Article paru dans L’Humanité, 11 décembre 1935 ; suivi d’un article paru dans Le Populaire, 12 décembre 1935

Plus de six cents travailleurs, en majorité nord-africains, assistaient, hier soir, à la réunion organisée 18, rue Cambronne, pour protester contre la menace de dissolution de l’Etoile Nord-Africaine.
Mes Berthon et Hajje, un représentant de la race nègre, Ben Slimane, du Comité tunisien ; Aïtal et Ferrat pour le Parti communiste, s’élevèrent avec vigueur contre la procédure employée contre l’Etoile Nord-Africaine, dont les dirigeants passent aujourd’hui devant le tribunal, en vue de la dissolution de cette organisation.
La salle fut unanime pour exiger le droit d’organisation en faveur des travailleurs nord-africains, l’annulation des poursuites contre l’Etoile, et pour protester contre la scandaleuse condamnation du camarade Barthel prononcée hier à Alger.
Les travailleurs présents ont également insisté, à l’unanimité, pour que toutes les organisations du Front populaire interviennent auprès du Conseil municipal et du Conseil général pour la suppression des services nord-africains de la rue Lecomte.

L’affaire de l’Etoile Nord-Africaine
On se souvient que l’Etoile Nord-Africaine avait eu un certain nombre de démêlés avec le Parquet. Après 6 ans de procès, grâce à un moyen de droit soulevé par les avocats de l’accusation, M. le Procureur de la République avait perdu son procès et avait été condamné aux dépens.
Le gouvernement de M. Laval ne se tint pas pour battu. Et il cherche à utiliser les récents décrets-lois non point contre les fascistes et leurs organisations paramilitaires, mais contre de pacifiques musulmans qui se sont groupés, en vertu des libertés républicaines et n’ont eu qu’un tort : se réclamer de l’esprit de 1789 et de 1793.
Ce nouveau procès vient d’être appelé devant la 1re chambre du tribunal, présidée par M. Frémicourt. Les avocats. Mes André Berthon, Edouard Depreux, Antoine Hajje et Robert Longuet ont fait observer que la procédure n’était pas régulière.
Grâce à leurs efforts conjugués, l’affaire a pu être renvoyée au 15 janvier 1936. Elle durera toute l’audience.
Nous voulons espérer que le tribunal se refusera à laisser grignoter nos libertés, en prononçant la dissolution qui lui sera demandée par le substitut Gavalda.
Plusieurs centaines d’Algériens étaient venus au Palais pour suivre des débats qui leur tiennent particulièrement à cœur.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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