permettraient d’exploiter la masse ouvrière cet paysanne.
Le nationalisme tunisien, basé sur les principes religieux où toutes, les classes sont respectivement liées dans une doctrine d’idéologie sainte, ne change en rien la situation des paysans et ouvriers tunisiens écrasés, d’une part, par l’impérialisme, de l’autre par les exigences réformistes d’ordre religieux et de propriétaires fonciers. Aussi est-il loin d’acquérir leurs revendications à travers les cadres des couches bourgeoises et féodales auxquelles il est heureusement lié. Les événements de Tunis nous montrent à la fois l’action et la doctrine nationales qui s’opposent, devant l’impérialisme, d’une conception démocratique et non d’intérêt social. Ainsi, en dehors de ce désordre social et moral, l’impérialisme développe ses mesures de précaution pour poursuivre son activité économique avec son armée de mercenaires et les couches réactionnaires de la bureaucratie arabe.
Cependant que la vie sociale des paysans et ouvriers nord-africains se trouve enchaînée par l’impérialisme la classe bourgeoise dirige des organisations nationales, des associations franco-arabes, tel Chéchikène, et tant d’autres qui ne servent qu’à l’asservissement définitif de l’indigène et à l’économie de l’impérialisme. (Voir le rapprochement extrême, servitude matérielle et soumission définitive afin d’accepter la répression, le régime et la christianisation, et prolonger la féodalité bourgeoise et la domination impérialiste).
Voici donc la besogne de la classe bourgeoise arabe avec la clique monarchique féodale de la magistrature arabe. Il faut que le prolétariat nord africain comprenne cette nécessité qui le divise avec ces vendus, avant-garde de l’impérialisme pour préparer lui-même sa lutte révolutionnaire pour ses revendications et pour son indépendance.
La voix du paysan algérien manifeste de plus en plus sa colère sur l’impôt écrasant, sur les expropriations et sur le régime de la trique.
La guerre du Maroc continue toujours avec rage prouvant à la fois la démocratie française et la besogne ignoble de l’impérialisme assassin. Devant les difficultés intérieures, les ouvriers, paysans algériens, marocains, tunisiens doivent opposer leur front unique pour arrêter la marche de l’impérialisme et arracher leurs revendications immédiates en se groupant dans une organisation ouvrière et paysanne où l’on rencontre tout élément de lutte et toute activité.
Rejoignez vos frères musulmans nord-africains pour lutter à l’échelle pan-arabe par la révolution paysanne antiféodale, antiimpérialiste.
CHOUKRAT.

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Nedjib SIDI MOUSSA
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