Article paru dans La Défense, deuxième année, n° 72, 12 juillet 1935

LA première Chambre du Tribunal de la Seine vient de rendre un jugement qui jette une lumière nouvelle sur l’affaire de Messali et ses collaborateurs et qui en dit long sur la façon dont la justice est rendue, même en France, quand il s’agit des Musulmans Nord-Africains.
Nous savons désormais que le jugement du 20 Novembre 1929, en éxécution duquel l’Etoile Nord-Africaine fut dissoute, et Hadj Messali et ses collaborateurs lâchement poursuivis et emprisonnés est un jugement caduc frappé de prescription, puisqu’il n’a reçu aucun commencement d’exécution pendant cinq ans !
L’Etoile Nord-Africaine peut continuer à vivre, déclare le récent verdict, se réclamer du même idéal politique, user des mêmes moyens d’action que par le passé. Son activité est légale, et n’a jamais cessé de l’être.
On se demande alors ce qu’a été le délit de Messali et de ses camarades dirigeant l’Etoile Nord-Africaine, frappés avec une cruauté sans précédent. Six mois de prison ! pour avoir continué, sous un nouveau nom, une activité légale, pour avoir contrevenu, à une décision caduque, prescrite, voilà qui risque d’ébranler sérieusement notre foi dans l’impartialité de la justice française !
En vain essaie-t-on de légitimer cette injustice, de lui donner du moins une excuse en attribuant à l’Etoile Nord Africaine des desseins révolutionnaires, des intentions criminelles, et en affublant Messali et ses collaborateurs de l’épithète d’anti-français.
Anti-français, ils ne l’étaient pas. Pas plus Messali que ses collaborateurs tous anciens combattants, titulaires des plus glorieuses citations, n’ayant jamais rien inscrit dans leur programme politique qui ne fût rigoureusement conforme aux principes et aux idées que la France a développés chez tous ses enfants.
Sans doute ne sont-ils plus aujourd’hui animés des mêmes sentiments à l’égard de la France, peut-être même sont-ils devenus antifrançais et cela est bien naturel, puisqu’on les y a contraints.
Et là ne s’arrêteront pas les conséquences des atroces persécutions dont les nôtres sont l’objet de la part de la commune mixte de Paris.
Le régime auquel sont soumis les Nord-Africains en France risque d’avoir entre autres répercussions fâcheuses, celle de dissiper la grande confiance que la population musulmane conservait dans l’esprit de justice du gouvernement et de l’opinion publique métropolitaine, et qui les a toujours empêchés de verser dans le désespoir qui pousse aux pires extrémités.
Maintenant que les traditions administratives algériennes se sont installées au cœur même de Paris, nos coreligionnaires désabusés, ne pourront plus se tourner vers cet horizon.
Où porteront-ils désormais leurs regards ? à qui demanderont-ils justice ?
Nous le demandons à M. Godin, à M. Carde et au Haut Comité Méditerranéen.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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